Registre dn Chdtelet, II, p
3. Le Pèlerin passant, op. cit., p. 7 ; Adages et proverbes communs dans les Bons et très niiles enseignemens : il y a une autre variante de ce dicton ;
Rouge vespre et bLinc matin Rend joye au cœur des pèlerins.
4. De Saint Pierre et du Jongleur dans le Recueil général des fabliaux, éd. de Montaiglon et G. Raynaud, V, p. 65 et suiv.
Qui moult ert de povrc rivière, N'avoit pas sovent robe entière.
Ne scai comment on l'apela, Mais sovent as dez se pela; Sovent estoit sanz sa viele, Et sanz chauces et sanz cotele, Si que au vent et à la bise Estoit sovent en chemise...
Ses souliers étaient crevés et on y voyait de grands jours. Comme Villon, il hantait trop la taverne et la « puterie ». Il dépensait son argent au jeu de dés et aurait voulu que tous les jours fussent fériés ; car il n'aimait rien tant que le dimanche, la folle vie, les disputes et le péché. Et ce pauvre clerc qui avait abandonné Paris à cause de sa misère et regagnait son pays, sans avoir « gote d'argent », ressemblait à Villon comme un frère. Il marchait souvent sans manger ni boire. Bien des portes se fermaient à son passage ; et rares étaient les bourgeois qui l'hébergeaient pour entendre, tandis que cuisait le dîner,
... une escriture
O de chancon et d'aventure '.
Mais on ne sait guère que le peu que Villon nous a dit à ce sujet. Le pays où il erra s'étendait depuis Angers, les marches de Bretagne et du Poitou, jusqu'en Dauphiné vraisemblablement. Et il résulte de ses confidences qu'il parcourut surtout la France centrale, en particulier le bassin de la Loire.
Or cette région de la Loire a été par excellence le pays des écoliers, avec ses deux vieilles universités d'Orléans et d'Angers; au temps même du voyage de Villon une troisième sera établie à Nantes (1460). Terre des Vierges miraculeuses ; pays élu des pèlerins, de ceux-là surtout qui se rendent à Saint- Jacques et jetteront au passage des ponts, suivant la coutume païenne, ces petites enseignes de ploiTib que l'on retrouve un
I. Le povre clerc, dans le Recueil général des fabliaux, V, p. 192 et suiv.
peu partout dans les sables du fleuve ' ; pays des colporteurs ; paradis des organisateurs de représentations théâtrales : car frais de farces, de Mystères, de Passions sont consignés de façon ininterrompue dans les comptes des municipalités de cette région - : bon pays, bon peuple, belle noblesse enfin ' !
Angers était alors un des passages les plus fréquentés de France pour se rendre en Bretagne, et aussi pour gagner le Poitou. Les marchands bretons et poitevins se rendaient souvent dans cette cité, ainsi qu'à Tours. C'est vraisemblablement d'une de ces deux villes que Villon partit pour faire une pointe en Bretagne où il" nomma Saint-Julien de Vouvantes (Loire-Inférieure, arr. de Châteaubriant) : peut-être même a-t-il gagné Rennes, qui n'est pas très loin, où il y avait des colporteurs et des merciers ? Car Villon se dira lui-même un « povre mercerot de Rennes ». Sans qu'on puisse l'affirmer, il n'est pas impossible qu'il ait porté la balle en Bretagne.
Or si les grands merciers ont formé à Paris, dans la rue QjLiincampoix, dans les galeries du Palais ^, une riche corporation, il faut reconnaître que ceux-ci avaient peu de rapports avec les petits merciers errants qui portaient la balle et vendaient surtout chausses et bonnets de laine K Toujours sur les grandes routes pour gagner les foires, ils devaient souvent rencontrer des vagabonds et des voleurs. Ils portaient un bâton pour se défendre contre les attaques des chiens, dérobaient de la volaille pour vivre, s'abritaient la nuit dans les carrières et dans les fours. Ils seront, au cours du siècle suivant, les grands