‹ François Villon (volume 2)Chapitre 15 sur 402 · A. Longnon, Etude biographique, p · texte numérisé non relu

A. Longnon, Etude biographique, p

Î4 FRANÇOIS VILLON, SA VI lî liT SON TEMPS

L'abbaye demeurait alors désertée et bien pauvre, puisque Huguette y trouva seulement une novice. La conduite de l'abbesse n'avait pas été bonne. On la prétendait déjà entachée de la souillure du péché de chair; mais elle le commettait si secrètement que nul n'aurait pu s'en apercevoir. Devenue abbesse de Port-Royal, Huguette établit comme procureur de l'abbaye M'^ Bandes le Maistre, à qui elle confia les sceaux du couvent. Quand il demeurait à Port-Royal, M'^ Bandes couchait en toute familiarité dans la chambre de l'abbesse, A son épouse spirituelle, l'abbaye, Huguette avait donc joint une façon de mari. Un jour Huguette et Bandes se baignèrent ensemble ; et l'abbesse commanda à une jeune religieuse, nommée Alison, de prendre aussi un bain avec un jeune maître es arts, cousin de Bandes. Or Alison était prude; elle répondit que ce serait mal, qu'elle n'en ferait rien. Huguette la fit alors jeter dans le bain, toute chaussée et vêtue ; force lui fut bien de se dépouiller. Et depuis Huguette aurait vendu à son père naturel, l'abbé de Saint-Riquier, la prudente Alison. L'abbesse enfin se rendait aux fêtes et aux noces, se déguisait avec les galants, surtout la nuit, au point que les gens d'armes en firent le sujet d'une ballade. Et malgré les observations de l'abbé de Chaalis, de l'ordre de Cîteaux, elle n'éloignait son cher M^ Bandes que pour le reprendre quinze jours après. Elle allait le relancer et il lui prêtait son lit. Contrainte de chasser une bonne fois ce vilain personnage, elle engagea l'argent de l'église afin de lui reconnaître 418 livres ; et tous deux emportèrent les titres et les lettres de l'abbaye '.

I. L'histoire de l'abbesse de Port-Roj'al peut nous sembler un peu extraordinaire. Elle n'est guère différente, cependant, l'aventure de l'abbesse de Saint-Cyr, dame Isabeau. Elle aussi, l'an 1465, par peur des guerres, s'était retirée dans Paris avec ses nonnains, rue Saint-Jacques. Le prieur de Saint-Denis-de-la-Châtre l'avait invitée à venir demeurer à son prieuré de Saint-Denis avec ses deux nonnains : mais là le prieur suborna la nonnain Antoinette ; son clerc se chargea de l'autre. Ici encore on voit le prieur chercher à induire l'abbesse à résigner son bénéfice de Saint-Cyr à l'abbesse de Vaulxfond, une jeune fille. Ce que ne pouvant obtenir de l'évêque de Chartres, le prieur s'en empara par force, enlevant, à l'aide de « deux escumeurs de mer » de Normandie et de charbonniers, un nommé Frère Regnault. Au dire de l'avocat

Tels sont les faits extraordinaires que nous révèle une procédure de 1469 et 1470, alors que Huguette du Hamel avait une soixantaine d'années'.

C'était là un bien singulier milieu clérical; Villon dut y trouver quelque adoucissement à son exil. Ce qui paraît certain du moins, c'est que ses amis de Paris, ses parents ne l'avaient pas abandonné. Ils durent agir en sa faveur auprès de la chancellerie.

Au mois de janvier 1456 (n. st.) une lettre de rémission lui était accordée personnellement, comme cela avait lieu pour les fugitifs. Mais, ce n'est pas à l'honneur des usages de la chancellerie, pour le meurtre de Philippe Sermoise, elle lui faisait tenir, presque dans les mêmes termes, deux lettres de pardon : l'une au nom de François des Loges, dit de Villon, l'autre à celui de François de Monterbier (lisez Montcorbier) \ Ses amis avaient dû arranger quelque peu le récit du meurtre de Sermoise ; peut-être l'avait-il fait lui-même ' ? Car le pardon du blessé à mort demeure toujours très singulier. On y alléguait aussi que notre maître es arts de vingt-six ans s'était ce bien et honorablement gouverné sans jamais avoir esté attaint, reprins, ne convaincu d'aucun autre villain cas, blasme

Du Drac, il faut avouer que la conduite d'Isabeau était mauvaise ; et ce Frère Regnault, un ancien Cordelier, vivait avec elle comme son mari, depuis vingt-quatre ans. (Arch. Nat., X'a 8310, fol. I, février 1467 n. st.). — Sur la vie que l'on mène au couvent de Farmoutiers^au diocèse de Meaux, voir Arch. Nat, X"» 4836, fol. 225. L'abbesse va à la chasse et vit avec un certain Milet. Plusieurs évêques tentent en vain la réforme du couvent.

1. A. Longnon, Elude biographique, p. 38-40, 175-188 (d'après Arch. Nat., X'» 831 1, fol. i90et suiv.).

2. Arch. Nat., JJ. 187, fol. 76 vo; JJ. 183, fol. 49 r", ap. A. Longnon, op. cit., p. 133-156, 137-139-

3. « Nota que la difFerance de impetrer remission entre celui qui est prisonnier et celui qui est fugitif est telle : c'est assavoir, pour celui qui est prisonnier, est faicte la remission ou nom des parens et amis charnelz ; et celui qui est fugitif, on la fait vouleniiers en son nom et à sa requeste. Et quand il est prisonnier, il ne fault point mètre que le roy lui quitte les bans, deffaulx et nppeaulx, sinon toutesvoies qu'il eust esté fuitif et absent, et qu'il n'eust pas esté tost pris après le cas advenu : car contre ceulx qui sont prisonniers on ne procède point à appeaulx ou detfaulx, mais par execucion de corps .))(Bibl. Nat., fr. 5909, fol. 89 v», Formulaire de chancellerie).

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OU reprouche, comme à homme de bonne vie ». Sur quoi on le rendait à ses « bone famé et renommée et à ses biens non confisquez ».

Voilà l'unique certificat de bonne conduite qu'obtint jamais François Villon.

Doublement protégé par ces lettres enregistrées à la chancellerie, François ne tarda pas à rentrer dans Paris : il y retrouva sa petite chambre de Saint-Benoît, et ses protecteurs.

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