Arch. Nat., Z<f 23, fol. 196 (10 décembre
élargissement, Le Maréchal alla vers Marcel, lui promettant de payer ses 3 écus, à raison d'un demi écu par semaine ; sur quoi Marcel consentit à sa délivrance : mais Basanier, le clerc du greffe, n'obtint du pauvre compagnon que deux paires de patins pour ses frais.
Ce Marcel était en somme universellement détesté. En 1461, il était prisonnier à la Conciergerie du Palais et on lui faisait son procès'. Voici comment Charles de Melun en écrivait au roi Louis XI : « Touchant Jehan Marcel, nous le tenons encore au Petit Chastelet, et n'est jour que les commissaires n'y besognent ; et touchant ses biens meubles, sans les heritaiges et maisons, j'ay entendu que l'inventaire se monte à dix ou douze mille livres parisis: et, se Dieu veut qu'il soit condamné. Sire, on en trouvera beaucoup plus ; mais plust à Dieu que le Pape eust translaté l'Evesque de Paris en l'Evesché de Jérusalem ! A mon souverain Seigneur. Le bailly de Sens 2. »
Sitôt dans cette mauvaise passe, en effet, Jean Marcel s'était déclaré clerc solu, et avait réclamé le tribunal de l'évêque de Paris.
Cette grave affaire n'était pas sans relation avec celle de la rente du prévôt, qui fut de très mauvaise foi et semble bien s'être vengé ici de Marcel qui l'avait fait saisir pour ses 150 1, de rente. Car l'avocat de Marcel, Popaincourt, laisse entendre que de « lui procède le mal qu'il a de présent », que le prévôt avait juré de le détruire, et qu'il lui en coûterait bien 40.000 écus. Quant à son receveur, bureau, il déclara qu'avant un an il mangerait dans l'hôtel de Marcel !
Le prévôt n'était d'ailleurs pas son seul ennemi. La famille des Marburv, pauvres et intrigants, s'acharna contre lui. Jean de Marbury l'accusa d'avoir vendu sur le Pont un collier d'or où était entré du plomb. Mais on peut croire aussi que bien des gens eurent à se venger de cet usurier.
Voici comment il fut arrêté. Marcel avait acheté d'un orfèvre, le Fourbeur, une pierre dite « jacinthe ». Il la montra à certains qui lui dirent que c'était un simple grenat. L'orfèvre lui apporta d'autres pierres. Marcel les retint, sous prétexte qu'il avait été trompé une première fois, et demanda qu'il lui rendit son argent contre ses pierres. Mal lui en prit : Marcel fut mandé devant Belle faye, le lieutenant criminel au Châtelet, où il avait tant d'ennemis. Le lieutenant le fit prisonnier, bien qu'il se déclarât clerc non marié. On le conduisit en prison, où nul ne put lui parler ; dans la suite, seulement, on le rendit à l'évêque. Marcel alléguait que les « ajjineinents de monnaie nétaieni de grave malorum » ; il en avait usé en tiout cas à Rouen, au coin et aux armes du roi d'Angleterre. Mais Marcel se défendait d'avoir transporté du billon ; d'ailleurs il jouissait sur ce cas d'une lettre de rémission ; s'il avait affaibli l'aloi de la monnaie, ce fut sur l'ordre du duc d'Orléans. Il prétendait ne pas avoir fait de contrats usuraires. Il expliquait en outre que « grenaille n'est or, ne argent, ne billon, ne chose préparée à mettre en monnaie 3 ».