Voir t. I, p. 189 et s., et la notice à l'appendice
6. Je suis, ce dis je, de no ville — Tout nourri de pois et de lart...
(Mystère de la Passion, v. 4820).
Oui a des pois en sa maison — Du pain festis et du bacon — 11 est bien fol si se gucrmente — De mieulx a'^ oir si n'a grant rente.
(Bibl. de l'Arsenal. 3059, fol. de garde). Cf. Recueil ffcnéral de fabliaux, éd. A. de Montaiglon, I. p. 15 :
Li bossus n'ert avez ne chiches, — Ainz assist bien ses compaignons : — Pois au lart orent et chapons... — One lard es pois n'eschut si bien. (Pathelin).
don de ses vieilles bottes, qui n'ont plus d'empeignes, de ses « houseaulx sans avant-pieds », tels que ceux que Ion criait alors dans Paris : houseaulx vieux!'
Il fliut être pitoyable dans la vie. La pensée du railleur se tourne donc vers « trois petis enfans tous nus '' » :
Povres orphelins impourveus, Tous deschaussiez, tous despourveus, Et desnuez comme le ver ; J'ordonne qu'ilz soient pourveus, Au moins pour passer cest yver :
Premièrement, Colin Laurens, Girart Gossouyn et Jehan Marceau, Despourveus de biens, de parens.
Qui n'ont vaillant Tance d'ung seau, Chascun de mes biens ung fesseau.
Ou quatre blans3, s'ilz l'ayment mieulx. Hz mengeront maint bon morceau, Les enfans, quant je seray vieulx !
Mais ces trois petits enfançons pitoyable^ sont trois riches et vieux usuriers, entre les plus riches de France ^ !
Ils demeurent associés dans son esprit, ces richards, à deux autres :
Povres clercs de ceste cité,
1. « Houseaulx vieux ! », en général les habits des défunts, comme les vieux habits d'aujourd'hui. Mais à considérer ces tristes personnages, il y a là une équivoque ou une plaisanterie que nous n'entendons pas.
3. La plaisanterie consiste à léguer ici une somme très petite à trois richards. Le petit blanc valait 5 d. t. en 1452 (Ordonnances, 26 août). On se faisait faire la barbe pour deux blancs (^Procès de Guillaume Mariette dans Mathieu d'Escouchy, IH, p. 268),
4. Voir à l'appendice. — M. A. Campaux a écrit : « Ces pauvres orphelins impourveuz faisaient partie, j'imagine, de cette jeunesse un peu friande que l'auteur des Repues franches appelle les Suhjects François Villon. Ils composaient son école avec Guillaume Cotin et maistre Thibault de Vitry... » (François Villon, sa vie et ses œuvres, p. 93). Je ne donne ceci que pour montrer combien la plaisanterie de Villon prête à l'interprétation littérale et doit être entendue à contre-sens cependant. L'erreur de Théophile Gautier, un grand artiste, est plus forte encore : « Certainement Villon n'était pas né pour être un coupe-bourse ; il avait une belle âme, accessible à tous les bons sentiments... Il soutenait trois jeunes orphelins... Il leur recommande de travailler... » (France littéraire, 1834, p. 49-50).
envers qui Charité et Nature incitent le poète à se montrer pitoyable : car eux aussi sont tout nus. Or ceux-là encore, Guillaume Cotin et Thibaud de Vitry, sont deux vieux et riches chanoines de Notre-Dame que nous connaissons bien'. Et l'on a déjà expliqué comment, pour assurer leur existence, Villon leur laissa d'abord ce titre vide qu'est « sa nomination de l'Université ^ ». Ce ne sont pas de paisibles entants, ces procéduriers; ils ne sont pas humbles; et si Villon assure qu'ils chantent bien au lutrin, c'est parce qu'ils devaient avoir la voix cassée quand ils venaient en station à l'église Saint-Benoît où, d'ailleurs, on ne chantait pas les offices. Comme ils possèdent beaucoup de biens, dans Paris et aux environs, François leur lègue le cens sur une maison ruineuse, celle de l'insolvable boucher, Guillaume Gueuldry. Puisque tout chanoine peut être candidat à l'épiscopat, il joint à ce don la Crosse\ une enseigne de la rue Saint-Antoine. Quant au billard qu'il y ajoute, c'est un bâton recourbé avec lequel on poussait les boules à terre : cadeau équivoque, et qui ne convient guère à des personnages vieux et de religion. Ils pourront prendre aussi tous les jours un pot plein d'eau de Seine.
Sa pensée est décidément inclinée vers la charité. Comme dans les testaments véritables, François Villon se tourne vers les pauvres ^. Les prisonniers qui, tels des pigeons, sont enfermés dans une cage obscure, recevront son beau miroir, la faveur de la geôlière qui leur sera bien utile, soit qu'elle se montre pitoyable envers eux, soit qu'elle agisse en mégère \ Et, comme on le faisait aussi dans la réalité, François lègue aux