CHAPITRE XI
Navarre était le plus riche et le plus vaste des collèges parisiens'. Il s'étendait en haut de la montagne Sainte-Geneviève, dans le quartier des théologiens, près de l'enceinte de la ville, dans cette façon de polygone que dessinaient les rues de la Montagne-Sainte-Geneviève, Traversine, des Murs et Clopin\ Le portail du collège, orné des statues de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre, ouvrait sur la rue de la Montagne ; les trois grandes salles des artiens, des théologiens, des grammairiens régnaient le long de la rue Clopin ; la belle chapelle s'élevait au milieu de la cour et un cloître y était attenant ; des communs, des maisons louées à des particuliers, limitaient ailleurs le collège.
Les collèges étaient toujours des fondations charitables, analogues aux hospices, que des personnes pieuses et lettrées avaient établies pour loger de pauvres étudiants, originaires d'un même pays. Leur nombre était très restreint, en général, et les donations assez maigres. Le plus ordinairement le fondateur laissait sa maison pour servir de collège, avec les revenus dont il avait joui pendant sa vie. Le directeur du collège se nommait le maître : il était assistéd'un chapelain qui disait la messe, d'habitude trois fois par semaine, d'un procureur. Les écoliers occupaient un certain nombre de chambres ; on louait celles qui demeuraient vides afin d'augmenter les reve-
1. J. Launoi, Régit Navarrœ gymnasii parisiensis historia, Parisiis, 1677, in-40.
2. G. Pinet, La grande salle de Navarre dans la Revue des Eludes Rabelaisiennes, 19 10, p. 175 et suiv.
nus de la maison. Chaque semaine, 1 étudiant recevait une certaine somme destinée à sa nourriture, appelée bourse (de 2 s. p, à 8 s.) : on la prenait au coffre de la communauté, conservé la plupart du temps dans la chapelle, avec le sceau de la maison. Les règlements intérieurs étaient copiés à l'ordinaire sur la fondation de Robert de Sorbon '.
La maison de Navarre tirait son importance du nombre de ses pensionnaires et de l'éclat de son enseignement. Le nom de Navarre lui venait de sa fondatrice, Jeanne, femme de Philippe le Bel, qui, par son testament de 1305, l'avait richement dotée sur la vente de son hôtel de la rue Saint- André-des-Arcs et sur les revenus de son douaire de Champagne. Ce collège devait recevoir 70 pauvres écoliers dont 20 écoliers enfants étudiaient la grammaire, 30 la logique et la philosophie, 20 la théologie. Le collège eut bientôt ses propres statuts ; et on y admit des externes, en grand nombre, pour profiter des leçons données aux boursiers*. Comme le collège de Sorbonne était ouvert à toute l'Europe, celui de Navarre le fut à toute la France '.
L'étude de la théologie, mais surtout celle des belles-lettres, était très florissante dans cette maison ^. Pierre d'Ailly, l'aigle de France et le marteau de ceux qui erraient en la vérité, y fut grand maître et lui avait légué sa bibliothèque tout entière. Gerson fit de même. Et Nicolas de Clamenges, le bon humaniste, y avait enseigné les élégances latines \ Il reposait alors au milieu du chœur, sous la lampe, le vénérable docteur en théologie :
Qui laïupas fuit ccclesic suh lampada jacet ^ !
1. D'après les statuts du collège de Cambrai, Arch. Nat., M. 109, n" 22. Cf. Thurot, De l'organisation de l'enseignement au moyen âge, p. 122 et suiv,