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La patience (Bibi. nat
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pauvres
A luy n'ayons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie ; ^
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
Mais qui aurait le cœur de se moquer ici ? C'est pourquoi Villon se confessa si librement à nous. Un homme de nos jours y eût mis, sans doute, de la forfanterie, de l'orgueil ; il serait intolérable. Le sentiment religieux seulement a fait les hommes égaux ; par lui le mauvais pouvait toujours ressusciter au bien : il n'était pas l'éternel failli.
Et Villon appartenait encore au peuple par la bonne langue qu'il parla : une langue toute pleine de proverbes où l'expérience des simples s'était cristallisée. Qjaand on l'a constaté, on peut laisser les pédants et les doctes maîtres en rhétorique le regretter.
Les simples parlent par proverbes, parce qu'un proverbe
contient toute leur expérience, et souvent aussi toute la sagesse
des sages. François aima beaucoup les proverbes, comme il
appréciait ces dictons sentencieux qui formaient le ton de la
conversation des rues, des marchands, des bourgeoises ' ; car il
ne méprisait pas tout ce qu'il entendait ce communément » \ Il
ne dédaignera pas de répéter ce que chacun « dit à la volée » '.
Pour signifier qu'il change de sujet, Villon dira : ce Laissons le
moustier où il est^ ». Vivre vieux, c'est ce vivre autant que
Mathusalem ' ». Pour justifier sa mauvaise vie, il alléguera un
proverbe ^ :
Nécessité fait gens mesprendre Et faim saillir le loup du bois. .
François le sait du pauvre vieillard :
Tousjours veil cinge est desplaisant 7.
1. Wilmotte, La tradition littéraire, p. 174 ; Le Roux de Lincy, Le livre lies Proverbes français, 1842, p. Lxxvi-Lxxviii etpassini.
6. T. V. 167-168. Cf. le Jouvence), I, p. 27 : « car on dit communément que in faim chasse le loup hors du bois. »
Il n'ignore pas qu'à Reims, à Troyes, on répète dans les rues marchandes que :
Six ouvriers font plus que trois '.
Il connaît bien le refrain de la chanson :
Pour ung plaisir, mille doulours ^ .
Et Villon nous dit aussi que les vers ne trouveront pas « grant gresse » dans son corps ' ; que jamais le bien mal acquis ne profite^; enfin, de ces proverbes, suivant une mode chère à son temps, il composera toute une ballade (vers 1460) ^ :
Tant grate chievre que mal gist'', Tant va le pot a l'eau qu'il brise, Tant chauffe on le fer qu'il rougi st, Tant le maille on qu'il se debrise 7, Tant vault l'homme comme on le prise.
Tant s'eslongne il qu'il n'en souvient, Tant mauvais est qu'on le desprise.
Tant crie l'on Noël qu'il vient s.
Tant parle on qu'on se contredist.
Tant vault bon bruvt que grâce acquise, Tant promet on qu'on s'en desdist, Tant prie on que chose est acquise, Tant plus est chiere et plus est quise, Tant la quiert on qu'on y parvient 9, Tant plus commune et moins requise, Tant crie l'on Noël qu'il vient.
Tant ayme on chien qu'on le nourrist, Tant court chanson qu'elle est apprise, Tant garde on fruit qu'il se pourrist, Tant bat on place qu'elle est prise '",
I, T., V. 616. — 2. Cf. Bibl. Nat., nis. fr. 2375, fol. 130 \'°. 3. T., V. 843. — 4. T., V. 1691. — 5. Poésies div., II.
6. La chèvre gratte tant la terre qu'elle finit par être très mal couchée. Cf. Ce proverbe est donné comme un dit de vilain dans le Commentaire de l'Art d'aimer (Hisl. un. France, XXIX, 474).