‹ François Villon (volume 2)Chapitre 37 sur 402 · A. Longnon, Elude biographique, p · texte numérisé non relu

A. Longnon, Elude biographique, p

5. Bourdigné, op. cit., p. 21 ; II, p. 336 ; Arch. Nat., JJ. 199, p. 449.

Car il y avait là, comme à Paris, bien des étudiants qui n'étaient que des ribleurs et faisaient grand bruit la nuit ; on y rencontrait de même des vagabonds, qui se donnaient pour des écoliers, sans faire partie de l'Université'. Et l'on aurait trouvé à Angers des gens capables de jouer des farces aux carrefours, d'organiser de solennelles représentations de Mystères ou de la Passion de Notre Seigneur ^

La ville était alors animée de la présence du roi René qui était venu s'y fixer après la perte de son royaume de Naples; il y entretenait une cour composée de Provençaux, de Lorrains, d'Italiens, de seigneurs angevins, ses officiers \

Là René avait retrouvé ses petites chambres, ses petits retraits, ses petits jardins, ses galeries neuves, ses logis, ses pièces à huisseries et tendues de tapis. Or tout cela était posé comme la cage d'un oiseau sur les hautes courtines des grosses et noires tours du château, en partie du côté de la rivière, sur cette haute plate-forme d'où l'on voit surtout le ciel, les eaux si souvent débordées, la ville qui dévale, et dont les minuscules maisons de pierre sont couvertes de leurs chapeaux d'ardoise bleutée.

Le roi René était un homme de quarante-huit ans, dru et fort, grand amateur de tournois et de fêtes. A voir sa

1. Délibération du conseil du roi de Sicile du 25 octobre 145 1 (Arch. Nat., P. 15345, fol. 24 V) : en conséquence les hôteliers devront dénoncer au capitaine de la ville les gens vagabonds et inconnus qui logeraient dans les hôtelleries plus de deux jours. — Dans la réformation de l'Université, en 1494, on déclare que, depuis six ou sept ans, à l'occasion surtout des élections universitaires, il y avait eu de grands meurtres, des rixes, des scandales. Les étudiants portaient des dagues, des épées et des bâtons, et plusieurs « gens de bien » du pays d'Anjou hésitaient à envoyer leurs enfants à Angers (Arch. du Maine-et-Loire D. 7). — En 1459, '^^ trouve des crocheteurs à Saumur ; Jean le Loup, né à Chinon, était le chef ou le grand Can des Coquillards ; Jean le Sourt, de Tours, un redoutable bandit. (Cf. Pierre Champion, Noies pour servir à Vhistoîre des classes dangereuses en France, ap. Sainéan, op. cit.).

2. Célestin Port, Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d'Angers, 1861, p. 347 et suiv. — On sait que Jean Miche!, qui rajeunit le célèbre Mystère de la Passion, après les Greban, était un scientifique docteur en médecine, régent de l'Université d'Angers (-j- 1495).

3. Cf. Lecoy de la Marche, Le Roi René, II (Itinéraire); I, p. 496 et s. — M. V. Godard-Faultrier, Le château d'Angers au temps du roi René, Angers, 1866.

figure paysanne, sa face large et rase avec un nez court et un gros menton \ on aurait eu quelque peine à imaginer qu'il pouvait être l'un des princes les plus cultivés et les plus artistes de son temps : mais il eût fallu prendre garde à ses yeux, petits et vifs, à ses lèvres gourmandes. René aima beaucoup les constructions, les chapelles, les bois ouvragés, les livres, les belles armes d'Orient, les grandes tapisseries, les petits jardins bien dessinés, toutes les femmes et même ses deux épouses. Il se plaisait au milieu de ses tableaux, de ses cartes, de ses toiles peintes, de ses livres parmi lesquels on distinguait Platon, Hérodote, Virgile, Tite-Live; Cicéron, Boèce, Dante, Boccace, et aussi un alphabet de toutes les langues, y compris la sarrasine. René aimait les horloges, les instruments de musique, les carquois de Turquie, les objets de cuir rouge et ceux de cuivre de l'Orient, les verres de Venise, les pupitres et les coffres de chez nous. Il composait des poésies fort précieuses, comme le faisait le duc Charles d'Orléans, son ami, son hôte et son correspondant ^ ; et René savait encore peindre de sa main sur des volets de bois, à la manière des Flamands '.

On rimait, on écrivait autour de lui, comme il le faisait luimême. Antoine de la Salle, le charmant auteur du Petit Saintré, avait été attaché à sa maison et avait fait l'éducation de son fils, Calabre. Louis de Beauvau, son chambellan, grand sénéchal d'Anjou et de Provence, avait mis en rimes pour lui une relation du Tournoi de Tarascon, donné en 1449, et traduit le Philostrate de Boccace : ainsi ce chevalier italianisé, admis dans le petit comptoir, derrière la chambre et près du retrait de son maître, à la lecture de ses livres et de ses romans, avait trouvé un soulagement aux chagrins d'amour qui le « séchaient alors

1 . 11 y a beaucoup de portraits du roi René (Cf. Couderc, AUmiii de portraits). Voir surtout le petit volet du Louvre attribué à Nicolas Froment, le Buisson ardent de la cathédrale d'Aix, et la belle médaille de Fr. Laurana.

2. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 342-347, 611-612; voir Quatrebarbes, Œuvres complètes du roi René, Angers, 1845, 4 vol. in-40,

Page 1