‹ François Villon (volume 2)Chapitre 135 sur 402 · Qiuvres, VIII, p · texte numérisé non relu

Qiuvres, VIII, p

5. Ma servante. Cf. la note d'Anatole France dans la Vie de Jeanne d'Arc, 1. 1, p. 165,

l8o FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS

Excepte le bois et le fer,

Car ilz gettent les gens d'enfer

Et font aler en purgatoire

Dès leur vivant qui les veult croire.

Ilciu je laisse à l'Ordre Grise

Ma vicz braie et ma viez chemise ;

Et a l'ordre de Premontré

L'esbatement dedanz mon pré,

Puisque l'erbe en sera ostée...

Le Lendit laisse à Saint Denis

Chascun an perpétuellement ;

Et s'ay laissé pareillement

Au Roy le Louvre et le Palays

Et la Tour du Bois : c'est beau lays...

Il se pourrait aussi que Villon ait connu, à cause des attaches de Guillaume de Villon avec Auxerre, le Testament, suivi d'adieux, que Jean Régnier, seigneur de Guerchy et bailli d'Auxerre, composa en 1433 dans la prison française de Beauvais : poème touchant, mais trop long et grave, où les beaux traits ne manquent pas cependant '.

Toute forme de poésie, si ingrate, si usée qu'elle soit, vaut naturellement par ce qu'on y met. Villon, qui avait un sens si aigu de la réalité, y introduisit toute sa personnalité, ses souvenirs, ses haines. D'autre part, en exagérant à l'extrême le formalisme de ce cadre convenu, il en tira les effets les plus nouveaux et les plus comiques. Il fit vraiment la parodie d'un acte réel, d'un testamentauthentiquc ; peut-être mêmeétait-il malade, au lit, abandonné de tous et dénué de tout, lorsque cette vieille forme de poésie s'imposa à son esprit, avec l'obsession de sa fin prochaine ?

I. Les Fortunes et adversité:^ de feu noble hotiiine Jehan Régnier, éd. P. Lacroix. L'ouvrage fut imprimé seulement en 1524, par Jean de la Garde: on en connaît quelques rarissimes exemplaires, mais aucun manuscrit. — Quant à l'auteur du Prisonnier Desconforlè (éd. Pierre Champion, 1909), qui écrivit dans la dure prison de Loches, sous les troubles du règne de Charles VIII (aux environs de 1488), il a connu certainement le Testament de Villon qu'il imita avec liberté et quelquefois avec bonheur (Voir en particulier l'insertion des ballades dans les huitains).

LE TESTAMENT loi

Le Grant Testament est en effet calqué sur une formule de testament réel ', comme il est facile de le constater en ouvrant une collection quelconque de testaments remontant au premier quart du xv'^ siècle \ On y retrouvera les mêmes parties communes : recommandation de l'âme à Dieu, à la Vierge Marie; instructions au sujet de l'inhumation du corps, du payement des dettes, du convoi, du luminaire, de la sonnerie; puis viendront les legs particuliers, ceux aux ordres Mendiants, aux hôpitaux, à l'Hôtel-Dieu de Paris ; enfin le testateur nommera l'exécuteur, avec les pouvoirs nécessaires pour « augmenter et diminuer » son testament. L'acte enfin sera daté pour avoir forme authentique. Or Villon ne manque pas de recommander le sien au notaire du Châtelet qui a précisément juridiction sur les testaments, Jean de Calais; d'autre part, on a expliqué comment sa nomination de l'Université et son titre d'écolier le font jouir du privilège de cléricature et lui permettent de postuler la collation d'une cure : aussi Villon ne néglige-t-il pas de mettre ses dernières volontés sous la protection « du maître des testaments ». Ce personnage était chargé auprès de l'Officialité d'examiner les testaments des clercs, et on le trouve bien souvent en conflit avec le notaire civil du Châtelet'.

Il y a donc dans le Testament tout un côté de parodie que nous révèle l'étude d'actes réels. Quand Villon demande par exemple à Jean de Calais, cet honorable homme qu'il n'avait jamais vu de sa vie, de gloser, de commenter, de définir, de décrire, de diminuer, de canceller, de prescrire, d'interpréter son testament burlesque, qui comprend tant de legs imaginaires, il traduit gravement une formule latine en usage ^ ; quand il

1. Marcel Schwob, François Villon,, notes et rédactions, p.. 1^2.

2. A. Tuetey, Testaments enregistrés au Parlement de Paris, 1880 ; U. Robert, Testaments de V officialité de Besançon , 1902. — Bibl. Nat., Morcau 1161.

3. Voir à l'appendice la notice sur Jea:i de Calais. Sur le Maître des Testaments, cf. Du Gange, IV, p. 181 ; Le grant constnmier de France, Paris, Galiot du Pré, 1536, loi. 235, et ce qui a été dit aux ch. III. VIII § 2.

4. Quibus dictis suis exécuter ibus omnibus et singulis insimul si vacare voluerint aut possinl, sinautem tribus aut duobus dédit... idem teslator plenam potestatem... dictum testamentum suum adimpleiuli, complendi et perficiendi, Ft si quid in eo reperiatur dubiumvel

l82 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

C -^c^p^escrit qu'au-dessus de sa fosse on trace son portrait, qu'on

écrive son épitaphe, k\ encore il ne fuit que suivre la coutume vraie des testateurs, reproduire des formules de style courantes en son temps '.

Certainement Villon imagine les legs les plus comiques, les plus invraisemblables, déterminés par la satire dont il veut marquer des gens qu'il déteste pour ne lui avoir pas été pitoyables./C'est pourquoi, lui qui n'a rien, il parlera comme un homme jfcrès riche ; lui, par excellence le pauvre homme du peuple, il fera des legs comme un chevalier. Mais il ne faut pas oublier non plus qu'on rédigeait alors un testament pour léguer une simple pièce d'habillement. Une pauvre femme laissait à sa paroisse sa robe de dimanche, son chaperon; son lit à sa filleule ; un pelisson à celle qui l'avait gardée dans sa maladie ; le cotillon qu'elle portait tous les jours à une autre pauvresse qui avait eu le visage mangé par les loups ; et les 4 livres tournois, qui étaient presque toute sa fortune, avec sa meilleure robe et son meilleur chaperon, elle les donnait en aumône aux frères Mineurs \ Ne soyons donc pas étonnés de voir Villon léguer toutes les pièces de son costume, ses habits usés, ses vieux souliers, son pauvre mobilier d'écolier, son lit, des tables, des paniers, son pain, sa librairie. Un inventaire après décès des biens d'un écolier du collège d'Autun, M« Guillaume Levavasseur (entre 1484 et 15 13), nous fournira exactement les mêmes traits : et cette vérité du détail, qui se vérifie dans tous les passages du Testament, anime et fait le charme d'une œuvre qui aurait pu demeurer froide et conventionnelle K

ohscwum, illud interpretandi et declarandi, augendique illud ac eidetn addendi et corrigendi pro ut ac secundurn quod ipsis executorihus suis visum fuit expedire (Bibl. Nat., Moreau, 1 161, fol. 87 vo).

1. Cf. h. 164 ; « En l'espace de laquelle tunibe led. testateur ordonne estreymaginé en estât de bourgois et qu'il soit intitulé autour : Cv gist tel qui trespassa tel jour. » 4 septembre 1407 (Bibl. Nat., Moreau ii6i, fol. 94 vo^. Testament de Jean d'Escouen, bourgeois de Paris.

2. Arch. Nat., LL. 784 (folio de garde); A. Tuetey et U. Robert, ùp. cit., passim.

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