‹ François Villon (volume 2)Chapitre 90 sur 402 · Bibl. Nat., ms. fr. 190, ici. i-j · texte numérisé non relu

Bibl. Nat., ms. fr. 190, ici. i-j

128 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS

triste, Villon ait pu porter en lui la grande oeuvre poétique qu'il allait produire tout à coup? Comment, au milieu de sa triste vie, et des pires relations, a-t-il su être courtois dans les milieux raffinés où il passa ? car il a conservé envers lui-môme, sinon une conscience nette, du moins un jugement lucide et très juste de ses actions, bonnes ou mauvaises.

A Blois, par exemple, on a dit que Villon avait pu connaître un débat sur le sujet de la Fortune, qui fut l'une des dernières méditations du duc d'Orléans : autour du noble et vieux duc, comme lui, on la maudissait, on la trouvait ennemie et amère. Au milieu de son chemin, alors qu'il pouvait travailler de ses mains et coucher dans les carrières à plâtre, cette même Fortune était présente à l'esprit de Villon. Le pauvre malheureux se consolait ainsi doucement, en pensant à tant de rois morts: lui, qui n'était qu'un « souillon », il se sentait, puisqu'il jouissait encore de la vie, de pair avec les vaillants hommes de jadis, plus heureux même que tous les plus grands héros de la Bible et de l'Antiquité. La Fortune lui conseillait de se résigner, de prendre tout en gré, comme les humbles et les pauvres gens de ce temps-là devaient le répéter ' :

(( Fortune fus par clers jadis nommée.

Que toy, Françoys, crie et nomme murtriere -,

Qui n'es homme d'aucune renommée.

Meilleur que toy fais user en plastriere,

Par povreté, et fouyr en carrière ;

S'a honte vis, te dois tu doncques plaindre ?

Tu n'es pas seul ; si iie te dois complaindre.

Regarde et voy de mes fais de jadis,

Mains vaillans homs par moy mors et roidis ;

Et n'es, ce sçais, envers eulx ung souillon.

Appaise toy, et mets fin en tes dis.

Par mon conseil prcns tout en gré, Villon !

Contre grans roys me suis bien anymce.

Le temps qui est passé ça en arrière :

1. Eustache Deschamps, Michault Taillevent, Jeanne d'Arc. Voir t. I, p. 310.

2. Les savants m'ont nommée la Fortune, c'est-à-dire l'heureuse divinité qui distribue le bonheur, et toi, François, tu m'accuses et me nommes meurtrière, etc.

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