‹ François Villon et Jean de MeunChapitre 7 sur 41 · XXII-XXIII, XXVI, CXXIII · texte numérisé non relu

XXII-XXIII, XXVI, CXXIII

Villon « plaint » le temps de sa jeunesse qu'il a si mal employé: Je plaings le temps de ma jeunesse, Ouquel j'ay plus qu'autre gallé, Jusques à l'entrée de viellesse, Qui son partement m'a celé.

11 ne s’en est à pié allé, N'à cheval; helas ! comment don ?

Soudainement s’en est vollé, Et ne m'a laissé quelque don.

Allé s’en est, et je demeure, Povre de sens et de savoir, Triste, failli, plus noir que meure, Qui n’ay n'escus, rente, n'avoir...

XX VI Hé Dieu ! se j'eusse estudié Ou temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes meurs dedié, J'eusse maison et couche molle!

Mais quey ? je fuyoie l'escolle, Comme fait le mauvais enfant...

En escripvant ceste parolle A peu que le cueur ne me fent.

CXXIHI

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Au fort, triste est le sommeiller Qui fait aise jeune en jeunesse, Tant qu'en fin lui faille veiller, Quant reposer dust en viellesse.

Ces quatre vers ont comme leurs correspondants dans cette déclaration de Richesse :

Car par vie oiseuse et fetarde Puct-l'en à Povreté venir...

14 LOUIS THUASNE.

Mais c’est surtout en lisant parallèlement les passages similaires dans Villon et dans le Roman de la Rose qu'on peut voir, en dehors des passages topiques, les analogies qui résident bien plus dans l’ensemble que dans les détails.

Raison démontre à l'Amani les dangers de l'amour :

Trop sunt à grant meschief livré Cuers qui d'Amors sunt cnivré; En la fin encor le sauras

Quant ton tens perdu i auras; Et degastée ta jonesce

En ceste dolente leesce.

Se tu pués encore tant vivre Que d’Amors te voies delivre,

Le tens qu'auras perdu plorras,

Mès recovrer ne le porras...

Le vers (179) de Villon se retrouve dans celui où Guillaume de Lorris décrit le bois de l’arc du dieu d'amour :

Et si estoit plus noirs que mores (t. 1, p. 38, v. 911.)

mais surtout dans ce passage où Jean de Meun montre l'époux jaloux menaçant sa femme de la corriger d'importance s'il la voit

causer avec

ce bacheler

Robichonet au vert chapel, (t. Il, p. 202, v. 65-66.)

Se vous jamès parlés à li, Vous en aures le vis pali, Voires certes plus noir que more.

Bien est verité qu’ay amé

Et ameroie voulentiers ;

Mais triste cueur, ventre affamé, Que n'est rassasié au tiers,

M'oste des amoureux sentiers.

Au fort, quelqu'ung s'en recompence, Qui est rempliy sur les chantiers ; Car la dance vient de la pance.

Ce passage se retrouve en deux endroits du Roman de la Rose. Guillaume-de Lorris termine le portrait de Trislesse par ces vers :

La doloreuse, la chetive, Il ne li tenoit d'envoisier, Ne d’acoler, ne de baisier :

Car cil qui a le cuer dolent, Sachiés de voir, il n’a talent De dancier, ne de karoler, Ne nus ne se porroit moller Qui duel eust, a joie faire, Car duel et joie sont contraire.

Ailleurs Jean de Meun dans la requête de Povreté à Richesce met cette pensée dans la bouche de la première :

Ausinc le doiveut cil savoir Qui d’amors vuelent joie avoir :

Car povre n’a dont s’amor pesse Si cum Ovide le confesse.

(T. II, p. 179, v. 8020-8023.)

Faisant un retour sur son passé, et songeant à ses « compaings de galle! » dont les uns ont réussi à se pousser dans le monde, dont les autres sont dans la misère (XXIX-XXX), Villon poursuit :

Aux grans maistres Dieu doint bien faire, Vivans en paix et en requoy.

En euix il n’y a que refaire;

Si s'en fait bon taire tout quoy,

Mais aux povres qui n’ont de quoy, Comme moy, Dieu doint patience ;

Aux autres ne fault qui ne quoy,

Car assez ont pain et pitance.

46 +. - + LOUIS THUASNE.

Bons vins ont, souvent embrochez,

Saulces, brouetz et gros poissons : .

Tartes, flaons, œfz fritz et pochez,

Perduz et en toutes façons. :

Pas ne ressemblent les maçons,

Que servir fault à si grant peine;

Ils ne veulent nulz eschançons :

De s0y verser chascun se peine.

Mais, faisant réflexion qu'il parle irrévérencieusement des puissants — matière toujours dangereuse! — il revient à son sujet .

Eo cest incident me suis mis, Qui de rien ne sert à mon fait.

Je ne suis juge, ne commis, Pour pugnir n’absoudre mesfait.

De tous suis le plus imparfait.

Loué soit le doulx Jhesucrist !

Ce que j'ay escript est escript.

On peut, dans ce passage, voir une réminiscence d'Ovide :

Pauper amet caute : timeat maledicere pauper ; Multaque, divitibus non patienda, ferat 2,

mais surtout de Jean de Meun qui a développé la même idée d’après le poète latin.

Povres doit aimer sagement

Et doit soffrir moult humblemennt, Quanque li voit ou faire ou dire, Sans semblant de corrous ne d'ire,

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