‹ François Villon (volume 2)Chapitre 30 sur 402 · Byvanck, ci/>. c//., p · texte numérisé non relu

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âge, et il avait vingt-cinq ans! Œuvre pleine du souvenir de ses promenades dans Paris, du jeu des enseignes que jadis les étudiants de la ville mariaient, et dont maintenant François Villon fait de plaisants legs équivoques. Elle a la jeunesse des amours de M^ François et de ses amis. Proche de ses études, elle ûiit une fine satire du jargon scolastique et abonde en calembours d'écolier. Comme François Villon s'y montre plein de reconnaissance pour la communauté de Saint-Benoît dont il soutient la querelle ! Facétie malicieuse plus que méchante : la plus grande amertume de ce petit poème apparaît dans cette violente attaque contre les vieux chanoines ennemis des religieux, ses protecteurs ; car l'on peut croire que les trois vieux usuriers gabeleurs étaient notoirement des personnages fort décriés '.

Et cependant ces trois cent vingt vers nous présentent quelque chose de fort nouveau. Ils ne rappellent en rien, sinon dans une donnée extrêmement générale, les congés larmoyants et courtois qui furent de mode à Arras, où les trouvères avaient transplanté le rameau fleuri de la poésie des troubadours ^ Ces huitains de Villon ont un accent de réalité, une impertinence juvénile, une rapidité qui fait contraste avec la prolixité niaise et courante de son temps: l'allégresse de leurs rimes nous surprend. On y entend vraiment parler le poète gouailleur, avec ses sous-entendus, ses incidences graves et comiques. Vers pleins de promesses, ils annoncent l'œuvre admirable que les épreuves de la vie, la misère et le mal mûriront âprement.

1. Je dois m'excuser d'avoir présenté ici un commentaire continu des poésies de Villon dont les éléments sont dispersés dans le cours de cet ouvrage. Mais il semble qu'il y ait intérêt à suivre le développement des idées, leur association dans les poèmes de Villon. Ces derniers paraissent, malgré l'autorité de G. Paris, avoir été réalisés très vite ; cependant chaque élément, tout de circonstance, se trouve fort à sa place, sauf quelques rares exceptions. On le constatera mieux encore dans le Testament.

2. Voir les congés de Jean Bodel, éd. G. Raynaud, dans Roinania, IX, p. 216-247 5 ceux d'Adam de la Halle (Œuvres complètes, éd. E. de Coussemaker, 1872, p, 273 279).

Mais, il faut le dire aussi, ce petit poème est à la limite du bien. Car il y a lieu de douter de tant de beaux motifs amoureux que Villon mit en avant pour justifier son départ de

Paris ■ :

En ce temps que j'ay dit devant.

Sur le Noël, morte saison, due les loups se vivent de vent Et qu'on se tient en sa maison, Pour le frimas, près du tison.

Me vint ung vouloir de brisier La très amoureuse prison Qui souloit mon cuer debrisier.

Je le feis en telle façon,

\'ovant Celle devant mes yeulx

Consentant a ma desf;içon,

Sans ce que ja luy en fust mieulx ;

Dont je me dueil et plains auxcieulx,

En requérant d'elle venjance

A tous les dieux venerieux.

Et du grief d'amours allejance !

Et se j'ay prins en ma faveur

Ces doulx regars et beaux semblans

De très décevante saveur

Me trespersans jusques aux flans.

Bien ilz ont vers moy les piez blans ^

Et me faillent au grant besoing.

Planter 3 me fault autres complans

Et frapper 4 en ung autre coing.

■}.. « Mon parrain, mon parrain, ne me faillez pas au besoin; ne faites pas comme le cheval au pied blanc », écrivait vers ce temps-là Louis XI, dauphin, au duc d'Alençon (De Beaucourt, Histoire de Charles Fil, YI, p. 50). C'était une locution courante dont Cotgravc rend parfaitement compte (tui. v. blanc : c'est le cheval aux quatre piedz blancs — Such a onc as fails his friend at a pincli). « Les pieds blancs étaient une expression dérivée de ce qu'un cheval avec quatre balzanes blanches ne payait pas de droits de péage » (Lettre deM. Schwob à M. J.-M. Bernard, Revue critique des idées et des livres, 1912, p. 435). — Cette image n'a rien à voir avec celle des pieds poudreux et des pieds gris, termes qui désignent les colporteurs, et plus tard les paysans qui marchent dans les cliamps, comme on ne cesse de le répéter dans les commentaires.

3 M. Byvanck (op. cit., p, 137) a attiré l'attention sur la laide équivoque de ce mot (Parnasse satyrique, p. 146, 1. 7).

4. Frapper forme également équivoque, surtout rapproché ainsi de coing (Byvanck,

Le regart de Celle m'a prins Qui m'a esté félonne et dure :

Sans ce qu'en riens aye mesprins, Vcult et ordonne que j'endure La mort, et que plus je ne dure ; Si n'y voy secours que fouir.

Rompre veult la vive souldure, Sans mes piteux regrets oïr !

Pour obvier a ces dangiers,

Mon mieulx est, ce croy, de partir '.

Adieu ! je m'en vois a Angiers,

Puisqu'el ne me veult impartir

Sa grâce, ne me la départir -.

Par elle meurs, les membres sains ;

Au fort, je suis amant martir

Du nombre des amoureux sains.

Combien que le départ me soit Dur, si faut il que je l'eslongne :

Comme mon povre sens conçoit, Autre que moy est en quelongne 3, Dont oncques soret de Boulongne Ne fut plus altéré d'umeur4.

C'est pour moy piteuse besongne :

Dieu en vueille oïr ma clameur!

Ainsi notre bel amoureux finit par un sarcasme ! Au demeurant, François n'avait pas la conscience tranquille : il était déjà sans doute un voleur.

op. cit., p, 138 II.). Le frère Frappart de Marot a un nom dérivé de ce sens mauvais : ce joyeux compagnon figure déjà dans la Farce des Brus (Le Roux de Lincy, Recueil, II), et dans un document daté de 1473 (Arch. Nat., X'^ 4814, fol. 136 v») : « Dit que lad. appellant, à ung soir, sortit de sa chambre et trouva ung frcre frappart qui confessoit bien tart Alison... ».

1. Suivant B F. Les autres sources donnent /o/i//', adopté par M. Longnon.

2. B ne la me départir. Les autres sources // nie convient partir, adopté par M. Longnon. Cf. T., V. 605 608.

5. Si l'on regarde une imago représentant des fileuses, par exemple le petit bois qui figure sur l'édition originale de 1' « Evangile des quenouilles » (Claudin, Histoire de r Imprimerie, III, p 313), on comprendra ce que veut dire Villon.

4. Car jamais un hareng saur de Boulogne ne fut plus avide d'eau que moi, etc. (Cf. Vie de saint Harcnc, ap. Montaiglon, Ane. pcès. françaises, II, 328).

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