RaseLais, Gargantua, I
collège. Il avait composé, à cet effet, une réfulation qui parut à la fin du xv° siècle, à Paris, et dont la bibliothèque Mazarine possède aujourd'hui le seul exemplaire connu’. Dans cette défense, Jean le Munerat montre que la reine de Navarre, la fondatrice du collège du même nom, ne fut jamais appelée « Blanche » mais « Jeanne », qu'elle ne fut mariée qu'une fois, et qu'elle mourut avant son époux Philippe le Bel ; que par suite la qualification de « blanche » (veuve) ne pouvait lui convenir, et qu'enfin l’imputation faite à sa mémoire étail aussi mensongère qu'outrageante, et ne résistait pas à l'examen des faits?. Robert Gaguin qui, avant lui, avait fait entendre la même protestation, explique dans son Compendium d'où pouvait vraisemblablement venir l'erreur. Après avoir rapporté, d'après Les Grandes Chroniques de France, l'inconduite des femmes des fils de Philippe le Bel, il explique comment, selon lui, se forma la légende.
Voici d'abord le passage des Grandes Chroniques, et puis après le texte de Gaguin. « En cest an [1314], vers Pontoise, (au lieu que l'en dit Maubuisson abbaïe de femmes, nonnains de l’ordre de Cistiaux, le jour d'un mardi en la sepmaine de Pasques), Margue-
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4. Restitutio fame illustrissimi principis prestanlissimeque domine, domine Johanne Francorum quondam Navarre reqine, Philippi dicti Pulchri sponse inclile, regieque schole Francie vulgo Navarre Parisii fundatricis devatissime altque prudentissime. Colophon : Finis felir Parisii. xriiÿ aprilis. mil. CCCC. IIi:z XIX. post pascha. Bibl. Mazarine, Incunable 687. Cette réfutation est adressée à Jean Simon, évêque de Paris (29 ortobre 1492 — 23 décembre 1502). Après la lettre de dédicace au prélat, Le Munerat commence ainsi sa démonstration : « Ad evidenter ostendendum illustrissime principis prestantissimeque domine, domine Johaone, Francorum et Navarre regine, Philippi quarti dicti Pulchri sponse charissime atque castissime, castimoniam vilamque per omnia seu conversationem honestam atque laudabilem atque laudatam, preter hoc quod hec testaotur vulyata cronica; cum de ceteris que se improbe gesserunt errala non taceant ut patet per consequentia frusta ex diversis cronicis excepla, ne perpeluo cum vVulgo fortasse inconsideratione vel nezligentia visendi cronica, vel attendeudi ad ea erret doctior clerus, pro dicto vulgo passim post sumptum merum acclamante : Bibamus regine Blanche vel Navarre, que fecit talia et talia… »
2. La reine Jeanne de Navarre « qui tint, dit Mézerai, tout le monde enchaïné par les yeux, par les oreilles, par le cœur, également belle, éloquente et généreuse ». Hist. liltéraire de la France, t. XXIV, p. 154.
3. D'abord dans l'édition de ses Epislole (Bocard, 1498, in-4e\; lettre à Pierre Deonville, n° 89, Gaguini Epistole et Orationes (Paris, 1904,in-&e), t. Il, pp. 68 et süiv., puis daus la quatrième édition de sou Compendium super Fruncorum gestis (Paris, 13 janvier 1501, in-fol.), fol. 70 vo,
90 LOUIS THUASNE.
rite royne de Navarre, fille du duc de Bourgoigne et femme de Loys roy de Navarre, fils Phelippe roy de France; et Jehanne fille le conte de Bourgoigne, femme Phelippe le conte de Poitiers, fils du roy de France, et Blanche la seconde fille du devant dit conte de Bourgoigne, femme Charles conte de la Marche fils au roy de France, pour fornicacion et avoutire sur eux mis, et meïsmement ès deux, c'est assavoir: Marguerite royne de Navarre et Blanche femme Charles devant dit ; vraiement approuvées furent prises, et du commandement du roy qui lors estoit à Maubuisson, en diverses prisons mises les deux (c'est assavoir : Marguerite et Blanche du tout en tout par essil et en chartres perpetuels mises et encloses, au chastel de Gaillart en Normendie furent detenues et emprisonnées, et ilec à morir condampnées) : et l’autre dame, la contesse de Poitiers, qui fu au chastel de Dourdan emprisonnée, examinacion d'elle faite et expurgement, du tout en tout fu aprouve que en celuy forfait ne fu pas coupable. Après ce, de prison fu delivrée, et en la compagnie le conte de Poitiers son mari fu de rechief rassemblée : et adecertes pour voir, Phelippe d'Aunoy amy bienveillant de la dite royne, et Gaultier d’Aulnoy son frere, ami de la dite Blanche, chevaliers, le jour d'un vendredi, en icelle sepmaine meïsme de Pasques, à Pontoise, du commandement du roy, furent escorchiés, et les vits et genitoires coupés ; et après ce incontinent, à un gibet de Pontoise pour eux nouvellement fait furent trainés, et en celuy gibet pendus et encroés : et pour certain, l'uissier de Ja dite royne, sachant et consentant de devant dit forfait, en ce jour à Pontoise au commun gibet des larrons fu pendu ; lequel cas fortunable les barons et le roy de France et ensement ses fils courrouça moult et troubla !. »
Gaguin, qui a suivi de très près cette relation, poursuit en ces termes: « Ob hanc impudiciciam insignium mulierum natam fabulam reor, quae de Johanna Philippi Pulchri uxore a rerum imperitis memorari solet. Eam videlicet aliquot scholasticorum concubitu usam eosque, ne pateret scelus, protenus extinxisse et in Sequanam amnem de cubiculi sui fenestra abjecisse. Sed unum tantum Johannem Buridanum eo periculo forte liberatum ; et propterea sophisma ab eo editum esse Reginam interficere nolite limere bonum est. Fuit siquidem Buridanus Johanna posterior. Quippe
1. Les grandes Chroniques de France (éd. P, Paris),t. V, p. 204.
qui Philippo Valesio regnum moderante cum liberalium artium nominatissimus professor esset, mulla et in rationabili et morali philosophia scripsit, dum Parisinae ecclesiae Fulco praesidebat, anno christianae resurrectionis. M. cccxzvim. Nec commeruit praeclara mulier hujusmodi vicio laxari, cujus liberalitatis atque misericordiae in pauperes testimonium exhibet Navarrae apud Parisios Collegium, ubi scholasticos incolere perpetuo instituit, designatis triplici ordine praeceptoribus, qui grammaticam, dyalecticenque adolescentes docerent, qui ilem philosophiam interpretarentur. Addidit et theologos, qui omnes anniversariis proventibus praediti, litterarum studio se perpetuo accommodarent. Hisque commune sacellura extruxit, praepositis ad rem divinam sacerdotibus. Itaque in eo tam graudi tamque spacioso collegio, am multi continenter scholastici diversantur, quot ad constitnendam universalem scholam satis esse putari possit ! ».
L'explication de Gaguin, encore que sa démonstration sur certains points prêle à la critique, est certainement la bonne. L’inconduite.des brus de Philippe le Bel avait été notoire, et l'on voit . Les Grundes Chroniques de France, l'histoire officielle d'alors, ne pas faire difficulté de la relever. Nulle part le nom de Buridan ne figure dans ces chroniques, non plus que dans la célèbre compilation de Jean Mancel connue sous le nom de La mer des Histoires*. Avec le temps, les brus de Philippe le Bel, Marguerite, Jeanne et Blanche furent confondues dans la mémoire du peuple avec Jeanne, la femme du roi de France, et toutes furent englobées dans la même réprobation. Ce n'est qu'au quinzième siècle, semble-t-il, que se forma cette léyende, à laquelle Villon fait allusion, mais en se gardant bien de désigner autrement que par « la reine » la prétendue héroïne de ce roman. Rien ne prouve d’ailleurs qu'il ait ajouté foi à cette tradition, alors même que le ton genéral de sa ballade laisserait supposer le contraire. Dans une relation composée à Leipzig en 1470 par un certain Jean Jencz qui avait séjourné à Paris, celui-ci raconte les amours de Buridan et de la reine de France dite de Navarre sans la nommer