‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 6 sur 41 · LE GRANT TESTAMENT DE MAISTRE IFRANGOYS VILLON · texte numérisé non relu

LE GRANT TESTAMENT DE MAISTRE IFRANGOYS VILLON

L'auteur débute ainsi :

En l’an trentiesme de mon aage {v. 1).

1. Cf. Romania, t. XXX (1601), Villoniana, p. 361 ; et t. XVI :1887), p. 573, n. 4.

FRANÇOIS VILLON ET JEAN DE MEUN. il

De même Guillaume de Lorris, après un préambule de vingt vers, poursuil :

Ou vintiesme an de mon aage (t. 1, p. 4, v, 20).

Et, comme le noble Rommant

De la Rose dit et confesse

En son premier commencement, Qu'on doit jeune cuer en jeunesse, Quand on le voit viel en viellesse, Excuser; hélas ! il dit voir, (v. 113-118.)

Ce n'est pas au commencement du Roman de la Rose, mais au début du Testament de maistre Jehan de Meung, que se trouve le passage en question. Villon citait donc de mémoire :

Bien doit estre excusé jone cuer en jonesce Quant Diex li donne grace d'’estre viel en viellesse.... (T. IV, p. 1; v. 9-10.)

Villon faisait sans doute confusion avec ce passage du Roman de la Rose, passage qui est effectivement au « premier commencement » du poème.

C'est Raison qui parle :

Jonesce met homme ès folies, Es boules et ès ribaudies, Es luxures et ès outrages, És mutacions de corages.....

En tex peris les met jonesce Qui les cuers à delit adresce....

Mais vieillesce les en rechasce...

Viellesce qui les accompaigne Qui moult lor est bonne compaigne, Et les ramaine à droite voie, Et jusqu'en la fin les convoie....

(T. IT, p. 24, v. 4478 et sqq.

L'anecdote de Diomedès et d'Alexandre, où le roi use de magnanimité et de « largesse » envers le pirale, n'a pas son correspondant

42 LOUIS THUASNE.

dans le Roman de la Rose ; mais, ainsi que dans Villon, Alexandre — dans ce dernier ouvrage — cest le roi généreux pris pour type de « largesse » :

Apres refu Largcce assise,

Qui fut bien duite et bien aprise

De faire honor, et de despendre :

El fu du lignage Alexandre.

(FT. I, p. 46, v. 1132-1134.)

La Vieille, faisant l'éloge du Valés, assure

Qu'il est preus et hardis sans faille :

En cest païs n’a qui le vaille, Tant a le cuer plain de noblece ; Il surmontoit de largece Le roi Artus, voire Alixandre...

(T. II, p. 411, v. 12864-12868.)

Ces deux citations viennent à l'appui de cette remarque de M. Paul Meyer : « A partir de la seconde moitié du xn° siècle et jusqu'à la fin du moyen âge, le mérile pour lequel Alexandre est universellement célébré, ce n’est pas son génie pour les choses de la guerre, — au moyen âge, on guerroyail beaucoup, mais la stratégie en France était à peu près perdue, — ce n'est pas même son courage personnel, bien que les éloges ne lui aient pas été négligés à cet égard, c'est surtout et par dessus tout sa largesse. Alexandre est devenu le type idéal du seigneur féodal, ne cherchant point à amasser pour lui, mais distribuant généreusement à ses hommes les terres et les richesses gasnées avec leur aide, et s'élevant, par eux et avec eux, en honneur et en puissance. » |

L'emprunt de Villon pour le récil de Diomedès et d'Alexandre ne relevant pas du Roman de la Rose, les sources en sont données au SUPPLÉMENT n° 1.

1. Paul Meyer, Alerandre le Grand et la lillérature française au moyen àägr «Paris, 1886, in-8o), t. Il, p. 372.

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