I. Cf. t. I, p
trompez tout le monde et soyez sur vos gardes. Attention ! attention ! la Coquille va mal et les sergents courent après ' !
Telle est cette littérature, curieuse seulement, mais dont on ne peut négliger l'étude pour connaître la psychologie de notre poète, les tristes conditions de l'existence à laquelle son exil de Paris le condamna.
Ce qui nous étonne, ce qui est à la fois admirable etincompréhensible, c'est de voir comment, pendant cinq ans, sur les douteuses routes de France, tour à tour dormant dans les champs, abrité dans une demeure seigneuriale ou dans une prison, sans ressources, en relations, vraisemblablement, avec les plus dangereux des compagnons, François Villon a conservé dans son corps minable une âme si forte, si charmante, la plus joyeuse et la plus désolée, repentante et insolente à la fois ? Comment pouvait-il porter en lui l'œuvre la plus haute, la plus humaine, de la poésie de ce temps ?
Possédait-il à ce point l'art de tromper ? Se trompait-il luimême, tout simplement ? La première de ces hypothèses suppose une telle perversité d'esprit et de pensée qu'elle est insoutenable, à mon sens du moins. François Villon était faible, mais clairvoyant ; bon sans doute avec les bons, mauvais avec les pires. Sûrement il n'avait rien, absolument rien pour vivre. Mais pouvons-nous connaître cette âme sincère et rusée, inconstante surtout, perverse et repentante tout ensemble, et ne devons-nous pas lui pardonner pour toutes ses misères, pour tant de fatigues, de chemin sans but, de faim et de soif, pour les admirables vers enfin qu'il adressa lui, le clerc dévoyé, aux autres fils perdus? Qu'ils chassent de notre mémoire ses méchantes productions jargonnesques :
Item, riens aux Enfans Trouvez ^ ; Mais les perdus faut que consolle.
1. Il est question, le 21 avril 1449, (Arch.N., X^» 25) d'une chanson qui avait pour refrain : Garde:( vous Je Savary, au sujet d'un bandit qui se donnait pour un chevalier à qui les Sarrasins avaient coupé les pieds.