‹ François Villon (volume 2)Chapitre 173 sur 402 · Refuser d'entendre ma requête. Le mot est de stvlc · texte numérisé non relu

Refuser d'entendre ma requête. Le mot est de stvlc

Sans eulx, argent je n'av, icy n'aux changes. Court tnumphant,y7a/, sans me desdire, Mère des bons et seur des benois anges !

Si cette requête fut accordée (il est tout à fait vraisemblable qu'elle l'a été), M^ François dut quitter Paris le 8 janvier 1463, muni du peu d'argent que put lui procurer, par exemple, Guillaume de Villon.

Il disparut dans le mystère. Car on n'a jamais su comment il vécut pendant cet exil qui n'avait rien de volontaire et lui interdisait de séjourner dans la région s'étendant depuis Poissy jusqu'aux environs de la Ferté-Alais ' ; comment aussi il se fait que nous possédions les dernières compositions du poète, appelées improprement le « codicile ».

Quoi qu'il en soit, Villon n'aurait pu rentrer à Paris qu'en 1473 ; et, jusqu'à cette date, il demeura dans la condition juridique d'un banni, qui était assez précaire. Partout il devait être tenu par les loyaux sujets du roi, prélats, gens d'église ou autres, comme un rebelle ; s'il pénétrait dans le territoire qui lui était interdit, il pouvait être immédiatement mis à mort. Bien plus, un clerc banni n'aurait su être réclamé par l'évêque. Il demeurait toujours justiciable du roi, dans une sorte de prison tacite ^

Que devint François Villon pendant cet exil de dix années? Il faut bien avouer que nous n'en savons absolument rien, pas plus que nous ne savons la direction qu'il choisit. Sans doute il suivit la route du sud, celle qu'il avait prise plusieurs fois.

Les seuls térnoignages que nous possédions au sujet de l'exil du poète nous sont fournis par François Rabelais, qui les rapporte sous la forme de deux anecdotes. L'une, d'une invraisemblance qui ne supporte guère l'examen, atteste seulement qu'on mettait alors dans la bouche de François Villon

1. A. Longnon, Les limites de V Ile-de-France dans les Mém. de la Soc. de V Histoire de Paris, I.

2. Bibl. \at., lat. 12811, fol. 29 (Réunion d'arrêts relatifs surtout aux conflits des justices ecclésiastique et royale, de la fin du xive et du premier tiers du xve siècle).

toutes les calembredaines traditionnelles qui se donnaient pour des traits d'esprit; l'autre mérite de retenir notre attention.

La première historiette se lit au 1. IV, ch. 67 de Pantagruel: elle illustre l'effet bien connu de la peur ' :

« Exemple autre ou roy d'Angleterre, Edouart le quint. Maistre Françoys Villon, haniiy de France, s'estoit vers luy retiré : il l'avoit en si grande privaiiîté repccu que rien ne luy celoyt des menues négoces de sa maison. Un jour le roy susdict, estant a ses affaires, monstra a Villon les armes de France en paincture, et luy dist : « Voyds tu quelle révérence je porte a tes roys Françoys ? Ailleurs n'ay je leurs armoiryes que en ce retraict icy, près ma scelle persée ». — « Sacre Dieu (respondist Villon) tant vous estez saige, prudent, entendu, et curieux de vostre santé ? Et tant bien estes servy de vostre docte medicin Thomas Linacer. Il, voyant que naturellement sus vos vieulx jours estiez constippé du ventre, et que journellement vous failloit au cul fourrer un apothecaire, je diz un clystere, aultrement ne povyez vous esmeutir, vous a faict icy aptement, non ailleurs, paindre les armes de France, par singulière et vertueuse providence. Car, seulement les voyant, vous avez telle vezarde, et paour si horrificque, que soubdain vous fiantez comme dix huyct bonases de Pa^onie. Si painctes estoient en aultre lieu de vostre maison, en vostre chambre, en vostre salle, en vostre chapelle, en vos gualleries, ou ailleurs, sacre Dieu, vous chiriez partout sus l'instant que vous les auriez veues. Etcroy que, si d'abondant vous aviez icy en paincture la grande Oriflamme de France, a la veue d'icelle vous rendriez les boyaulx du ventre par le fondement. Mais lien, hen, at que ileruni hen,

Ne suys je Badault de Paris ?

De Paris, diz je, auprès Pontoise :

Et d'une chorde d'une toise

Sçaura mon coul, que mon cul poise.

Badault, diz je, mal advisé, mal entendu, mal entendent, quand, vencnt icy avecques vous, m'esbahissoys de ce qu'en vostre chambre vous estez faict vos chausses destacher. Véritablement je pensoys qu'en ycelle, darriere la tapissserie, ou en la venelle du lict, feust vostre scelle persée. Aultrement, me sembloit le cas grandement incongru, soy ainsi destacher en chambre, pour si loing aller au retraict lignagier. N'est ce ung vray pcnsement de Badault ? Le cas est faict pour bien d'autre mystère, de par Dieu. Ainsi faisant, vous faictez bien. Je diz si bien, que mieulx ne sçauriez. Faictcz vous a bonne heure, bien loin, bien a poinct destacher. Car, a vous entrant icy, n'estant destaché, voyant cestes armoyries, notez bien tout, sacre Dieu, le fond de vos chausses feroit oflice de lasanon, pital, bassin fecal, et de scelle persée ».

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