Poés. div., II, V
2. Cf. la notice que j'ai jointe aux ballades jargonnesques cip. Sainéan, Les Sources de l'argot ancien, p. 116-121.
par Levct est le jargon même que Perrenet le Fournier révéla au juge de Dijon, Nous avons donc une clef pour lire ces vers, sinon pour entendre cinq autres ballades jargonnesqucs du manuscrit de Villon conservé à Stockholm, dont l'une, signée de son acrostiche, doit enrichir, si l'on peut dire, ce triste bagage de M'^ François.
Ainsi, lorsque dans son jargon François Villon nous parle de diippe, il faut entendre l'homme simple qui ne connaît pas la science des Coquillards ; le hcffleur est celui qui amène les compagnons à jouer ; le vendengeuf, celui qui coupe les bourses. Les ances sont les oreilles que l'on rogne aux voleurs ; un sire, autant dire un homme sans défiance ; les arques, ce sont les dés à jouer; la roue désigne la justice ; l'àjarte, la prison ; piper, c'est tromper au jeu ; un long, c'est le compagnon bien subtil, et par antiphrase un imbécile ; du caire, de l'argent ; les quilles sont les jambes ; blanchir, c'est échapper à la justice ; feuilles ou feuillouse, ainsi nommaient-ils les bourses ; le fourbe est celui qui porte les faux lingots, joue le rôle d'un marchand, ou bien fait le receleur ; du rufjle, cela veut dire du feu ; David, c'est le daviet, le daviot, le crochet du Coquillard.
Nous pouvons comprendre maintenant, à peu près, ballades et chansons jargonnesques où Villon a nommé Montigny et Colin de Cayeux. Le poète voleur y donne à ses compagnons de métier peut-être, de rencontre sûrement, des conseils pratiques. Il les avertit par exemple que dans Paris, la grand'ville joyeuse, cinq ou six Coquillards viennent d'être arrêtés par les sergents et pendus ; il leur dit d'éviter la prison, de marcher dans la campagne. Villon s'adressait aux Coquillards, alors autour de Rueil, et leur faisait connaître la fin de Colin de Cayeux qui parla devant la justice : changez souvent d'habits afin d'esquiver la prison ; redoutez le sort de Montigny qui fut pendu au gibet ; faites-vous raser chez les barbiers ; craignez d'être pris et pendus deux à deux par la main du bourreau, le marieur ' ;