Du Breul, op. cit., p
clerc de vie mauvaise et tricheur, un pipeur enfin qui avait été plusieurs fois déjà rendu à l'évêque par le Châtelet en 145 1, en 1452, en 1456 ; puis Petit Jehan. Ces deux derniers personnages passaient pour de redoutables crocheteurs ; et Petit Jehan était encore plus habile, s'il se peut, que le fils du serrurier à faire sauter les serrures des huis et des coffres '.Le procédé qui consistait à user du rossignol (le mot est du temps), à introduire dans les garnitures une tige de fer recourbé pour ouvrir les serrures, remontait un peu plus haut : mais il se généralisait dans le monde des malfaiteurs". On n'entendait alors parler que de crocheteurs et de crocheteries \ Villon cependant devait servir seulement d'indicateur, diriger l'opération que réalisèrent surtout Colin de Cayeux et Petit Jehan.
A la Noël de 1456, François Villon avait rencontré l'ami Tabary et l'avait chargé d'aller acheter ce qu'il fallait pour dîner à la taverne de la Mule, devant Saint-Mathurin. Là ils soupèrent en compagnie de Colin de Cayeux, de damp Nicolas et de Petit Jehan. Or, après le repas, M^' François, Colin et damp Nicolas demandèrent à Tabary de les suivre, sans rien révéler de ce qu'il pourrait voir et entendre. Ils gagnent tous la maison où demeurait M'^ Robert de Saint-Simon : l'un après l'autre, ils y pénètrent en franchissant un petit mur. Là ils quittent leurs vêtements de dessus et leurs robes. Ils se dirigent ensuite vers le collège de Navarre. En appliquant contre le mur un râtelier qu'ils avaient pris dans la maison où ils s'étaient dévêtus, ils franchissent le grand mur donnant sur la cour du collège. Tabary était resté dans la maison pour garder les vêtements et faire le guet.
Il pouvait être dix heures du soir quand les voleurs s'intro-
1. A. Longnon, Etude hio^raphique sur François Villon, p. 139-150 (Arcli. Nat., M. 181).
2. Pierre Champion, Notes sur les classes dangereuses, ap. Sainéan, Les sources de l'argot oficien, I, p. 379.
3. Il a été question des vols à Saint-Jean-en-Grève et à la Sainte-Chapelle. Aux crochetages audacieux mentionnés dans le présent chapitre, on peut ajouter celui du comptoir de l'Hôtel de Ville (Arch. Nat., KK. 408, fol. 240, Compte de 1456-145 7).
duisirent dans le collège; ils firent retour dans la maison de Saint-Simon sur les minuit seulement. Tabary les vit rentrer; ils lui montrèrent un petit sac de grosse toile contenant les cinq cents écus d'or qu'ils avaient dérobés. Mais ils lui dirent avoir gagné cent écus seulement, le menaçant de le tuer s'il révélait jamais ce vol. Et afin qu'il tînt la chose plus secrète, ils lui donnèrent lo écus d'or. Les complices l'accompagnèrent alors, lui annonçant que deux bons écus étaient mis de côté pour dîner le lendemain. Après quoi les voleurs se partagèrent leur butin, et chacun reçut loo écus. Leur méfait resta ignoré un peu plus de deux mois.
Du 9 au 10 mars 1457 (n. st.), une enquête était menée à Paris par Jean Mautaint et Jean du Four, examinateurs du roi au Châtelet de Paris, au sujet de ce vol. Ils agissaient à la requête de la Faculté de Théologie : car, sur les 500 écus d'or dérobés au collège, 100 écus appartenaient à feu M^ Rogier de Gaillon, en son vivant doyen de la Faculté de Théologie ; 60 écus i\ M*^ Laurens Poutrel, grand bedeau de la dite Faculté ; le reste à la communauté.
Les examinateurs se rendirent donc dans la belle chapelle du collège. On y voyait, au portail, trois statues peintes d'or et d'azur : celle de saint Louis, la gloire des rois, celles de Philippe le Bel et de son épouse Jeanne, fondatrice de la maison ; dans la chapelle, on apercevait un tableau représentant saint Louis, le cardinal d'Ailly avec une notice concernant sa vie et ses legs. Au milieu du chœur, sous la lampe, reposait Clamenges ; et dans la nef, à main droite, pendait le tableau où se lisaient les vers latins consacrés à la louange de la belle et sage fondatrice de la maison '.
C'est là que les examinateurs trouvèrent vénérables et discrètes personnes M^ Guillaume de Chasteaufort, principal,
I. Du Breul, op. cit., p. 660. Cf. Troche, dans la Revue archéologique, 184^, ire partie, p. 192-200, et G. Prinet, Histoire de l'Ecole Polytechnique, 1887. — La belle chapelle servait il y a quelques années encore aux exercices d'escrime, de danse et de dessin, pour les élèves de l'Ecole Polytechnique. Elle a été sauvagement démolie.
M*= Guillaume Evrard, M*^ Pierre Caros, M^ Alain Olivier, tous docteurs en théologie, et M"^ Laurens Poutrel, le bedeau de la Faculté. Les examinateurs visitèrent les coffres et le lieu du vol, afin de faire leur rapport écrit. Sur les sept heures du matin, ils donnèrent l'ordre de fermer toutes les portes et entrées du collège. Alors les maîtres conduisirent les examinateurs dans le revestiaire de la chapelle ; là, en présence d'Etienne Paquot, le proviseur, de plusieurs maîtres du collège, de Michault du Four, de Jean de Tournai, de Casin Poret, sergents à verge, ils firent visiter les coflfres par un serrurier. On ouvrit avec les clefs un grand coffre, barré de plusieurs bandes de fer, dans lequel se trouvait un autre petit coffre de noyer, fermant à trois serrures et à bandes de fer, enchaîné dans le grand coffre. Ce coffret fut également visité et on en tira un petit papier où étaient écrites les sommes déposées là pour les besoins de la Faculté de Théologie : on y voyait les signatures de Laurens Poutrel et des divers maîtres de la Faculté. On tira encore deux cédules en parchemin détaillant la quantité, les espèces de l'or mis en garde, signées également de leur main. Alors les maîtres de la Faculté, Laurens Poutrel et le proviseur du collège demandèrent à visiter les chambres de M^ Simon Germain, de M'^ Guillaume de Campanes et d'Etienne Guerroys, qui avaient la garde des clefs de la chapelle et du revestiaire : ce qui fut fait en présence de Pierre Caros, d'Alain Olivier, docteur, et des sergents. Aucune charge ne fut relevée contre eux. Dans la chambre de Guillaume de Campanes, on trouva seulement 30 écus, tant d'or neuf comme de monnaie blanche de 8 d. p. pièce, somme qu'il avait répartie en deux coffres : car M^ Guillaume de Campanes était prudent et n'entendait pas que de subtils voleurs prissent tout son argent d'un coup. Dans la chambre du proviseur on trouva 120 écus d'or neuf : 30 royaux venaient d'une somme qu'il avait reçue pour continuer de dire la messe de M'^ Guillaume Prenant, administrateur de l'Aumône de Tournai, il y avait environ quinze jours; 15 écus d'or de Robert de Roches, sur les 30 qu'il faisait de rente annuelle audit
collège ; de Colin Galet, épicier, demeurant en la rue Saint- Denis, il avait reçu, au nom de M'"^ de Bavière, 25 écus d'or. Un religieux Cèlestin lui avait donné deux nobles ; 28 florins d'or provenaient des revenus d'une chapelle que le proviseur avait àTrinquetailles, près d'Arles. Tout cela était fort correct.
On s'ajourna donc à quatre heures pour poursuivre l'enquête. Mais on estima alors qu'il y avait lieu de remettre cette séance au lendemain, car Jean Mautaint était absent, et les trois serruriers qui accompagnaient l'examinateur, semblaient insuffisants.
Le proviseur de Navarre réclamait en effet une enquête approfondie, pour l'honneur des écoliers et des habitants du collège. Le lendemain 10 mars, à 3 heures, les examinateurs revinrent donc avec neuf serruriers jurés qui prêtèrent un serment solennel sur l'Evangile. On fit alors sortir tout le monde du revestiaire, maîtres, proviseur, bedeau et écoliers, et l'on ferma la porte. Les examinateurs demeurèrent seuls avec le sergent Michault et les neuf serruriers : savoir Laurens le Brasseur, demeurant en la grand'rue Saint-Jacques, Perrin Cousinot, établi au cimetière Saint-Jean, Guillaume de Galles, demeurant en la rue de la Juiverie, Almet Flament, demeurant rue Saint- Jacques-la-Boucherie, Jean Tustehen, à la Groix du Tirouer, Thomassin de Galles, en la rue des Anglais, Lambin Longue- Espée, en la rue Saint-Antoine, Gasin Poret, place Maubert, Loys l'Eschiquier, au Fossé Saint-Germain.
Ils regardèrent les serrures des deux cofi"res, les quatre du grand et les trois du petit; puis ils les enlevèrent. Après délibération commune, ils déclarèrent techniquement, par la bouche de Gousinot, que les serrures du grand coff"re avaient été crochetées : les deux serrures de la porte du revestiaire avaient, elles aussi, été faussées, mais sans succès ; on avait dû les forcer par une pesée. Quant au petit coffre, il avait été crocheté également. Ils déclarèrent en outre que ceux qui avaient opéré ne leur semblaient pas de très subtils voleurs : ils devaient donc se trouver en rapport avec des gens du collège, ou s'être servi des
clefs du revestiairc ; sans quoi il leur eût fallu beaucoup de temps pour faire tout cela. Ils avaient dû user de marteaux, de ciseaux, de turquoises. A leur avis, le vol pouvait remonter à plus de deux ou trois mois.
Ce qui n'était pas mal raisonné. Mais les voleurs couraient toujours. Et qui sait s'ils auraient jamais été découverts sans les déclarations imprudentes de Guy Tabary à un compagnon de rencontre ? Cela Villon l'apprit par la suite. Et c'est pourquoi, bien ironiquement, il nommera plus tard ce confiant compagnon un « homme véritable », un homme qui dit la vérité !
Le 17 mai 1457, Pierre Marchand, curé-prieur de Paray, au diocèse de Chartres, se présentait en eifet au Châtelet. Là il déclarait à l'examinateur que, le samedi avant la Quasimodo, il était arrivé à Paris. Le dimanche ou le lundi suivant, il avait déjeuné à la taverne de la Chaise, au Petit-Pont, avec un nommé maître Guy, dont il ignorait le nom, et un autre qui se disait prêtre. Le bavard Tabary se prit à lui demander le récit de ses aventures et lui raconta ensuite les siennes, dont il n'avait cependant pas lieu de se vanter. Ainsi Guy lui rapporta qu'il avait été longtemps prisonnier dans les prisons de l'évêque de Paris ; qu'on l'avait accusé d'être un crocheteur. Pierre Marchand, sachant qu'on avait dérobé cinq à six cents écus en la chambre de frère Guillaume Coiffier, religieux des Augustins, dressa l'oreille. Il se prit à interroger M*^ Guy sur le fait des crochets et la manière de s'en servir : car il désirait de savoir s'il n'apprendrait pas ainsi quelque nouvelle du larcin commis en la chambre de l'Augustin. Il feignit donc de converser comme s'il voulait devenir l'un de ses complices et partager le profit d'un vol. Or Guy Tabary parla abondamment des crochets. Il en avait eu plusieurs entre les mains, dont lui et ses compagnons usaient pour ouvrir les serrures : par eux, point de fermeture, si forte soit-elle, qu'ils n'ouvrissent. Marchand demanda alors la grâce de contempler ces merveilleux crochets : ce que M^ Guy promit de faire, déclarant que récemment il en avait eu en sa possession ; mais il les avait jetés dans la Seine de crainte
qu'on ne les trouvât sur lui. Et Guy raconta, en outre, qu'un orfèvre, nommé Thibaud, savait forger de tels crochets ; qu'il en faisait de diverses sortes. De plus, cet industrieux orfèvre fondait l'or et la vaisselle d'argent que les voleurs lui apportaient.
Le lendemain, Pierre Marchand rencontra encore M*-' Guy : il le mena boire à la Pomme de Pin, en la rue de la Juiverie, se donnant toujours comme un complice éventuel afin de lui arracher ses secrets. Après boire, M*-' Guy le conduisit à Notre- Dame où quatre ou cinq jeunes compagnons qui s'étaient échappés des prisons de l'Officialité se tenaient en franchise. M^ Guy lui en désigna un : un petit homme, et jeune, dans les vingt-six ans, portant de longs cheveux par derrière. C'était, au dire de M^ Guy, le plus subtil de toute la compagnie, le plus habile des crocheteurs, à qui rien ne semblait impossible dans son art. M^ Guy s'approcha des compagnons en franchise et leur parla : il leur désigna Pierre Marchand qui désirait de devenir leur associé, leur complice. Sur quoi les compagnons firent bon accueil à Marchand, usant avec lui de beau laniîage, mais parlant en termes généraux, sans rien préciser de leur entreprise, ou de ce qu'ils avaient fait jadis. Après quoi Guy Tabary et Pierre Marchand sortirent de l'église.
M*^ Guy n'avait pas la prudence des jeunes voleurs en franchise. Il s'ouvrit à Marchand des opérations particulières auxquelles lui et ses complices se livreraient dès qu'ils pourraient sortir de Notre-Dame. Thibaud devait forger des crochets bien propres cà ouvrir la chambre et les cofTres de M'' Robert de la Porte, alors absent de Paris. C'était un riche religieux demeurant au couvent des Augustins, un amateur de beaux livres qui faisait des cadeaux au duc Charles d'Orléans. Les crocheteurs n'attendaient plus que l'arrivée d'un certain Augustin, cousin de Thibaud, qui avait promis de les recevoir dans sa chambre du couvent ; là il devait leur procurer des habits, les déguiser avec les robes des religieux. Et Guy de rapporter encore que lui-même venait de sortir des prisons de l'Officialité ; que l'argent de frère Guillaume Coiffier avait bien aidé
à sa délivrance. Le curieux Pierre Marchand l'interrogea sur ce vol ; or M^ Guy lui apprit qu'on avait enlevé cinq ou six cents écus à Coiffier, et que, pour sa part, il en avait eu huit. Thibaud, cet homme subtil, les lui avait fait passer dans les prisons de la Cour-l'Evêque : il les donna à son geôlier.
Et M"-^ Guy lui confia encore qu'il y avait peu de temps, lui et ses complices avaient pris dans un coffre du collège de Navarre cinq à six cents écus ; mais un de leurs associés les avait empêchés de crocheter une armoire près du coffre, qui pouvait en contenir quatre ou cinq mille : ce dont ses compagnons le maudissaient. A l'église Saint-Mathurin, ils avaient tenté de voler ; mais là les chiens les avaient dénoncés. Depuis, en plein jour, ils avaient dépouillé frère Guillaume Coiffier. Un des complices avait emmené ce religieux dire pour lui une messe en l'église Saint-Mathurin tandis que les autres pillaient sa chambre ! Ainsi ils avaient pris un petit coffret contenant cinq ou six cents écus et emporté la vaisselle d'argent du trop crédule frère. Un autre jour Tabary, qui aimait décidément à faire partager ses fâcheuses relations, présenta à Pierre Marchand un jeune compagnon d'une trentaine d'années, un petit homme très habile, portant une barbe noire, et court vêtu. On l'appelait M^ Jehan. Tabary s'entretint avec lui. Ils donnèrent un rendez-vous pour le lundi, à Saint-Germain-des-Prés, à celui qu'ils tenaient pour un nouvel associé. Là ils devaient arrêter une opération, et Thibaud apporterait ses crochets. Mais le prudent Pierre Marchand leur faussa compagnie. Tabary vint à l'hôtellerie de ce dernier qui déclara avoir été ce jour-là occupé ailleurs. Marchand le retint à déjeuner en son auberge; M'^ Guy lui rapporta que lui et M^ Jehan s'étaient rendus à Saint-Germain-des-Prés surtout pour lui montrer les crochets : car le vol chez M^ Robert de la Porte ayant été quelque peu éventé, il valait mieux attendre avant d'entreprendre une autre opération.
Et cet incorrigible bavard révéla à Pierre Marchand qu'ils avaient encore un autre complice, nommé M^ François Villon ;
Le vol du collège de navarre 47
que ce dernier s'était rendu à Angers, dans une abbaye où il avait un sien oncle, religieux. Il allait là pour savoir des nouvelles d'un autre vieux religieux d'Angers qui pouvait posséder de cinq à six cents écus. A son retour, selon le rapport que François Villon ferait à ses compagnons, ils se mettraient tous en route vers cette région pour le « desbourser », en sorte qu'un beau matin les complices se partageraient tout son avoir. Et M*^ Guy répéta encore que M*^ Jehan était aussi habile que Thibaud à faire des crochets, qu'ils devaient un jour apprêter toute leur « artillerie » pour détrousser quelque homme, et qu'ils n'attendaient autre chose que de trouver un bon « plant » pour frapper dessus.
Cette déclaration était des plus graves. Elle signalait à la justice l'existence à Paris d'une bande de crocheteurs que François MUon orientait, dans ce quartier universitaire qu'il connaissait si bien. Elle dénonçait les voleurs du collège de Navarre qui ne pouvaient manquer d'être arrêtés maintenant. Elle révélait le véritable motif du départ de FrançoisVillon : un vol à organiser à Angers.
Le 25 juin 1458, le bavard Tabary tombait aux mains de la justice. Le 5 juillet, il avouait, avec certaines réticences, la série des vols commis aux dépens du collège de Navarre, de Guillaume Coiffier, de Robert de la Porte. On lui demanda s'il n'avait pas dit que M^" François Villon s'était rendu à Angers pour voir un certain ecclésiastique, fort riche, et que ses complices devaient aller voler, suivant son rapport : il le nia. Au sujet du vol chez les Augustins, Tabary donna un alibi, prétendit s'être trouvé à cette époque dans les prisons de l'évêque : tout au plus savait-il que Colin de Cayeux avait baillé quatre écus à Petit Thibaud sur ce qui lui revenait de cette opération. Tabary ne voulut rien dire de plus. C'est pourquoi on le reconduisit dans sa prison en présence de M^ Guillaume Sohier, de Jean Rebours, de Denis le Comte, de François de la Vacquerie, de Jean Laurens, de Jean le Fourbeur et du notaire Cruisy.
Le vendredi 7 juillet, Tabary était amené à l'endroit où se
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donnait la question ; il prêta serment sur les saints livaui^iles de dire la vérité et fut admonesté charitablement de révéler ce qu'il savait du vol du collège de Navarre. On lui demanda aussi s'il connaissait un certain Pierre Marchand, prieur-curé de Paray, au diocèse de Chartres. Il déclara ne l'avoir jamais vu. Interrogé s'il n'avait pas bu avec lui dans une taverne, à l'enseigne de la Chaise, au Petit-Pont, il le nia. On lui demanda encore s'il ne lui avait jamais parlé, ni montré certains crochets : Tabary nia toujours et déclara s'en rapporter à Pierre Marchand. Peu après, il avouait cependant qu'un homme, qui se disait religieux de Saint-Augustin, lui avait dit que, s'il pouvait lui procurer certains crochets, il saurait bien dévaliser la chambre de M*^ Robert de la Porte ; à quoi Tabary aurait répondu qu'il connaissait un homme très habile à faire ces crochets : et il lui avait nommé Petit Thibaud.
Alors on lut à Guy Tabary la déposition de Pierre Marchand, comme l'avait recueillie l'examinateur au Châtelet, Jean du Four. Cette déposition accablante, M'^ Guy dut bien convenir qu'elle était la vérité même. Interrogé alors comment furent ouvertes les serrures dans le collège de Navarre, après qu'il eut plusieurs fois varié, Tabary confessa avoir appris de M^" François Villon qu'elles furent ouvertes avec des crochets. Mais il maintenait qu'il n'avait pas été présent au vol : il se tenait dans la maison de Saint-Simon pour garder les robes des complices. Comme butin, il n'avait reçu que 10 écus : car François Villon et les autres lui avaient déclaré que c'était bien suffisant, puisqu'il n'avait pas pris part à l'opération.
Comme Tabary ne voulait rien avouer de plus, sur la délibération des assistants, il fut dépouillé de ses vêtements, mis en courte-pointe et posé sur le petit tréteau. Il n'ajouta rien à sa précédente déclaration. Il fut placé sur le grand tréteau et on lui demanda s'il n'avait pas été dans la confidence du vol commis aux Augustins, dans la chambre de Guillaume Coiffier : il répondit oui, par le moyen de Petit Thibaud ; mais il n'avait pu y prendre part puisqu'il était alors prisonnier.
Comme butin, il avait reçu les 4 écus qu'il remit pour sa délivrance au geôlier de l'official.
Guy Tabary, qui n'en pouvait plus, demanda alors qu'on l'enlevât de la géhenne, assurant qu'il dirait toute la vérité. Sur quoi, on le reconduisit en prison en présence de vénérables personnes maîtres Etienne de Montigny et Robert Tuleu, docteurs en décret, de François Ferrebouc et de François de la Vacquerie, licenciés en droit canon, et de plusieurs autres.
Pour la Faculté de Théologie, l'essentiel était de rentrer dans son argent '. Elle s'en inquiéta dès que le vol fut constaté. On voit par exemple la Faculté faire réparer de suite la serrure de son coffre déposé dans la chapelle de Navarre. Puis, sur des indices que nous ignorons, au mois de septembre 1457, Laurens Poutrel, le grand bedeau de la Faculté, se rendait à Lyon et à Montlhéry pour informer sur cette affaire, tandis que son neveu Henri allait à Caen. Les déclarations de Pierre Marchand, l'arrestation de Tabary au mois de juin 1458, simplifiaient beaucoup les recherches. Au mois d'août. Colin de Cayeux était également interrogé au sujet du vol du collège de Navarre.
A la fin de l'année 1458, Guy Tabary parvint à arranger son affaire. La Faculté composa avec sa mère pour la somme de cinquante écus d'or payables en deux termes : Laurens Poutrel reçut donc 25 écus sur lesquels Roger de Gaillon et le bedeau en récupérèrent dix. La mère de Tabary, la pauvre mère de ce mauvais clerc, paya l'année suivante le complément de la somme moyennant promesse de laquelle son fils avait été mis en liberté!
Laurens Poutrel était alors un vieil homme, et fort expérimenté. Le i^'"" octobre 1428, on le dit déjà prêtre, curé de l'église paroissiale d'Arnouville, au diocèse de Rouen, et notaire apostolique^; en 1437, on le voit chapelain de Notre-Dame,
1. Bibl. Nat., ms. lat. SÔ)^^, signalé par Marcel Schwob. Cf. Conséquences du vol au Colll'i^e de Navarre, dans François Villon, Rédactions et Notes, p. 1 09-11 6.