‹ François Villon (volume 2)Chapitre 103 sur 402 · T., h. 70. Cf. ch. XIV (suite · texte numérisé non relu

T., h. 70. Cf. ch. XIV (suite

5. T., h. 71. — Une image et un texte du Miroir iVImiiuUne salvation, un livre

maître es arts, qui n'a pas fait ses études de théologie, soutient cette opinion, il répondra: c'est en m'appuyant sur la parabole de Jésus concernant le mauvais riche et le pauvre Lazare. Le mauvais riche fut enseveli dans le feu souterrain de l'enfer, tandis que le pauvre ladre fut porté par les anges dans le sein d'Abraham, au ciel '.

Elle était bien populaire alors l'histoire rapportée par Luc au sujet de ce Lazare \ patron des pauvres, des mendiants, de tous ceux qui souffrent d'ulcères ; elle est bien significative, au début d'une œuvre qui poursuivra surtout les mauvais riches, ceux qui ont été durs à cet autre Lazare, à ce pauvre homme que fut François Villon : mais il a foi dans le « doulx Jésus Christ » et, à cause de sa patience et de sa résignation, peut-être jouira-t-il de la récompense éternelle. Si le doigt du ladre avait brûlé comme le corps du mauvais riche, ce dernier n'aurait pas demandé, en grâce, au père Abraham que Lazare trempât dans l'eau le bout de son doigt pour lui tendre la goutte d'eau qui eût rafraîchi sa langue (sa mâchoire, dira Villon). En cet enfer, les bons buveurs, les « pions », qui jouent comme lui pourpoints et chemises, feront triste figure,

très populaire au xve siècle (je cite l'exemplaire qui a dû être exécuté pour Charles d'Orléans, Bibl. Nat., fr. i88, fol. 33 vo), fixent bien le sens de la pensée de Villon. On y voit quatre enfers superposés, dont trois seulement sont remplis de flammes. L'enfer inférieur, « le quart enfer », est le lieu des damnés ; au-dessus est figuré « le tiers enfer », qui est « le limbe des enfans » ; au-dessus encore le « second enfer », qui est le purgatoire ; enfin, sans flammes, est « le premier enfer [qui] est le limbe des perez ». Autour du Christ sont les « saints ». Sur deux banderolles on lit : Tu es venu très désiré, puis : Tu es celui que ateudismes : « Encores au dessus de ce infer purgatoire est l'enfer ou le lieu des saints pères, qui s'apelle par aultre nom les cours d'Abraham, ou s'apelle le limbe. Et en se infer entrèrent devant l'avènement de Nostre Saulveur Jhesucris tous les saints qui lors estoient ou morroicnt. Ce fut l'infer ouquel nostre Saulveur entra et dcscendi. Et, tous ceulx qui dedens estoient, il tira et mist dehors, et les deliura et mena puissamment avecq lu\^ ».

2. Luc, XVI, 19-31. On trouvera cette parabole dialoguéc dans les sermons populaires du cordelier Michel Menot (Paris, 1530, fol. 114 et s.). Les conclusions de Menot sont à retenir « Quid fiet de vobis, qui habetis boua defunctorum... vos doniiui, qui habelis boua per cavilhtiones, qui exheredastis pauperem, le bon homme, posuistis Jilios suos ad panevi querenduiu ! Doiuiui de justicia qui teuetis honiines à l'aboy, etc. ».

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puisque la boisson y coûte si cher. Elle y est à un prix inaccessible, surtout au mauvais riche, puisque Abraham répondit à ce dernier qu'un grand abîme, et infranchissable, séparait le ciel de l'enfer. Plaisanterie à part. Dieu nous garde de ce triste séjour' !

Telle est tout simplement dans sa foi, et dans son irrévérence plutôt formelle, la pensée de François Villon ; notre écolier se montre ici l'écho de discussions théologiques fort en honneur en son temps.

François ajoute maintenant une invocation à la Vierge : puis il commence de tester.

Sa pauvre âme, il la laisse à la « benoîte » Trinité, ce qui convient bien à un enfant adoptif de Saint-Benoît, église qui était sous le titre de la Trinité ; mais Villon la recommande encore à Notre-Dame en priant toute la hiérarchie angélique, qui comprend neuf ordres, de la porter devant le trône précieux de Dieu ^ Son corps, il Tabandonne ' :

A nostre grant niere la terre 4 ; Les vers n'y trouveront grant gresse, Trop luy a fait fain dure guerre.

Or luy soit délivré grant erre > :

De terre vint, en terre tourne ; Toute chose, se par trop n'erre, Voulcntiers en son lieu retourne.

Or, avant même qu'il vienne à parler de sa mère, François inscrit parmi ses héritiers M'-' Guillaume de Villon ^ qui l'a élevé, et se montre encore aujourd'hui si triste, des aventures de son protégé :

Si luy requier a gcnouillon Qu'il m'en laisse toute la joye.

4. Ce beau vers n'est ccpL-ndam qu'un lieu commun : Deucalion dit dans le Roman de la Rose :

Notre grant nicre, c'est la terre.

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