Voir la notice à l'appendice
quelques légumes, la Couture du Temple; Fournier mettra de même dans sa bourse quatre « havées » équivoques'.
Quant à Jacques Raguier, l'ivrogne \ il recevra le Grand Godet de Grève (Villon joue ici sur le nom d'une taverne de Paris), à condition de payer quatre plaques, c'est-à-dire une très petite somme de cette monnaie flamande, décriée depuis 1436 et toujours en baisse ^ Il est bien étonnant que pour cela Raguier, qui appartient à une riche famille, doive vendre ses braies et sa chemise! Et Villon d'ajouter: qu'il aille sans chausses, en escarpins, s'il se rend, pour boire sans moi, à la taverne de la Pomiiie de Pin !
Et il lui souvient de Merbeuf et de Nicolas de Louviers, qui font métier de drapiers et veulent suivre les façons des nobles. C'est vrai qu'ils sont gens à porter l'épervier à la chasse : mais seulement pour prendre le gibier mis en vente chez la Machecou, marchande de volailles près du Châtelef^.
De cette chambre, où il demeure encore caché, Villon songe aux dettes qu'il a faites chez Robert Turgis, le propriétaire de la Pomme de Pin. — Je lui payerai son vin s'il trouve mon logis,
I. Voir sur CCS deux personnages les notices à l'appendice. — Il y a vraisemblablement ici un calembour sur le sens de lum'c qui signifie la poignée, la pincée de marchandise que les collecteurs d'impôts prenaient, et le mot latin ave, salul. (Cf. à la table, Ave, Saltis ; et le legs d'un bonjour'). 1. T., h. 91. Voir à l'appendice.
3. Chartier, I, p. 219 ; Joiirihil (Vim bourgeois de Paris, p. 206 et note, — Les plaisanteries sur la monnaie sont fréquentes chez Villon : il a beaucoup pensé à l'argent qu'il n'avait pas (Voir plus loin, p. 224 n.). Or on lit dans !c ms. fr. 2365 fol. 150 \'° (Equivoques sur les monnaies) :
l-'Iacques voit 011 sur jambes fort roiigncuscs. Cette équivoque nous explique l'association d'idées de Villon : Deust il vendre, quoy qu'il luy griefve. Ce dont 0 1 cueuvre mol et grève.
(Cf. Parnasse satyrique, p. 175).
Voir aussi le Ijgs du Testament de Pallidin :
A tous cliopincurs et ivrognes — Noter vucil, que je leur Liissc — Toutes goûtes, crampes et rognes — Au poing, au costé, à la fesse. (A la suite de la Farce, éd. Coustjllier, p. 141).
4. T., h. 92. — Voir à l'appendice les notices sur Nicolas de Louviers et Pierre Merbeuf.
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pensc-t-il ; et je lui donne encore, à lui Parisien, ce droit vide, qu'ont tous les Parisiens, de pouvoir être élu échevin. Je le fais comme enfant de Paris : mais en enfant de Paris qui a erré sur bien des routes, retenu bien des patois. Car Villon, qui a peutêtre l'intention de nier la dette de Turgis, et vit alors si mystérieusement, donnera un échantillon de sa connaissance du langage poitevin que deux dames lui enseignèrent discrètement sur les marches de Bretagne et de Poitou '.
La pensée du poète se tourne ensuite vers une juridiction avec laquelle il a eu affaire sans doute, et où il connaît tant de monde : le Chdtelet de Paris ^ Voici Jean Raguier, un des douze sergents attachés à la personne du prévôt. C'est un glouton, qui mange salement et bave : il recevra donc un de ces soufflés au fromage (une talmouse), pris à la table de Jean de Bailly, le greffier du Trésor, et bien propre à cacher son museau. Comme les Raguier boivent ferme, Jean n'aura, pour faire sa digestion, qu'à descendre arroser sa gorge à la fontaine Maubué, au coin de la rue Saint-Denis, proche la maison de Bailly (et l'on peut croire qu'il n'appréciait pas une telle boisson) \ Guillaume Gueroust, qui est alors le Prince des Sots et organise pour le compte de la ville les divertissements de son office, pourra prendre, comme fou supplémentaire, cet autre sergent du Chdtelet, Michault du Four, un imbécile qui fait des jeux de mots stupides et chante des niaiseries. Gueroust recevra avec cela le bonjour : ce qui est peu. — C'est là, ajoute Villon, un fou de tout repos : mais que cet organisateur de la gaîté officielle soit plaisant, je le conteste '^.
Quant aux deux cent vingt sergents de la Prévôté, ces douces gens qui sont de bonnes brutes, Denis Richier et Jean Valette, ils recevront ce qu'ils portaient déjà, suivant la mode d'alors : la grande cornette d'un chaperon pour l'accrocher à
1. T., 1-1.93-94. Voir pour l'explication de ce legs le ch. xiii.