‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 34 sur 41 · Compendium (Paris, 1501, in: fol.}, fol. 70 vo · texte numérisé non relu

Compendium (Paris, 1501, in: fol.}, fol. 70 vo

2. Cf. Bavyis, Diclionnaire historique el crilique (Rotterdam, 1697, in-fol.), L. f, p. 699, n. À.

8. Paris, 1488, in-fol. t. Il, fol. 211 vo. — Cette rédaction suit de très près le texte des Grandes Chroniques de France. |

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par son nom". La légende de Jeanne de Navarre et de Buridan ne supporte d’ailleurs pas l'examen. Celle-ci mourut en 1304; or Buridan, qui est déclaré sexagénaire en 1358?, aurait eu six ans à la mort de cette princesse. En outre, ce n’est qu’en 1308 que Philippe le Bel se rendit acquéreur de l’hôlel de Nesle’. Quant à la fameuse tour où se seraient passées les orgies rapportées par les romanciers, elle est encore dénommée dans le terrier de Saint-Germain-des- Prés de l'an 1485, « Tour Pelipe Hamelin. » Seul l'hôtel auquel elle était attenante s'appelait, dès 1313, l'Hôlel de Nesle‘. Enfin, il est établi que la femme de Philippe le Bel n'a jamais habité cette demeure, mais qu'elle faisait sa résidence habituelle dans son hôtel de la rue Saint-André-des-Arts, près la porte de Buci=.

La réflutation de Gaguin et de Jean le Munerat fut entendue par le public lettré®; mais, dans le peuple, la légende persista. C'est ainsi que Brantôme, après avoir fait allusion aux scandales de la Tour de Nesle, écrit : « Je ne peux dire que cela soit vray ; mais le vulgaire, au moins la pluspart de Paris, l’afferme; et n’y a si commun, qu'en luy monstrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que de luy-mesme ne le dye’. » Et de fait, on voit encore Jean Second, dans son J{inerarium Gallicum et dans son Epigrammalum Liber, rappeler en deux distiques imagés la légende qui lui avait élé racontée.

1. De Buridano et Noverra historia Jnhannis Jencz incipit feliciter 1470. Cette relation a été publiée par Hermann Levyser dans le Zeitschrift für deutsches Alterthum, t. Il (1842), pp. 362-370.

2. Du Boulay déclare que Buridan vivait encore à Paris en 1358, non minor quam sexagenarius (Historia Universitalis Parisiensis, t. IV, p. 997), ce qui reporte sa naissance à l’année 1298 ; qu'on la recule de quelques années, il aurail eu environ dix ans à la mort de Jeanne de Navarre.

3. Féuisien, Histoire de Paris (1725, in-fol.}, t. 1, p. 522.

4. H. Gérauo, Paris sous Philippe le Bel, {Paris, 1837, in-4), p. 458.

5. Histoire générale de Paris. Topographie historique. Région nccidentale de l'Université, p. 42.

6. Robert Goucer, Compendium recenter edilum de mulliplici Parisiensis Universilalis magnificentia. dignilate et excellentlia, rjus fundalione, mirificaque suorum suppositorum ac officiariorum nomine... (Paris, 1517, iu-4), fol. 15 vw; Ravisius Texron, De memorabilibus mulierribus ... (Paris, 1521, in-fol.\, fol, 190 vo-191 vo. Dans l'eloge qu'il a écrit en Fhonneur de la reine Jeanne, Textor de Ravisi ne fait pas la moindre allusion à l'histoire scandaleuse de la Tour de Nesle.

7. Branrôwe (édition Ludovic Lalanne, Paris, 1876, in-8), t. IX, p. 243.

In arcem reginae Albae, Partsiis.

Cernite flaventeis ubi volvit Sequana lymphas, Semirutam fertur quam coluisse prius Effera funestae regina libidinis arcem; Nunc ultore mali tempore sola jacet !.

Actuellement, nous n’avons que l’estampe bien connue de Callot qui vienne commenter ces vers?. De nos jours, deux dramaturges ont représenté sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin les horrifiques histoires de la Tour de Nesle, dernier vestige d'une légende qui, attaquée peu après son début, a mis toutefois plus de trois cents ans à mourir*.

(3) Berte au grant pié, Bietris, Allis, Haremburgis qui tint le Maine, Et Jehanne, la bonne Lorraine...

Villon, après avoir évoqué dans le premier huitain de sa célèbre ballade de gracieuses figures de femmes appartenant à la mythologie et à l'antiquité, fait passer devant nos yeux, dans les deux buitains suivants, d’autres figures féminines non moins charmantes qui tiennent, les unes à la tradition historique, les autres à la légende ainsi qu'elles apparaissent dans les chansons de geste où la

1. Joannis Secunoi Opera (Leyde, 1619, in-8), p. 440. Dans son Jéinerarium . Gallicum (Leyde, 1618, in-8°), les deux distiques sont semblables, sauf le début du premier vers :

Vidimus et flavas ubi..... (p. 42).

2. Édouard Meauus, Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot (Paris, 1860, in-8), t. 1, p. 339, n° 714.

3. La Tour de Nesle drame en cinq actes et en neuf tableaux par MM. GaiLcanver et *** (Alexandre Dumas, d'après Barbier), représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 29 mai 1889. — Dans cette pièce cél ‘bre, le pacifique Buridan est transformé en capitan. On connaît la phrase : Dix manans contre un gentilhomme, c'est cinq de trop! (p. 5), et cette tirade qui transportait alors la salle : « J'ai fait vingt ans la guerre aux Italiens, les plus mauvais coquins que je connaisse ; j'ai fait vingt ans l'amour aux Îtaliennes, les plus rusées ribaudes que je sache... et je n'ai jamais refusé ni combat, ni rendez-vous, pourvu que l'homme eût droit de porter des éperons et une chaîne d'or..... pourvu que la femme fût jeune et jolie. » (p. 9). — Il est difficile de pousser plus loin le travestissement. — Sur Buridan, cf. ma notice dans les Roberti Gaguini epistole el orationes (Paris, 1903, in-8o), t IL, p. 71, 0. 2.

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fantaisie est surtout dominante. Telle Berte aux grands pieds, la mère de Charlemagne,

Berte la blonde, l’eschevie ! (v. 3470).

Villon, comme je chercherai à l’établir ailleurs, était familiarisé sinon avec les vieilles chansons de geste, du moins avec les traductions qui en avaient été faites en prose, au x1v° siècle, ou par la tradilion orale. Ce serait même plutôt à cette dernière source qu'il avait puisé ses souvenirs, car, de son temps, les manuscrits étaient rares et chers et d’un accès difficile, et puis l'on sait, par l'aveu qu'il nous en a fait lui-même, qu'il n'était pas grand clerc, et que les livres ne l’avaient jamais attiré beaucoup :

Car de lire je suis fetart,

écrit-il dans son Grant Testament ?. Mais il connaissait les légendes qui couraient sur Berte, et les contes qui circulaient à l'ombre de son nom : Au lemps que Berle filail..., et qui, jusqu'au xvu‘ siècle, en France, avaient fait la joie des petits enfants et bercé leur première jeunesse”. Villon ne connaissait peut-être pas le poème même d’Adenet le Roi, Li Roumans de Berthe aux grans piés* ; toutefois il savait qu'elle avait donné le jour au grand empereur, au « preux Charlemaigne », qu'elle était belle et bonne, et que sa vie avait été traversée par de douloureuses aventures. Peut-être se rappelait-il la réponse d’Engerrans de Monteler à Pépin consultant ses barons pour lui indiquer une femme digne de l’épouser :

Sire, je en sai une, par le cors saint Omer, Fille au roy de Hongrie, moult l'ai oï loer : Il n’a si bele feme deça ne delà mer :

Berte la debonaire ainsi l’oi nommer.

1. Adenès u1 Rois, Li Roumans de Berte aus grans piés, édition d'Auguste Scheler (Bruxelles, 1874, in-8e), p. 127, v. 3470.

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