Cf. ch. V, §ni
Il ne fut pas plus heureux avec cette autre demoiselle qu'il nomma par amour sa ce chère rose ' », mais qui de son vrai nom s'appelait Marthe ; personne qui joua un grand rôle dans sa vie puisque François parlera d'elle immédiatement après nous avoir entretenu de sa mère. Elle tourna mal, se donna par la suite à tous pour de l'argent, bien que le pauvre Villon n'eût jamais tiré d'elle une étincelle d'espérance. Comme il la maudira plus tard, en lui faisant adresser par un dégoûtant personnage, l'ami Perrinet Marchand, avec bien des insultes, une ballade jadis composée en son honneur, et dans laquelle François lui avait conseillé de profiter de sa jeunesse ^ !
Item, m'amour, ma chiere rose.
Ne luy laisse ne cuer ne foye ;
Elle ameroit mieulx autre chose,
Combien qu'elle ait assez monnoye.
Quoy ? une grant bource de soye,
Plaine d'escuz, parfonde et large ; *
Mais pendu soit il, que je soye.
Qui luy lairraescu 5... ne targe.
Car elle en a, sans moy, assez.
Mais de cela il ne m'en chault ; Mes plus grans dueilz en sont passez, Plus n'en ay le croppion chault.
Si m'en desmetz aux hoirs Michault, Qui fut nommé le Bon Fouterre ;
1. Guillaume de Machault avait déjà nommé sa dame une « rose de mars » (Bibl. Nat., fr. 22546, fol. 69 vo) ; « Rose sans pair », « Passe rose », « Rose vermeille », lit-on dans k Jardin de Plaisance, éd. Vérard, fol. 69, 81 \'°; « Tendre rosée », « doulce rosée », « ma rosée », lit-on ailleurs (Vieux Testament, VI, v, 44730; Ancien tlKdlre français, II, p. 152; Collerye, p. 116).
A mon tetin, m'amour, ma roze !
s'écrie aussile farceur (Le Roux de Lincy, Farce nouvelle a vj persoti nages, p. 16). Cette locution est de style jusqu'au inilieu du xvie siècle. Adieu via mye. Adieu ma rose est le tim'ore d'un Noël de Jehan Chapperou (éd. Picot, p. 37).
3. Ecu amène le calembour sur targe : c'était une façon de bouclier et aussi une monnaie des ducs de Bretagne, représentant précisément cette sorte d'écu. Mais Villon doit faire là une plaisanterie libre dont le Tournoi amoureux nous rend compte (Fac-similé du manuscrit de Stockholm, fol. 68 ro).
FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS
Priez pour luy, faictcs ung sault :
A Saint Saturgist, soubz Sancerre '.
Ce non obstant, pour m'acquittcr Envers Amours, plus qu'envers elle, Car oncques n'y peuz acquester D'espoir une seule estincelle (Je ne sçay s'a tous si rebelle A esté, ce m'est grai)t esmoy ; Mais, par sainte Marie la belle !
Je n'y voy que rire pour moy),
Geste ballade luy envoyé Qui se termine tout par R ^.
Qui luy portera ? Que je voye.
Ce sera Pernet de la Barre, Pourveu, s'il rencontre en son erre Ma damoiselle au nez tortu, Il luy dira, sans plus enquerre :
« Orde paillarde, dont viens tu ? »