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Mès les cometes plus n’aguetent,
Ne plus espessement ne gietent
Lor iufluances ne lor rois
Sor povres hommes que sor rois,
Ne sor rois que sor povres hommes :
Ainçois euvrent, certains en sommes,
Où monde sor les regions,
Selon les disposicions
Des climats, des hommes, des bestes
Qui sont as influances prestes
Des planetes et des estoiles,
Qui greiguor pooir ont sor eles.
Si portent les seneflances
Des celestiius influances
Et les complexions esmeuvent,
Si cum obeissans les treuvent 1...
(T. IL, p. 196, v. 18744-18759.)
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Ne li princes ne sunt pas dignes Que li cors du ciel doingnent signes De lor mort plus que d’ung autre homme; Car lor cors ne vault une pomme Oultre le cors d’ung charruier, Ou d'ung clerc, vu d’ung ecuier...
(T. IL, p. 199, v. 18788-18793.)
Dans la Ballade contre les mesdisans de la France, le poète, souhaitant les plus affreux supplices à
Qui mal vouidroit au royaulme de France !
semble avoir eu comme une réminiscence d’un passage du Roman de la Rose où Nature énumère les châtiments réservés au pécheur à l'heure du Jugement dernier.
Il suffira de donner la première strophe de la ballade :
Rencontré soit de bestes feu gectans, Que Jason vit, querant la toison d’or,
1. Ce passage évoque les vers charmants de La Fontaine sur l'amour de la retraite,
Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes.., (Fables, XI, 4.)
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Ou transmué d'homme en beste, sept ans, Ainsi que fut Nabugodonosor ;
Ou perte il ait et guerre aussi villaine
Que les Troyens pour la prinse d'Heleine ; Ou avallé soit avec Tantalus
Et Proserpine aux infernaulx pallus,
Ou pis que Job en griesve souffrance, Tenant prison en la tour Dedalus,
Qui mal vouldroit au royaulme de France !
Ces vers ne sont pas sans évoquer le souvenir de ceux de Jean de Meun :
Quel guerredon puet il atendre Fors la hart à li mener pendre Au delereus gibet d'enfer, Où sera pris et mis en ter, Rivés en aniaus pardurables, Devant li prince des deables ?
Ou sera bouillis en chaudieres, Ou rostis devant et derrieres, Ou sus charbons ou sur greilles, Ou tornoiés à grans chevilles Comme Yxion à trenchans roës Que maufé tournent à leur poës ; Ou morra de soif ès palus, Et de fain avec Tentalus . Qui tous jors en l'iauë se baingne :
Mès combien que soif le destraingne, ‘Jà n'aprochera de sa bouche L'iaué qui au menton li touche...
Ou rolera la mole à terre De la roche, et puis l'ira querre, Et de rechief la rolera, Ne jamès jor ne cessera Si cum tu fez, las Sisifus, Qui pour ce faire mis i fus ; Ou le tonnel sans fons ira Emplir, ne jà ne l'emplira, Si cum font les Belidiennes Por lor folies anciennes.
(T. I, p. 225, v. 19467 et sqq.)
Ici se termine cette étude comparative de l'œuvre de Villon avec
le Roman de la Rose. L'influence de ce dernier ouvrage sur le poèle parisien du xv* siècle est parliculièrement appréciable, et plusieurs des rapprochements qui précèdent l’établissent, je crois, d'une façon certaine. Mais, comme on a pu le voir, la supériorité de Villon s’y affirme toujours sans conteste, aussi bien dans la pensée que dans l’expression. Non seulement il a su discerner avec art les matériaux que lui offrait à profusion le Roman de la Rose, mais ‘il en a fait un choix discret, et a presque toujours évité les défauts dont ce dernier abonde, énumérations fastidieuses, chevilles irritantes, personnifications d'’abstractions dissertant à perte de vue, etc. :
Villon avait lu et relu le Roman de la Rose, eten savait par cœur des passages entiers : de là, les réminiscences qu'on relève dans ses vers, et aussi les confusions qu'il fait quelquelois, car il citait certainement de mémoire. Ces souvenirs se mélaient, comme à son insu, à sa conception créatrice ; et peut-être eût-il été bien surpris si on lui avait montré tels de ses vers qui présentent avec Le.Roman de la Rose d'étroites analogies. Villon ne composait pas, en effet, comme Rabelais, par exemple, qui relevait soigneusement dans ses lectures des passages, des images, des traits qui l’avaient frappé et qu'il insérait ensuite dans la rédaction de son ouvrage. Le Roman de la Rose avail été pour Villon, alors qu'il était écolier, comme son livre de chevet. Indépendamment des rapprochements relevés ici, on remarquera l'influence du pome du xin° siècle dans certaines tournures de phrases, dans la coupe de certains vers et dans l’emploi de certains mots? ; enfin, en lisant le célèbre roman,
1. Cf. mon volume, Études sur Rabelais (Paris, 1904, in-8c), pp. 388 et sqq.
2. Cf. ci-dessus, p. 217. — A signaler, par exemple, les terminaisons en é, pour ai, à la première personne du singulier du prétérit de l'indicatif, ainsi qu'on le voit dans le huitain cxxt du Grant Testament (v. 1306-1313).
Item, et mes povres clergons, Auxquels mes tiltres resigné, Beaulx enfans et droiz comme jons Les voyant, m'en desaisiné,
Cens recevoir leur assigné,
Seur comme qui l'auroit en pauine, A ung certain juur consigné,
Sur l'ostel de Gueuldry Guillaume.
Jean de Meun avait fait de même :
Dites que ge le vous donné Bien savés que tel renom 6... (t. II, p. 414, v. 12927-12928).
Més tant a que ge ne finé Que la science en la fin 6... (1. 11, p. 418, v . 13018-13019).
D’autres exemples se trouvent dans les œuvres de Villon (Lonanox, p. xcevu, et note 1,
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on verra que la plupart des personnages mythologiques et hislo-
riques qui s’y rencontrent se retrouvent également dans l'œuvre de Villon.
Aujourd'hui que Villon est redevenu, grâce aux études des Longnon*, des Paris? et des Schwob*, un poète d’actualité qui ne peut que grandir encore, et à bon droit ; car, aiusi que l'écrivait naguère un éminent érudit : « Villon est, à l'heure actuelle, un
et p. 218); néanmoins de nombreux éditeurs modernes, en dépit de Marot qui avait établi la bonne leçon, y ont à tort substitué la première personne du singulier du présent de l'indicatif. |
1. Tels les noms propres : Abailart et Helois {tome II, page 213); Absalon (IF, 2) ; Alcipiadès (11, 220); Alixandre (111, 207); Aristote (II, 101; 182); Artus de Bretagne (1, 48; 11, 411), le roi de la Grande-Bretagne, si célèbre dans le roman de Lancelot ; « Artus, le duc de Bretaigne » de Villon \G.T. v. 362), est l'illustre connétable de Richmon ; Cerberus ({lI, 248 ; 269); Charlemagne (Il, 133); David (IV, 92); Dedalus (II, 58); Didon (11, 432 ; dans Villon : Dido, Didon) ; Eolus {IIf, 175); Equo (1, 58); Helene ill, 435 ; NI, 4); Jason (IV, 245 ; 435); Jhesu Christ (II, 413 ; 415 ; 334) ; Juuo (Ill, 2); Lucrece (11, 208) ; Macrobes (1, 2); Narcisus (1, 58-61 ; 63) : Orpheus (III, 241) ; Paris (II, 433) ; Phebus (II, 113); Roland (II, 193) ; Saturne :11, 72); Saturaus (II, 313 ; dans Villon : Saturne) ; Salomon (II, 187 ; 272; ; Tantalus (III, 211 ; 226 ; dans Villon : Tantalus ; Tantalus se retrouve encore dans Kabelais, Il, Prologue) ; Valerius (II, 209; 241 ; Jans Villon : Valere, de même dans la « translation de Valere le Grant » commencée par Simon de Hesdin et terminée par Nicolas de Gonnesse ; fr. 46, fol. 156 d. — Dans le cours de l'ouvrage, Valerius ; fr. 45; — à noter que le Vulerius du Roman de la Rose n'est pas le même personnage que Valère Maxime, ainsi que l'a déjà remarqué M. Ernest Langlois (Les origines et les sources du Roman de la Rose), p. 140); Venus (Il, 72; H, 109, 119 ; etc.) ; Virgile (1, 223; LI, 109, 119, 303, etc.); Ycarus (Il, 58,3; etc.; comme noms de lieux : Constantinoble (III, 286), Vizzon, G.T., v. 393. ;
2. Étude biographique sur François Villon d’après les documents inédits conservés aux Archives nalionales (Paris, 1877, in-8+) ; Œuvres complèles de François Villon (Paris, 1892, in-8e) ; Romania, t. XXX (1901), p. 352, n. 1. (Diverses notes communiquées à Gaston Paris, dont celle relative à « Haremburgis ».)
3. Romania, t. XVI (1887); Une question biographique sur Villon, pp. 513-579 ; François Villon (Paris, 1901, in-12), de la Collection des Grands écrivains français, éditée par la maison Hachette; Romania, t. XXX (1991), pp. 352-392 ; les deux derpières (390-392) relatives à une communication de Marcel Schwob.
4. Le Jargon des Coquillards en 1455 dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. VII 1890-1891), pp. 168-183, 296-320 ; François Villon dans la Revue des Deux Mondes 115 juillet 1892; ; Comptes rendus de l'Académie des Inscriplions el Belles-Lettres, t. XVI :1598, pp. 721-722; t. XVII (1899), pp. 125- 126; Le Pelit et le Grand Testament de François Villon. Reproduction fac-simile du ms. de Stockholm, avec une introduction de Marcel Schwob (Paris, 1905, Honoré Champion). |
poète d'avenir »‘, j'ai pensé qu'il y avait peut-être quelque intérêt à coordonner les notes qu'on vient de lire, et à les publier.
Louis THUASNE.