‹ François Villon (volume 2)Chapitre 96 sur 402 · T., h. 15. Cf. t. I, p. 158 n · texte numérisé non relu

T., h. 15. Cf. t. I, p. 158 n

Il y a au commencement du Roman de la Rose un développement sur la jeunesse et la vieillesse qui a pu faciliter cette confusion.

importance cela a-t-il quand il s'agit d'un misérable tel que lui?

Les mons ne bougent de leurs lieux ',

Pour ung povre, n'avant n'arriére.

Au fond, ce qui lui a manqué dans la vie, c'est de n'avoir pas rencontré un homme pitoyable et magnanime, un de ces héros dont la largesse était proverbiale, tel Alexandre le Grande le type par excellence du seigneur féodal qui n'amasse point pour lui, mais distribue libéralement à ses hommes terres et richesses ; et Villon nous conte l'historiette de ce pirate nommé Diomède, que l'on amena devant Alexandre, les poucettes aux mains, pour être condamné à mort ' :

L'empereur si l'araisonna :

« Pourquoi es tu larron en mer ? »

L'autre responce luy donna :

« Pourquoi larron me faiz nommer ?

Pour ce qu'on me voit escumer

En une petiote fuste 4 ?

Se comme toy me peusse armer,

Comme toy empereur je feusse !

« Mais que veux-tu ? De ma fortune.

Contre qui ne puis bonnement, Qui si faulcement me fortune.

Me vient tout ce gouvernement.

Excuse moy aucunement Et saiche qu'en grant povreté, Ce mot dit on communément, Ne gist pas trop grant loyauté. »

Or, quand l'empereur eut écouté le discours de Diomède, il déclara : « Je changerai ta mauvaise fortune en bonne » ; et depuis, le pirate ne fit plus de mal à personnel

1. T., h. i6. Cf. les passages bien connus du Psautier (113) qui se cbantent à vêpres : Montes exidlavenitit tit arieles, et colles, etc.

2. Cf. Paul Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature française du moyen âge, 1886, II, p. 373 et s.

3. T., h. 18, 19. — 4. Dans une petite galère de bois. 5. T., h. 20.

Tel est l'exemple qu'à titre d'excuse, Villon alléguera d'après Valère Maxime. Mais, là encore, le poète cite de mémoire ; car cette historiette, il a dû la lire dans le Policratictis de Jean de Salisbury, ou bien dans la traduction française par Jean de Vignay du Liher scacorum de Jacques de Cessoles, qui l'emprunta lui-même à la Cité de Dieu de saint Augustin ' :

Se Dieu m'eust donné rencontrer Ung autre piteux Alixandre Qui m'eust fait en bon eur entrer, Et lors qui m'eust veu condescendre A mal, estre ars et mis en cendre Jugié me feusse de ma voix.

Nécessité fait gens mesprendre Et faim saillir le loup du bois ^.

Et Villon jette ici un regard très mélancolique sur sa jeunesse flétrie, sa misère, l'abandon où ses parents l'ont laissé ' :

Je plaings le temps de ma jeunesse, Ouquel j'ay plus qu'autre galle 4 Jusques a l'entrée de viellessè Qui son parlement m'a celé.

Il ne s'en est a pic allé N'a cheval : helas ! comment don ?

Soudainement s'en est voilé Et ne m'a laissié quelque don.

Allé s'en est, et je demeure, Povre de sens et de savoir, Triste, failly, plus noir que meure, Qui n'ay n'escus, rente, n'avoir ; Des miens le mendre, je dis voir, De me desavouer s'avance.

Oubliant naturel devoir Par faulte d'ung peu de chevance.

Ce ton grave ne durera pas ; c'est bien parce qu'il a dépensé le peu qu'il possédait %

1. Sur ces faits, voir L. Thuasne, Villon et Rabelais, appendice I, p. 418-430.

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