BibL Nat., Pièces orig
Marbur}', i8o livres tournois de rente dans les mêmes conditions. En d'autres termes, moyennant le prêt d'une somme dont le chiffre reste inconnu, Richard de Marbury, sa femme et son fils étaient tenus de payer à Jean Marceau, leur vie durant et sa vie durant, 230 livres tournois de rente. Ces paiements s'effectuaient généralement au moyen d'une procuration, grâce à laquelle le préteur touchait tout ou partie des pensions officielles ou rentes privées dues à son débiteur. Le rachat, dans un tel contrat, n'était point facultatif : pour obtenir le droit de rembourser le prêt, il fallait un jugement rendu par le prévôt de Paris, jugement qu'on n'obtenait pas toujours. Cependant Richard de Marbury obtint, le 5 juin 145 1, de recouvrer ses rentes. Mais ce fut grâce à un subterfuge : d'où il résulte que les conditions du rachat, posées par Jean Marceau, avaient dû être léonines. En effet, c'est Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie, qui racheta les rentes de messire Richard de Marbury, moyennant i .200 écus d'or ; et par acte privé, passé avec Richard de Marbury, Pierre de Brézé déclare qu'il a opéré ce rachat « pour eux et à leur proufit et ne leur ai que prêté mon nom, tant seulement ». Ainsi, pour échapper aux griffes du terrible usurier, il avait fallu recourir non seulement à un moyen détourné, mais encore au grand nom et à l'imposante situation du grand sénéchal de Normandie ; et cela ne suffisait pas toujours à Jean Marceau, ainsi que nous le verrons dans l'affaire qu'il eut avec le prévôt de Paris.
Le 28 mai 1460, il était en procès contre R. d'Estouteville qui lui devait 100 1. t. de rente, monnaie de Normandie. Au sujet des arrérages, on avait déjà établi plusieurs comptes : celui du 19 novembre 1458 se montait à 197 fr., sur lesquels Marcel avait reçu, par les mains du receveur de la ville 1 1 5 fr. ; mais comme le prévôt craignait que Marcel ne le fasse exécuter pour cette somme, au mois de février 1459, il envoya Jean Sergent, sergent de la douzaine, lui remontrer qu'il lui devait arrérages à cause de sa rente, et qu'il avait ordonné au receveur de la ville de lui bailler 100 écus ; il lui offrait aussi de lui payer le reste : sur quoi Marcel déclarait qu'il n'avait rien reçu des 100 écus. Alors le prévôt, craignant toujours d'être exécuté, adressait une requête à la Chambre des Comptes, mandant que, sur ses gages de la Toussaint et de la Chandeleur passées, il avait donné acquit au receveur de la ville de 100 écus pour les bailler à Marcel. Il comparut devant la Chambre des Comptes, où l'on interrogea le receveur et Marcel qui nia toujours avoir reçu les 100 écus: sur quoi on demanda au prévôt de présenter ses quittances '. Mais Marcel le fit exécuter, tandis que le prévôt prétendait toujours l'avoir fait payer par le receveur de la ville ^.
Il savait recouvrer son argent aux moindres frais. Ainsi Marcel avait fait emprisonner au Châtelet Jean Le Maréchal, pauvre compagnon pâtissier, pour la somme de 3 écus ; trois ou quatre jours avant le terme de son
1. Arch. Nat., Z<f 25, fol. 53 (28 mai 1460). Cf. X* 2, i" octobre 1460.