Et non macabre : voy. Romania, t. XX1V, p
la figure, étonnamment variée dans sa hideur, de la Mort. Au-dessous de chaque personnage et de chaque Mort était un huitain — terminé par un proverbe — exprimant l'invitation impérieuse et sarcastique de la Mort et la vaine supplication ou les regrets impuissants du mortel. Cette peinture, exécutée sous l'inspiration des Dominicains, frappa vivement, on le comprend, l'imagination populaire. Elle devint célèbre dans le monde entier et fut imitée presque aussitôt — et longtemps encore après — en France, en Angleterre, en Italie et surtout en Allemagne. Notre écolier dut bien souvent en emplir ses regards. Mais c'étaient surtout les « charniers » qui fascinaient son âme de poète et le plongeaient, pour un temps, dans une méditation à la fois ironique et sombre. Mais il était vite ramené à son train d'idées ordinaire par le mouvement profane qui bruyait autour de lui. Le moyen âge ne connaissait pas le respect des morts. Les cimetières, seuls emplacements libres tolérés à l'intérieur de ces villes où les maisons se pressaient jusque sur les ponts, étaient des lieux de réunion et de plaisir, souvent de fêtes et de bals. Aux Innocents on venait se promener, on donnait des rendezvous, on exerçait mille petits métiers dans des boutiques qui s’adossaient aux murs des galeries, entre les amoncellements d'os. Les écrivains publics, notamment, y avaient des échoppes presque aussi nombreuses qu'aux environs de Saint-Jacques-la- Boucherie et non moins achalandées. François de Montcorbier ne pouvait manquer de faire là quelque rencontre qui le distrayait bientôt de ses lugubres pensées.
Ce n’était pas à l’enceinte des trois villes composant le Paris d'alors, — l'Université, la Cité et la Ville, — que se bornaient les pérégrinations de maitre François. Il nous parle dans ses vers du château de
Nijon, situé hors des murs, dans le Passy actuel, de Saint-Maur-des-Fossés, à l’autre extrémité de Paris, de Bicôtre, de Montmartre et du Mont-Valérien. Il était lié avec Pierre de Rousseville, « concierge » du château de Gouvieux, près de Chantilly, et avec l'abbesse de Pourras (Port-Royal), qui ne donnait pas l'exemple des vertus qu'on vit plus tard sancüfier cette célèbre vallée. Huguette du Hamel, comme tant d'autres abbesses du temps, était une simple drôlesse, dont la vie scandaleuse nous est révélée par un procès qu'elle soutint en 1465 : elle frayait avec les gens d'armes, qui la chansonnaient. On ne s'étonne donc pas qu'elle fit en compagnie des écoliers des parties comme celle que Villon rappelle avec plaisir dans son Testament, et qui valut un legs à un brave barbier de Bourg-la-Reine, dupe sans doute de l’abbesse et du Parisien :
Item, laisse a Perrot Girart,
Barbier juré du Bourg la Reine,
Deux bacins et un coquemart,
Puis qu'a gaigner met tant de peine.
Des ans i a demi douzaine
Qu'en son hostel de cochons gras
M'apastela 1 une semaine, Tesmoing l’abbesse de Pourras.
Les poésies de maître François Villon sont encore plus instructives sur la compagnie qu'il fréquentait