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les autres xl s. et les autres xxxij s. seulement ; et si fait paier aux vendeurs le brevet et le vin au marché ; et le seurplus paie partie en drap, qu'il vend la moitié plus qu'il ne vault, et le surplus en argent... ». Alors l'usurier laissait la vache en louage au vendeur, avec faculté de la lui racheter en payant le principal, le louage et le drap par dessus le marché !
Par ce moyen Casin du Ploich, drapier, pouvait avoir en même temps de trente à quarante vaches : c'était donc là une usure couverte.
Quand Villon dit de Louviers et de Merbcuf, tous de famille de drapiers, ou drapiers eux-mêmes, qu'ils ne sont ni « vachers ni bouviers », on peut se demander s'ils ne pratiquaient pas cette façon d'usure ?
XVI. — PIERRE DE ROUSSEVILLE, Concierge de Gouvieux, ET LE PRINCE DES SOTS
La seconde partie du huitain 34 des Lais est difficile à entendre :
Quant au concierge de Gouvieulx, Pierre de Rousseville, ordonne, Pour le donner entendre mieulx, Escus telz que le Prince donne.
Quel est ce « Gouvieulx » ? Qui est Pierre de Rousscvillc ? Quels sont ces écus que le prince délivre ?
Gouvieux ' est un village du Valois, proche de Chantilly, sur le chemin de Paris allant en Picardie, assis sur le bord d'un étang qu'une chaussée traversait. Le droit de « travers » avait été acquis par Charles V, ainsi que l'étang. Et dès lors il y avait eu un concierge à Gouvieux. Mais le Valois demeura ravagé et ruiné, après 141 5 et pendant la guerre anglaise. En 1441 toutefois se présenta un locataire de la chaussée et de l'étang pour douze ans : Jean Houel, écuyer. Ce fut au cours de ce bail que l'on voit Pierre de Rousseville commis comme concierge. Or, pendant ce temps, Pierre Houel fut enlevé dans le Perche par les ennemis. Gouvieux n'était plus qu'une ruine, en 1450 ; et l'on voit les religieux de Chaalis déclarer que « le conduit de la chaussée de Gouvieux leur avait donné de beaux revenus, tant que le commerce avait été libre et prospère; mais que, depuis le sacre du roi, il ne rapportait plus rien, parce que les marchands n'osaient plus s'aventurer sur les routes ». Le bail de Houel expira en 1453 : une commission des maîtres des Eaux et Forêts visita le vivier et ses dépendances en présence de Pierre de Rousseville, concierge et garde de l'étang. Le domaine était alors « en
I. Ce point a été parfaitement établi par M. A. Rey : Pierre de Roussei'ille et le concierge de Gouvieulx dans le Moyen Age, mai-juin 1906.
bien grant ruyne et décadence », l'étang rempli de joncs, de terre et d'ordures : il fallait faire des réparations urgentes « esdits hostel royal et conciergerie ou autrement décherront et viendront en totale ruyne et démolicion »'; il convenait surtout de rétablir les couvertures des bâtiments.
Qiie pouvait valoir la « conciergerie » de cette masure au temps où Villon écrivait ses Lais} Quel pauvre homme que ce concierge d'une maison sans toit ! Ainsi Gouvieux devint motif d'une plaisanterie de M<= François, au même titre que Nigeon, Bicêtre, la tour ruinée Billy.
Pierre de Rousseville était-il le notaire parisien du Châtelet en 1452 ^P Quoi qu'il en soit, il avait des attaches à Paris. Le 18 juillet 1455 un Pierre de Rousseville était en procès au Parlement, où il appelait d'une sentence du prévôt de Paris contre Germain Levesque et Jacqueline sa femme 5 : il fut condamné le 21 février 1461 (n. st.) 4.
A ce pauvre concierge, dont l'office devait être considérée à Paris comme misérable proverbialement, Villon fait donc ce legs désastreux : il lui laisse des écus, comme le Prince en donne ! Mais ce prince-là n'est pas le roi Charles VII : c'est un autre prince, qui figure au h. <)G du Testament : le Prince des Sots.
C'était, en 145 1, Guillaume Gueroust, chargé d'organiser les représentations théâtrales. Ainsi, à la nouvelle de la prise de Bordeaux, le roi Charles VII avait demandé des processions à ses bonnes villes, des actions de grâce. Le prévôt des marchands, les échevins, les bourgeois, les sergents de la ville assistèrent à la procession de Sainte-Geneviève, le 6 juillet : on alluma des feux de bois devant l'Hôtel de Ville. Quant à Guillaume Gueroust, Prince des Sots, il reçut sur le compte de M^ Jean Luillier, receveur des Aides de la ville, la somme de 22 s. p. « pour supporter les frais, pour faire l'histoire des neuf preux et du roi notre sire sur un échafaux, à Petit-Pont, durant que la procession generalle passoit pour aller à Sainte-Geneviève >. » Ce prince des Sots, à Paris, était donc un personnage officiel chargé d'organiser les réjouissances publiques. C'était, au demeurant, un clerc de la municipalité : le 20 mai 1437, il recevait par exemple 6 s. p. pour « avoir grossoyé en papier et mis au net les visitations des chaussées pour bailler à M= Guillaume, commissaire <>. »
Mais ce n'était pas son seul office ; en fait, le prince exerçait une royauté burlesque. Ainsi on voit que les compagnons de Coulommiers élisaient un personnage propre à tenir cet office de Prince des Sots et lui déléguaient le
1. D'après Afforty, XXI, 448, ap. Rey, p. 128. — L'étang, qui est dit plein de carpes et de brochets, appartenait à l'abhaye de Saint-Denis en 1469 (Arch. Nat., X'" 8311, fol. 94 v" ; Bibl. Nat., fr. 5265, 19 août 1484, Reg. du Conseil : l'étang appartiendra désormais à l'abbé, comme avant sa réunion au domaine).
2. A. Longnon, Etude biographique, p. 106; Sauvai, III, p. 351.
3. Arch. Nat.. X'' 8305, fol. 341 v°. — Le 26 juin 1459, l'^ff^^r^ était reçue à juger (Arch. Nat., XI' 8306, fol. 143 v°).