I. Bibl. Nat., nis. fr
être grave et décent; mais, s'il pensait à la mort, cela ne durait vraisemblablement que le temps de composer un charmant rondeau.
Beaucoup de monde vivait autour de lui, car les existences princières de ce temps étaient grevées de l'entretien de presque toutes les autres. Pourvu qu'on eût de l'esprit, on devenait son ami, surtout si Ton entrait dans sa manie qui était de faire de tous ses serviteurs des poètes; rien ne le divertissait plus que ces sortes de parties poétiques où, sur un thème donné, chacun rivalisait de zèle plutôt que d'inspiration. Et non seulement il entretenait dans sa demeure des serviteurs, des gens qui administraient ses finances, son médecin qui s'ingéniait à le satisfaire, mais Charles d'Orléans avait encore hors de Blois des correspondants qui lui adressaient des épîtres en vers ; et il leur répondait. Les jeunes seigneurs qui étaient reçus dans sa maison étaient tenus d'écrire quelque morceau pour payer leur écot ; il n'y eut guère de poète en son temps qui n'ait été hébergé à Blois. Peut-être n'ignorait-il pas que ses propres poésies étaient supérieures à celles des autres? Quoique prince, c'était le premier poète de son époque : mais Charles n'en tirait vanité que pour envoyer quelques copies de ses productions à de nobles amis ou à des dames dont il désirait peut-être d'être aimé. Car bien qu'il restât fidèle aux vieilles modes et portât de larges chaperons noirs, il appréciait la jeunesse ; et Charles ne riait des jeunes seigneurs qui revêtaient des habits étroits et des toques à l'italienne, que parce qu'il ne pouvait les imiter, étant lui-même trop lourd et ancien.
François Villon pouvait avoir alors vingt-six ans ; il était maigre et noirci, vieilli prématurément et très pauvre. Mais il avait un charmant esprit, de la verve, du génie, et savait se tenir dans le monde. Il connaissait aussi bien les riches que les pauvres', ayant beaucoup réfléchi sur la vie, et vu manier de l'argent autour de lui. Le voisinage de la grandeur ne le rendait