‹ François Villon (volume 2)Chapitre 190 sur 402 · I. Montaiglon, Ane. poésies françaises, \, p · texte numérisé non relu

I. Montaiglon, Ane. poésies françaises, \, p

28o FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

humaniste et italianisante de la première partie du xvi"^ siècle. « Tout pareillement, quant jargonneurs tiennent leurs propos de leur malicieux jargon et meschant langage, me semblent qu'ilz ne se montrent seulement estre dédiez au gibet, mais qu'il seroit bon qu'ilz ne fussent oncques nez. Jaçoit que Maistre François Villon, en son temps, y aye esté grandement ingénieux, si toutefois eust il myeulx fait d'avoir entendu à faire plus bonne chose. Mais au fort Fol qui ne foJhe perd sa raison... ». Ainsi s'exprime M*^ Geoffroy Tory, libraire de Bourges, dans la préface de son Champfleury [1529], où il critique ces corrupteurs de la langue : les écumeurs de latin, les plaisanteurs et les jargonneurs. Même dédain de la part de Clément Marot : « Touchant le jargon, je le laisse à corriger et- à exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq » [1533]. Le distique de Marot, qui sert d'épigraphe à son édition, est fort clair alors :

Peu de Villons en bon savoir, Trop de Villons en décevoir!

Marot connaissait admirablement Villon, et sans doute depuis l'enfance : car Jean Marot, son père, l'avait déjà imité, par exemple dans la ballade qu'il avait adressée au trésorier Ro-

bertet' :

Nécessité, qu'on dit mère des arts.

M'a tant lardé de ses flesches et dards, • Mon cher seigneur, que contrainct suis vous dire

Que d'or, d'argent, je n'ay once ne marcs ; Plus maigre suis que n'est karesme en mars... Du mal que j'ay argent est medicine.

Et, comme dit Villon en ses brocars, De ma santé je vendrois aux lombards, Voire mes ans, se argent vouloient produire...

Clément aima François de toute la clairvoyance du talent, de Tintelligence et de l'amour. Il avait beaucoup appris à le lire en corrigeant le texte du meilleur poète parisien qui fut ; il

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