‹ François Villon et ses légatairesChapitre 3 sur 38 · Le ms. porte : « Le jeu me ne me sembloit pas bel · texte numérisé non relu

Le ms. porte : « Le jeu me ne me sembloit pas bel

2. Le copiste auquel on doit le manuscrit Fauchet a consacré au Grand Testament un gros cahier de papier dont les derniers feuillets sont marqués 62 et 67 ; malgré cette apparente irrégularité, il n'y a pas de trace de feuillets disparus, car l'avant-dernier (coté 62; correspond avec le second feuillet du cahier. Ce copiste avait utilisé le bas du f" 62 v» par la transcription de ces quatre vers, variante peu importante de l'épigramme la plus connue :

Je suis François dont il me poise, Natif à'Ausoir emprès Pontoise, Et de la corde d'une toise Saura mon col que mon cul poise.

Ces vers ont été barrés et remplacés au folio 67 r° qui suit immédiatement par l'épitaphe donnant le nom de Corbeil.

1451 et avoir de vingt-quatre à vingt-cinq ans en janvier 1455 v. st.), il devient presqu'impossiblede douter que «maistre François des Loges» et Villon ne fassent un seul et même personnage.

La découverte de cette lettre de rémission paraîtrait devoir faire cesser les conjectures sur le véritable nom de Villon : elle ne ferme cependant pas l'ère des hésitations. La présence dans un autre registre du Trésor des Chartes 'JJ 183) d'une lettre de rémission adressée dans le même mois de janvier 1455 et pour le même crime à u François de Monterbier, maistre es ars », vient de nouveau obscurcir la question. L'âge du suppliant n'est pas énoncé dans cette seconde pièce; mais François de Monterbier ne peut être distingué de Fr. des Loges, car le récit de la rixe est le même à quelques détails près dans les deux lettres; ici la victime est appelée Phelippe Sermoise au lieu de Ph. Chermoye. Nous renonçons à expliquer ce fait d'une double requête adressée par le même personnage sous deux noms différents et amenant la délivrance de deux lettres de rémission. Nous nous contenterons de faire remarquer pour l'honneur de la chancellerie royale que les deux lettres ne furent pas données au même lieu : la première est datée de Saint-Pourçain, en Bourbonnais, et la seconde de Paris.

Il est certain, par le fait même de ces deux requêtes, que le poète était connu à Paris sous l'un et l'autre des noms dont il les signa ; mais il importe de distinguer son nom patronymique. Il nous a paru que pour parvenir à résoudre ce petit problème, il convenait de recourir aux archives de l'Université de Paris, où Villon avait étudié.

Le seul document où nous pouvions espérer trouver quelque renseignement sur notre poète est un registre des procureurs de la nation de France pour la faculté des arts, registre sur lequel on inscrivait les noms des écoliers boursiers qui obtenaient les grades de bachelier, de licencié et de maître. Nous n'avons trouvé dans ce registre, qui se rapporte aux années 1444 a 14^, ni François des Loges, ni François de Monterbier, ni même Corbeil; mais nous remarquons en revanche, parmi les rares écoliers du nom de François, un Franciscus de Moult Corhier, parisiensis, nommé par trois autres fois Franciscus de Montcorbier. Il figure en mars 1448 (v. st.) parmi les baccalariandi ', et un peu plus de trois ans après, c'est-à-dire au temps de Jean de Conflans qui exerça les fonctions de procureur de la nation de France du 4 mai au 26 août 1452, on le compte au nombre des jeunes gens appelés à la licence , puis à la maîtrise es arts ^. Or, le nom de Montcorbier étant le seul qui puisse

1 . Folio 97 yo, du registre des procureurs de la Nation de France conservé à la Bibliothèque de l'Université. — La bourse de Franciscus de Moult Corbier, parisiensis, y est estimée deux sous parisis.

2. « Skquitur >"0men cujusDAii LiCExcuTi : Dominus Franciscus de

être rapproché d'un de ceux que les lettres de rémission attribuent à Villon, et se retrouvant, du reste, à plusieurs reprises dans un registre original, ce nom est à notre avis le véritable nom du poète. Le changement de Montcorbier (ou Moncorbier) en Monîerbier résulterait d'une faute de copiste, car on sait combien est grande dans l'écriture du XV" siècle la ressemblance des lettres c et t d'une part, o et e de l'autre, et nous ne craignons pas, en émettant cette opinion, de recevoir le blâme de quiconque, ayant étudié quelque peu les registres du Trésor des Chartes, a pu juger combien les noms propres y sont quelquefois altérés.

Il est possible que le nom Corbeil ne soit qu'une corruption de celui de Montcorbier. On ne doit pas oublier, en effet, que nous ne connaissons du huitain qui le fournit qu'une transcription qui, sans doute, ne se rattachait à l'original que par plusieurs intermédiaires. Il semble, en outre, difficile d'admettre que le poète ait pu commettre ce grossier pléonasme : « Nommé Corbeil en mon seurnom w, et on peut dès lors supposer que les deux premières syllabes de ce vers renferment une fausse leçon. Or, comme Villon, s'il est l'auteur du huitain, écrivit assurément :

Je suis François, dont il me poise.

De Montcorbier en mon seurnom.

nous nous arrêterons à cette hypothèse qu'un copiste maladroit aura fait du second vers : « De nom Corbier en mon seurnom », leçon qu'un second scribe modifia légèrement pour éviter la redondance. Quant à la différence qui subsiste entre Corbier et Corbeil, les manuscrits offrent trop souvent des variations analogues en ce qui concerne les noms propres , pour qu'il y ait lieu de s'en occuper autrement.

Nous ne devinons pas quel motif porta Villon à substituer à son nom patronymique de Montcorbier celui des Loges, qui ne tarda pas à être remplacé lui-même par le surnom de Villon, ou plus simplement Villon, sous lequel il devait être plus tard exclusivement connu. L'origine de ce dernier surnom, grâce aux Testaments, paraît certaine. Il fut sans doute donné à François en raison de ses relations avec un protecteur de sa jeunesse qu'il a soin de nommer dans chacun de ses Testaments, avant

Montcorbier, de Parisiiis, cujus bursa : II s. p. — Sequuntur nomina illo-

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