Sauvai, La Chronique scandaleuse de Paris, p
tuels. Ce sont des questions toutes pratiques qui vont mettre aux prises les curés et les ordres : celles de la confession et de la sépulture des morts'.
Les Mendiants alléguaient à ce sujet la constitution de Boniface VIII Super cathedram, confirmée par Clément V au Concile de Vienne, et par laquelle il était permis aux Frères Prêcheurs et Mineurs de confesser, de faire des prédications dans les églises, d'ensevelir les morts, privilèges qui avaient été étendus un peu plus tard aux Augustins et aux Carmes.
Un homme s'était élevé à Paris contre ces prétentions : c'était Jean de Poullieu, docteur en théologie de l'Université de Paris, un célèbre prédicateur, que Villon a cité précisément à côté de Jean de Meung et de Matheolus, parmi les libres esprits qui combattirent les Mendiants ^ Mais Jean de Poullieu avait encouru une condamnation du pape Jean XXII, comme jadis Guillaume de Saint-Amour s'était vu condamner par Alexandre IV. Les erreurs de Poullieu étaient les suivantes : il avait professé que ceux qui s'étaient confessés à des religieux étaient obligés de s'adresser en outre aux curés ;
1. « Entre les doien et chapitre de S. Quentin en Vermandois, demandeur... et frère Jehan d'Alouse, défendeur, etc. G. Lecoq... dit que lesd. demandeurs sont seigneurs espirituels de S. Quentin... mais les Cordeliers s'efforcent chascun jour d'entreprendre sur leurs drois et se ingèrent de célébrer et dire messe es maisons et hostelz desd. paroissiens ethabitaus; soubz umbre de ce, oyent les confessions des habitans et administrent le sacrement... induisent aussi les malades à faire testament et à élire leurs sépultures en leur église ; et quant ilz sont trespassez les emportent en leur église... Dit que, depuis et pendant le procès, les Cordeliers ont fait célébrer plusieurs messes esd. hostelz, et mesmement en la maison d'une damoiselle... Maistre Jehan Panecher, docteur en théologie, pour l'Université de Paris... dit que à S. Quentin y a belle église et beau chapitre ; mais les Cordeliers veulent faire office de curez et viennent es maisons célébrer, etdient qu'ilz peuvent célébrer tihkumque...; et s'il en estoit ainsi^ s'en pourroit ensuivir grant inconvénient, car ilz pourroient chanter en lieu deshonneste... Dit que les Cordeliers furent confirmez l'an mil deux cens, et n'avoient lors habitacions ; et après eurent habitacions es champs ; et maintenant l'ont in civitatihus, et ont grans églises et belles maisons, et leur doit suffire chanter en leurs églises. Dit que au temps qui court chascun n'est content de son estât : et disent les gens mariez que les gens d'église sont bien aises ; et aussi disent les gens d'église que les mariez sont plus aises que eulx... Requiert que jura episcoporitm et curalorum observentur. » (Arch. Nat., X'» 481 1, 28 novembre 1468).
que, suivant le décret Utriusque sexus, Dieu lui-même et le pape ne pouvaient dispenser les paroissiens de se confesser une fois l'an à leur curé.
Dans le milieu ecclésiastique où fut élevé Villon, on dut beaucoup parler de ces fameuses constitutions qui portaient une telle atteinte aux curés de Paris ; et ceux-ci, comme jadis, furent amenés à dire que les Mendiants n'étaient que des débauchés délivrant des pardons à qui leur faisaient des offrandes, et tirant de l'argent des femmes ' : on les appela « frapparts » et « papelarts ». Ces gros crachats blancs qu'un malade expectore, François Villon les nommera des Jacopms\
Plus d'une fois aussi les ordres intriguèrent à Rome pour obtenir confirmation des privilèges que ne voulaient pas reconnaître les curés de Paris. C'est ainsi qu'ils furent renouvelés par Eugène IV, par Nicolas V ; et Calixte III, celui-là que Villon a nommé dans la Ballade des hommes du temps jadis le tiers Calixte \ condamna les erreurs universitaires de Jean de Poullieu, cet homme abominable qui avait déclaré que les religieux mendiants n'étaient pas pasteurs mais bien des larrons, des voleurs, des loups, et qu'un curé, ayant le droit d'entendre les confessions, a plus de pouvoir qu'un pape avec le décret Omnis utriusque sexus -^, C'est ce décret précisément que Villon léguera plaisamment aux curés de Paris* :
Et le décret qui articulle Omnis utriusque sexus.
Contre la Carmeliste bulle Laisse aux curez, pour mettre sus.