‹ François Villon (volume 2)Chapitre 104 sur 402 · Rapidement. — 6. T · texte numérisé non relu

Rapidement. — 6. T

FRANÇOIS VILI.OX. — II. lO

A cet homme sérieux, il laissera ses livres ' ; et parmi eux ce (( Rommant du Pet au Deable », qui ne doit pas être du goût du pieux chapelain. Quant à sa mère, la pauvre femme c]ui souffrit tant de douleurs à cause de lui, elle recevra, puisqu'elle est si pieuse, une prière à la Vierge sous la forme d'une ballade \

Immédiatement après ces deux personnages, Villon nommera sa bonne amie, sa « rose » comme on disait. Elle tint donc une place importante dans sa vie, cette Marthe sans cœur et sans foi, la sœur en cruauté de Catherine de Vausselles, la rusée qui ne tenait qu'à l'argent. François ne l'aime plus; et c'est bien pour remplir tout son devoir envers Amour qu'il lui adresse, pour la maudire, une ballade se terminant tout en R (en erre, c'est-à-dire en errant, en se trompant), suivant une équivoque assez commune sur les lettres de l'alphabet. Mais le grossier et amoureux sergent, Pierre Marchand, saura bien la retrouver et l'insultera Cet amour lui revient à l'esprit évidemment associé au souvenir d'un compagnon de sa jeunesse: le riche Ythier Marchand, à qui Villon a laissé jadis une épée. Sans doute ils avaient chanté ensemble des chansons amoureuses : il lui lègue maintenant un lai de dix vers et un De profiindis pour ses amours anciennes, à chanter au lutrin M Et François rivalisait ici de courtoisie avec Alain Chartier et Charles d'Orléans ^ :

Mort, j'appelle de ta rigueur, Qui m'as ma maistresse ravie, Et n'es pas encore assouvie Se tu ne me tiens en langueur :

One puis n'eus force ne vigueur ; Mais que te nuysoit elle en vie.

Mort ?

I. T., 78. — 2. T., 79. Voir ch. n. — Le titre Ballade que Villon feit à la rcqtiestc de sa mire pour plier Nostre Dame est do l'invention de Marot.

3. T., 80-83, V. 942-969.- Ballade de Villon à s\viiye dit Marot. Cf. ch. ix et, à l'appendice, la note sur Perrinet Marchand.

4. T., 84. Cf. cil. V (suite), vu, et la note sur Vthier Marchand à l'appendice.

5. T., V. 978-989. Cf. Charles d'Orléans, éd. J. M. Guichard, p. 66 ; Chartier, éd. Duchesne, p. 795 et passim. — Mon ami, M. W. G. C. Byvanck a bien voulu me faire savoir qu'un ms. de La Haye donne ce rondeau avec quelques variantes.

Deux estions et n'avions qu'ung cucr ; S'il est mort, force est que dévie, Voire, ou que vive sans vie Comme les images, par cuer, Mort !

Ythicr Marchand, on l'a dit, était clerc des finances. C'est dans ce cercle, où François vécut, que se fixe maintenant la pensée du testateur. Car Jean le Cornu fut également secrétaire du roi et homme de finance ' : puisqu'il n'a pas secouru son pauvre ami, il aura ce litigieux et ruineux jardin de Pierre Baubignon, s'il veut bien y faire établir une porte \ Là Villon allait parfois coucher le soir ; et il y avait mis un douteux crochet pour enseigne ' . Toujours dans ce milieu de financiers, voici Pierre de Saint-Amand, clerc du Trésor^, dont la femme a traité le pauvre Villon comme un mendiant. Jadis il a donné à cet homme riche, pour chevaucher dans la rue pompeusement, un cheval blanc et une mule (François équivoque ici sur des enseignes de tavernes bien connues) : au tranquille cheval blanc, il entend substituer aujourd'hui une jument amoureuse et, à la mule, un âne enragé, un « âne rouge » comme on disait. Quant à l'élu de Paris, Denis Hesselin, un autre financier 5, il recevra quatorze muids de vin d'Aunis qui seront pris aux dépens de Villon chez Turgis le tavernier^ ! Voilà un legs qui ne se réalisera pas, certes, ou bien nous devons tenir Turgis pour un vrai nigaud \

François a dû avoir une affaire dans laquelle Guillaume Charruau fut son avocat et Fournier, son procureur ^ Les gens de lois sont rapaces. Charruau recevra un équivoque réau pris aux changes de cet endroit de Paris où poussent seulement

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