L. h., 34. Voir à l'appendice
LES LAlS 3Î
Finablemeut, en escripvant, Ce soir, seulet, estant en bonne', Dictant ces laiz etdescripvant.
J'ois la cloche de Serbonnc, Qui tousjours a neuf heures sonne Le Salut que l'Ange prédit ; Si suspendis et mis cy bonne ^ Pour prier comme le cuer dit.
Mais quand meurent les derniers battements de la cloche, quand ses ondes sonores se sont perdues au loin, dans le froid et dans la nuit, le poète succombe à un nouvel assoupissement, comme un homme ivre. Dame Mémoire lui apparaît, semblable à l'une de ces roides figures allégoriques des tapisseries de ce temps ; elle range dans son armoire à livres tout le jargon de l'Ecole, les Espèces, le fatras du commentaire aristotélique',
Et autres intellectualles.
Le sens lui revient peu à peu. Mais l'encre a gelé dans son encrier ; le cierge, qui éclairait faiblement la chambrette, vient de s'éteindre sous le vent : trop tard maintenant pour aller chercher du feu chez un voisin et prolonger cette rêverie ! François Villon va s'endormir. Il ne le fera pas, du moins, avant d'avoir signé ses Lais : et de quelle magnifique et brève empreinte^ !
Fait au temps de ladite date Par le bien renommé Villon, Qjiii ne menjue ne figue ne date.
Sec et noir comme escouvillon, Il n'a tente ne pavillon Qu'il n'ait laissié a ses amis.
Et n'a mais qu'ung peu de billon Qui sera tantost afin mis.
Tel est le sens de cette œuvre charmante, courte, légère et espiègle. Tel est ce testament d'un écolier de turbulente jeunesse. François Villon n'y parla guère que des amis de son
I. En bonne humeur. — 2. Forme archaïque et courante de borne.