‹ François Villon (volume 2)Chapitre 68 sur 402 · Procès, éd. J. Quicherat, III, p · texte numérisé non relu

Procès, éd. J. Quicherat, III, p

Mais bien que les gens d'alors tinssent cette morne région pour un « bon pays », seulement trop foulé par la guerre \ Villon qui l'avait parcourue savait bien qu'autour de Patay, ce qu'on n'aurait su trouver, c'était une forêt, l'une de ces forêts de chênes dont les gens de son temps estimaient fort et le bois et le gland, ou bien des châtaigniers % si communs en Bourbonnais et en Limousin où ils fournissent partie de la nourriture du peuple.

Combien il en vit de petites villes serrées dans la ceinture de leurs murailles, à toits de tuiles rouges et à clochers d'ardoise ; de châteaux à tours rondes ou carrées portant sur leurs épis coqs, écus fleurdelisés, armes et oriflammes, avec poternes, hourdages et lices palissadées ; de fermes fortifiées qui sont les seigneuries des parvenus ; d'abbayes guerrières et de prieurés belliqueux ' ! Mais le pauvre poète cheminait alors sans croix ni pile ; et il était bien malheureux dans ce pays plaisant coupé d'étangs et de bois ^. Il contemplait avec mélancolie les calvaires qui jalonnaient sa longue route : O vos omnes qui transitis pcr viam attendite et videte si est dolor sicut dolor meus ! Il éprouvait une semblable douleur à marcher sans argent : à toutes les croix du Christ, il aurait préféré de contempler quelques écus marqués de la croix des monnayeurs. Aussi vit-il avec bonheur apparaître la bonne ville de Moulins,

C'était une jolie petite cité, groupée autour du château des ducs de Bourbon, et dévalant jusqu'aux grèves de l'Allier. Les serviteurs des ducs y avaient élevé de nombreuses maisons de pierre avec des girouettes armoriées, comme de petits seigneurs \

Certes la joie de Villon fut grande, d'autant que le duc de

î. Gilles le Bouvier, Le Livre de la description des pays, éd. E. T. Hamy, p. 50.

Page 1