‹ François Villon (volume 2)Chapitre 42 sur 402 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine ^, Les ung brasier, en chambre bien nfttee3, A son costé gisant dame Sidoine 4, Blanche, tendre, polie et attintee, Boire ypocras, a jour et a nuytee, Rire, jouer, mignonner et baisier.

Et nu a nu, pour mieulx des corps s'aisier. Les vy tous deux, par ung trou de mortaise : Lors je congneus que, pour dueil appaisier, Il n'est trésor que de vivre a son aise.

Se Franc Gontier et sa compaigne Helaine Eussent ceste doulce vie hantée, D'ongnons, civotz, qui causent fort alaine, N'acontassent une bise tostee >.

Tout leur mathon ^, ne toute leur potée. Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. S'ilz se vantent couchier soubz le rosier, Lequel vault mieulx ? Lict costoyé de chaise. Qu'en dites vous ? Faut il a ce musier? Il n'est trésor que de vivre a son aise.

1. Elle a été très heureusement imitée par Henri Baude : Les lamentations Bourrien (Les vers de maîlre Henri Baude, p. p. J. Quicherat, 1856, p. 29 et s.).

2. C'est le chanoine de la tradition ; Villon se souvient, entre autres, de l'avoir rencontré chez Deschamps (Œuvres, VII, p. 140 : Aujourd'hui n'est vie que de chanoingne).

3. Et ung natier, en vérité, — Vouldroit qu'il eust tous diz gelé, — Afin que nate b-is e hault — Ses chambrez pour avoir plus chault.

(Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 143 V : les Souhaits).

4. Ce nom paraît être celui de l'amante de Pontus dont les aventures étaient populaires au xv« siècle (Cf. Claudin, Histoire de V Imprimerie, III, p. 392).

5. Cf. Taillevent, p. 262. C'était le pain grillé, trempé parfois dans le vin, la nourriture la plus commune. Valoir une tostéc se disait proverbialement pour valoir rien.

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