Les vers de M" Henri Uaitde, éd. J. Quicherat, p
réformateur. Il manquait seulement d'argent ; ayant désiré beaucoup d'en avoir il a maudit ceux qui lui en avaient refusé. Cependant, sans exagérer la conséquence de cette constatation, il faut reconnaîre que bien des lecteurs de Villon ont pu trouver satisfaction à leurs rancunes particulières dans ces attaques que le poète avait dirigées contre certains spéculateurs et les officiers de finance ; et il n'est pas impossible que, jusqu'au milieu du xvi^ siècle, la tradition de cette interprétation du Testament se soit conservée à Paris. Tous ces riches, tous ces avares, tous ces usuriers, on les maudissait traditionnellement. Le vieux Deschamps l'avait dit ' :
Ja riches homs n'yra en Paradis.
Il faut voir, dans les livrets populaires imprimés pendant les dernières années du xv^ siècle et au début du xvi*^, avec quelle vigueur ils furent attaqués ! On goûtait, plus que jamais, l'apologue du mauvais riche dont l'histoire se voyait dans tous les livres d'Heures". On y représentait, avec un grand luxe de raffinement, la punition des avares ' ; le vilain geste de ceux qui refusent de l'argent aux pauvres'*. Les religieux fulminaient contre les usuriers. Nul doute que, lorsqu'il errait aux Innocents ou dans un des nombreux cimetières où se voyait quelque copie de la Danse des morts, le pauvre homme ne se sentît bien vengé : car la mort y tirait par le bras l'usurier, portant son argent dans sa ceinture, et qui lui tournait le dos pour trafiquer jusqu'à sa minute dernière. L'usurier répondait à la mort :
Me convient il si tostmorir?
Ce m'est grant peine et grevancc ;
Et ne mè pourroit secourir
Mon or, mon argent, ma chevance.