‹ François Villon (volume 2)Chapitre 65 sur 402 · I. T., V. 305 ; Pocs. div,, III · texte numérisé non relu

I. T., V. 305 ; Pocs. div,, III

pas emprunté : et d'ailleurs on menait à Blois, et en général chez les princes de ce temps-là, une existence toute familière et très chrétienne.

Un des débats qui eurent le plus de succès à Blois fut celui des propositions contradictoires dont la première présentait l'image d'un homme mourant de soif auprès d'une fontaine. C'était là un jeu fort ancien pour dépeindre le trouble d'esprit d'un homme amoureux ; les troubadours comme les trouvères usèrent de ce procédé. Charles d'Orléans lui-même avait dit dans une ballade antérieure à 1451, mais très proche de cette date :

Je meurs de soif en cousté la fontaine, Tremblant de froit ou feu des amoureux.

Plus tard encore le duc d'Orléans, reprenant et modifiant ce thème, avait confessé son existence mêlée de bien et de mal :

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, Bien eschauffé sans le feu amoureux.

Je vois bien clair, ja ne fault qu'on me maine, Folie et Sens me gouvernent tous deux...

Or il y avait à Blois, comme dans toutes les résidences féodales, un puits qui devait d'abord servir en cas de siège à alimenter d'eau les défenseurs du château. Puits assez rudimentaire sans doute, puisque l'hôte du Lion d'argent fournissait en 1448 une corde pour tirer l'eau de ce puits, désigné comme celui de « l'ostel de Monseigneur ». Le 15 mars 1457, Jacob Landreni, menuisier, le visitait et établissait un devis « pour certain ouvrage de charpenterie que mondit seigneur veut faire » ; au mois de mai, ce charpentier recevait 4 1. 2 s. 6 d. pour le salaire d'un travail de trois semaines et « pour visiter certain ouvrage et engin que ledit seigneur veut faire au puits du château de Blois pour tirer l'eau plus aisément. »

Charles d'Orléans était curieux de mécanique et d'horlogerie ; il s'intéressait donc en ce temps à un système faisant

9é FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

monter commodément l'eau de son puits. Contemplant cette eau qu'il était difficile d'atteindre, il aura pensé qu'elle offrait l'image de sa propre vie, pleine de désirs si peu satisfaits et apaisés. Ainsi une association d'idées lui avait remis dans la tête le thème autrefois développé : et c'est un fait qu'en ce temps-là, il fut repris parMontbeton et Robertet, par M'^ Bertaut de Villebresme, licencié en lois et conseiller du duc, par M'^ Jean Caillau, son médecin, par Gilles des Ormes, son jeune écuyer tranchant, par Simonnet Caillau et par cinq autres rimeurs dont nous n'avons plus les noms. Sur cette dispute, qui peut se placer entre 1458 et 1460, François Villon composa certainement la meilleure des ballades. Comme il était fait lui-même de contradictions, il n'eut pas de peine à y mettre tout son cœur. C'est là qu'on lira les mots qui le peignent mieux que tout portrait :

Je riz en pleurs !

Et, cette fois, il faut bien reconnaître que le bon Charles d'Orléans avait trouvé son maître en poésie ' :

Je meurs de seuf au près de la fontaine, Chault comme feu, et tremble dent a dent ; En mon pais suis en terre loingtaine ^ ; Lez ung brasier frissonne tout ardent ; Nu comme ung ver, vestu en président 5 ; Je ris en pleurs et attens sans espoir ; Confort reprens en triste desespoir ; Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun ; Puissant je suis sans force et sans povoir. Bien recueully, débouté de chascun.

Rien ne m'est seur que la chose incertaine ; Obscur, fors ce qui est tout évident ; Douhte ne fais, fors en chose certaine ; Science tiens a soudain accident ; Je gaignc tout et demeure perdent ;

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