‹ François Villon (volume 2)Chapitre 136 sur 402 · Arch. Nat., Z= 3405. Voir les pièces justificatives · texte numérisé non relu

Arch. Nat., Z= 3405. Voir les pièces justificatives

Ainsi, de la forme habituelle du testament, Villon a su tirer un élément comique. Il fait mieux encore : il brise cette armature raîde ; il ajoute à ces legs fictifs ou réels des dons tout poétiques, formés des lais et surtout des ballades intercalaires, soit qu'il les retrouve dans sa mémoire, soit qu'il les forge pour la circonstance présente, mais qui, dans tous les cas, se trouvent admirablement à leur place et amenés par des transitions toujours habiles'. Ces ballades, enchâssées dans le Testament, sont les purs joyaux que relient les huitains, comme des chaînes d'or : ce sont ell'es, vraisemblablement, que les bons vieillards du temps de Marot savaient par cœur% et qui continueront longtemps encore à résonner dans notre mémoire : la plaintive ballade des Dames du temps jadis, la mystérieuse ballade des Seigneurs, et celle en vieux langage français, avec son refrain désolé : Autant en emporte ly vens !

Car Villon sait rappeler avec le plus grand art les « regrets » de l'ancienne belle Heaulmicre, la leçon que baille à ses jeunes compagnes ce la belle et bonne de jadis » : et comme à propos est amenée la double ballade aux fols amants ! Quel don précieux, et si justifié lui aussi, que la ballade pour prier Notre- Dame envoyée par Villon à sa mère, encore que la pauvre femme n'ait jamais su lire M

Au sujet de Marthe, François saura retrouver une ballade affectée de sa jeunesse ; à propos d'Ythier Marchand, un lai charmant et précieux, où il surpasse en finesse les plus rafiinés. Et c'est encore une merveilleuse ballade que cette oraison, fort bien amenée, pour demander le repos de l'âme du bon buveur, Jean Cotard. Si la mauvaise et vieille ballade en l'honneur d'Ambroise de Loré est seulement insérée pour se rappeler au sou-

1. M. Jean-Marc Bernard dans un article sur Villon et ses commentateurs (la Revue critique des idées et des livres, 1912, p. 423) a rectifié sur ce point ce qu'a dit G. Paris.

2. M. W. G. G. Byvanck a fait justice de l'idée d'une transmission orale du Testavient. Par contre certains morceaux lyriques se rencontrent dans cette situation. Voyez par exemple les variantes de la ballade de la Grosse Margot ajoutée à un ms. des poésies de Charles d'Orléans (ms. fr. 1104).

Page 1