Jean de Jandun dans Paris et ses historiens, p
Guillaume de Villon intervenant dans plusieurs importantes affaires litigieuses de ce temps '.
Sans qu'on puisse le dire bien riche, sa vie sage et réglée assure à cette « vénérable et discrète personne » une bonne situation matérielle, doublement respectée dans le sacerdoce du prêtre et la fonction de professeur de droit. A Paris, Guillaume possède plusieurs maisons qu'il loue : celles de la Pomme Rouge'' et du Co^ ^ rue Saint-Jacques; la Cuiller dans le cloître"^ ; le Papegault rue Saint-Honoré \ Il a des vignes au Clos aux Bourgeois, non loin de la Porte Saint-Michel ^ Enfin, c'est là le couronnement d'une vie sage de chapelain et de professeur, cet avisé Bourguignon, qui a conservé des attaches avec son pays d'origine, devient seigneur de Malay-le-Roy, un fief noble qu'il avait pu acquérir des anciens seigneurs ruinés en usant du privilège des bourgeois de Paris : là, sur une grande terre, des prés, des vignes, des villages, il avait toute justice, et même une potence sur laquelle aurait pu finir son protégé ".
1. En 1435, le 22 octobre, exécuteur testameniaire avec Jean Guy, clerc de Guillaume le Duc, président en Parlement, de la succession de Jean Luillier, conseiller, il sollicite d'être déchargé de ce compte « attendu qu'il va en loingtain voyage et ne sçait le temps de son retour » (Bibl. Nat., Clair., 763) ; en 1448, il est curateur des biens de feu M^ Pierre de Villiers (A. Longnon, Etude biographique, p. 21) ; le 15 janvier 145 1, des biens de la riche succession de Jean Picquet, et il s'oppose aux criées (Arch. Nat., Z'F 15).
2. Louée à un charpentier, Pierre Belée, en 1449 (Arch. Nat., S. 896 ^).
3. En 1462 il s'oppose aux criées de cette maison : pour la faire réparer il a dépensé 10 1. (Arch. Nat., Xia48o9, fol. 84 w°).
4. Le 20 mai 1454 cette maison est donnée à bail à Geneviève Adam, fille émancipée de Thévenin Adam, épicier. (Arch. Nat., S. 891 »).
5. Le II mars 1452 (n. st.) le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois décide de poursuivre Guillaume de Villon et autres détenant cette maison à raison d'une dette de 60 s. p. : ce procès durait encore en 1454. (Arch. Nat., LL, 396, fol. 9, 38).
6. Le 12 décembre 1467 il en loue une partie à Pierre de la Bretesche, boucher de Saint-Germain des Prés (Arch. Nat., LL. 463).
7. En 141 1, Hervy Chaucy, écuyer, était seigneur de Malay et sa terre mise en criées (Arch. Nat., X'» 8301, fol. 468); en 1465, Guillaume de Villon appelait au Parlement d'un sergent ro\'al au sujet de l'exercice de ses droits de seigneurie et plaidait contre les religieux de Saint-Rémi de Sens. Le lieu appelé la Potence avait appartenu à feu la comtesse de Sancerre (Arch. Nat., Z'F 24, fol. 174). — Sur tout cela cf. Marcel Schwob, François Villon, rédaction et notes, p. 59-61.
Les relations que Guillaume de Villon entretient à Paris sont à son avantage : il fréquente par exemple chez Jacques Séguin, prieur de Saint-Martin-des-Champs, un religieux tenant bonne table et recevant tout le Paris ecclésiastique et parlementaire d'alors ' : il y dînait avec Michel Piedefer, avocat au Châtelet, fils de l'ancien président au Parlement % et Jean Turquant, lieutenant criminel du prévôt de Paris ; il a pu rencontrer chez lui le premier président du Parlement de Paris, l'évêque, Pierre Gay qui fut officiai de l'évêché de Paris, Jenilhac, le trésorier de la Sainte-Chapelle, Philippot de la Salle, Jean de Brosse, seigneur de Boussac, Pierre Aymer\% le maire de la justice de Saint-Martin ; Jean Charpentier et Jean Villain ; M. le général des finances ; l'abbé de Notre-Dame de Poitiers ; M. de Viviers (Elie de Pompadour) et plusieurs seigneurs de Parlement ; Jean Berton, Pierre Malaisée, chirurgien du roi ; Gaspard Bureau, le maître de l'artillerie, à qui Séguin empruntait de l'argent; Jean de Saint-Germain ; Germain Rapine et plusieurs autres procureurs et avocats au Châtelet, comme Jacques Charmolue, Guillaume de Bosco, Jean Tillart, examinateur, Jean Doulxsire, Jean Chouart; M^ François Ferrebouc, le notaire pontifical. Jacques Séguin recevait aussi parfois des dames : la présidente de Scepeaulx (la femme du premier président), qui venait « banqueter avec ses demoiselles » ; Jeannette Davy (sans doute la fille ou la femme de ce Davy, ou David, que l'on rencontre habitant le quartier) et la Regnaulde,
Sur cette table ecclésiastique on trouvait toujours grands barbeaux, carpes, saumons salés, perches, merlans frits, anguilles et huîtres ; poussins, chapons à la sauce Madame, longes de veau, pigeons, oisons, lapereaux, épaules de mouton et grosses pièces de bœuf, perdrix, chevreaux et pâtés, pieds de
1. Ce que Luce a écrit sur ce personnage (La France pendant la guerre de Cent ans, I, p. 339 et suiv.), résulte d'une interprétation incomplète et arbitraire des documents, comme l'a démontré Marcel Sch\\ob, François Villon, rédaction et notes, p. 47-48.