‹ François Villon (volume 2)Chapitre 74 sur 402 · I. Cato, Disticha de moribus · texte numérisé non relu

I. Cato, Disticha de moribus

Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien.

Et Villon semble alors avoir ajouté une manière de postscriptum intéressé à l'éloge de la petite princesse. Voulant être aimable envers tous, François n'oubliait pas sa mère, la bonne et douce Marie de Clèves, qui était sensible à la poésie : De saige mère saige enfant.

Mais, comme le pauvre homme faisait des efforts pour être gracieux et savant ! Car c'est vraiment une idée singulière de célébrer le « port assuré » d'une si petite fille, même quand elle est l'unique héritière d'un duché, danse à la fête avec les dames orléanaises et sera bientôt fiancée. La nommer sage Cassandre, belle Echo, digne Judith, chaste Lucrèce et noble Didon, n'est-ce pas étrange ? Il faut dire que M^ François avait un bien grand désir de devenir son domestique, de recouvrer les « gaiges » qu'il avait eus jadis dans la maison d'Orléans. Il n'est peut-être pas mauvais, pour cela, de montrer qu'on a de l'érudition et des lettres : enfin c'était la mode !

En priant Dieu, digne pucelle, Que vous doint longue et bonne vie ; Qui vous ayme, ma damoiselie, Ja ne coure sur luy envie.

Entière dame et assouvie, J'espoir de vous servir ainçoys, Certes, se Dieu plaist, que dévie.

Vostre povre escolier : Françoys '

I . A lire et à relire cette mauvaise poésie, comme je l'ai fait tant de fois, on se demande toujours avec anxiété si Villon a entendu célébrer la « douce naissance » de la petite Marie (19 décembre 1459), plutôt que sa joyeuse entrée à Orléans, comme l'a induit récemment Auguste Longnou. Evidemment Villon était assez poète pour dire en vers qu'il chantait l'entrée de Marie au lieu de louer sa naissance ; et les comparaisons mythologiques dont il use paraissent presque aussi déplacées, qu'il s'agisse d'une enfant de quelques jours ou d'une petite fille de trois ans. N'empêche que dans l'éloge de la naissance de Marie, le vers 112 : Enfance en riens ne vons deniaine, est fort étrange, ainsi que le vœu d'entrer à son service. Ce qui me paraît le seul élément certain pour résoudre cette question, c'est que la délivrance de prisonniers avait toujours lieu à la suite des joyeuses entrées. Et l'on peut croire que l'idée d'une naissance, miraculeuse en quelque sorte, demeurait toujours associée à la petite personne de Marie, venue au monde après dix-huit ans de mariage. La double ballade est-elle antérieure au Dit ?

Mais il paraît bien que tant de louanges, tant de bonne volonté se manifestèrent en vain. Le séjour de François Villon à Blois fut de peu de durée : c'est encore dans une geôle que Villon devait passer l'été suivant, â Meung-sur-Loire !

QjLiel nouveau délit le fit enfermer dans la dure prison épiscopale de Meung, cette « mauvaise et dure prison » où jadis Nicolas d'Orgemont avait si rapidement succombé' ? Nous l'ignorons encore. L'origine de la tradition d'après laquelle son arrestation fut motivée par le vol d'un calice à l'église de Baccon, n'a jamais été éclaircie' ; il se pourrait qu'elle fût simplement une conséquence du vol commis à Montpipeau par Colin de Cayeux, dont Villon aurait été l'associé : car Montpipeau, à trois lieues d'Orléans, dépendait en partie de Meung, où les évoques avaient justice et seigneurie '.

Dans la solitude où jadis saint Liphard, juge et comte d'Orléans, né de parents illustres, avait cultivé les marécages et mené sainte vie, une petite ville s'était formée, ceinte de murailles, autour d'une grande église, d'un pont de pierre et du château. Sur les hauteurs dominant les prairies, les îles et l'immense Loire, les évoques habitaient une grande demeure ; comme seigneurs féodaux, ils jouissaient de bons revenus sur les moulins banaux des Mauves, les pâturages, les herbages

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