P. Champion, Vie de Charles d'Orléans, p
7. M. André Lesort, archiviste d'IUe-et-Vilaine, a bien voulu m'écrire : « Mes recherches dans la série E (confréries et corporations de Rennes) n'ont pas abouti ; mais j'ai trouvé à la série F (papiers de feu Paul de la Bigne-Villeneuve) une copie de fragments de statuts non datés de cette confrérie transcrits en tête d'un registre de lad. confrérie dont le feuillet de garde portait la mention : « L'an mil IIIJc XXXVIJ fut ce papier trcstout neuff fayt... »
il aurait eu l'occasion d'errer en Poitou, où les foires de Niort étaient fréquentées par les marchands et par les colporteurs. En Poitou, François Villon a nommé Saint-Generoux (Deux-Sèvres, arr. de Parthenay). Il dit avoir connu dans cette localité, qu'il situe justement dans les marches de Bretagne et de Poitou, deux dames qui lui avaient appris un peu le « parler poitevin. » Il s'amusa à imiter ce langage, sans révéler proprement où elles passaient leurs jours ' :
Elles sont très belles et gentes, Demourans a Saint Generou Près Saint Julien de Voventes, Marche de Bretaigne ou Poictou.
Mais i lié di proprement ou Y quelles passent tous les jours ; M'arme ! i ne seu mie si fou, Car i vueil celer mes amours.
Evidemment ces dames se cachaient, et lui aussi ; car ce spécimen de patois, François Villon nous le donna à la suite du legs qu'il fit de son droit d'échevin de Paris à Robin Turgis, tavernier, à qui M^ François avait négligé de payer le vin dû à son départ. Et il ajoutait* :
Combien s'il treuve mon logis Plus fort sera que le devin.
Il était d'usage alors de consulter le devin pour retrouver les objets perdus. Mais il se peut aussi que le parler poitevin soit l'équivalent de l'expression qu'on trouvera un peu plus tard : aller à Niort, c'est-à-dire nier \ Dans ce cas le clerc fugitif n'aurait pas reconnu sa dette envers Turgis.
3. « Mais Eutrapel, comme fin et bien avisé, sceut bien repartir, prendre le chemin de Niort, et maintenir qu'il estoit d'un trop couart naturel » (Contes d'Eutrapel, 1585, p. 117 vo). — Il y a quelque chose d'analogue dans Eloi d'Amerval, Graut Diablerie, c. 98) :
Car ilz sont si faulx passans — Que quant il leur demanderont — Ht les termes venus seront — Ilz s'en iront, scez tu bien où ? — Au gentil pays de Poitou : — Dieu te doint bon jour à Nyort.
Cf. une équivoque parallèle dans les Cent nouvelles nouvelles, LXXVIJ : « Elle estoyt
Nous en savons un peu plus long sur les rapports de François Villon et de Charles d'Orléans, Mais le temps où ils se rencontrèrent demeure encore incertain '. Tout ce que l'on peut dire, c'est que notre vagabond vint au moins deux fois à Blois ; et, lors de son premier voyage, il fut momentanément attaché à la petite cour du prince poète et toucha à ce titre des gages. Il est certain aussi que Villon a bien connu le cercle des rimeurs qui enchantaient le vieux duc, qu'il lut au courant des jeux d'esprit formant leur subtile distraction : l'influence de ce milieu paraît assez visible dans l'œuvre du clerc parisien \
Le duc Charles d'Orléans était alors un homme de soixantetrois ans, tout grisonnant, un peu lourd et dur d'oreille. 11 avait une bonne figure rasé, de gros traits, et portait ordinairement des robes de velours noir et fourrées. Sa vie avait été extrêmement malheureuse ; il s'était beaucoup ennuyé. On l'avait ramassé dans la boue d'Azincourt, tout frêle adolescent, enivré de gloire et d'amour. Il avait dû demeurer prisonnier des Anglais pendant vingt-cinq ans, moisissant dans leur pays humide, privé du soleil de France ; là, Charles d'Orléans avait connu un grand désespoir. Pour se distraire il s'était pris à rêver et à écrire des poésies, de fraîches ballades, de courtoises
couchée, tant oppressée de mal qu'on cuydoit bien qu'elle allast à Mortaigne ». — « Tricherie est en Poitou » est aussi un vieux dicton que l'on trouve déjà développé dans le Songe d'Enfer de Raoul de Houdenc.