‹ François VillonChapitre 115 sur 262 · Du Boulay, Hist. Universitatis., V. p · texte numérisé non relu

Du Boulay, Hist. Universitatis., V. p

3. Arch. Nat., X-» 4805, fol. 141 v°. — 4. Ibid., fol. 151. 5. L., h. 32. — 6. Flans.

Et puis preschier les Quinze Signes ', Et abatre pain a deux mains ^.

Carmes chevauchent noz voisines, Mais cela ne m'est que du mains.

La paix pourra se conclure sous les auspices du Parlement entre l'Université, les curés et les ordres, en 1457 ' : Villon conservera ses amitiés et ses haines. Aussi, dans le Testament, trouverons-nous encore une allusion

Aux pauvres filles advenantes Qui se perdent aux Jacobins 4 ;

une série de legs facétieux aux moines ' :

Item, aux Frères Mendians, Aux Dévotes et aux Béguines, Tant de Paris que d'Orléans, Tant Turlupins que Turlupines ^, De grasses souppes jacoppines7 Et flaons leur fais oblacion ;

1 . Les Signes avant coureurs du Jugement Dernier. C'était là un thème favori de prédication parmi les Mineurs. — On trouvera une représentation populaire des Quinze Signes dans V Art de bien vivre et de bien mourir, édité par A. Vérard.

2. C'est-à-dire recueillir le pain et les offrandes des deux mains. Les ordres mendiants parcouraient alors Paris en sollicitant des aumônes.

3. Des délégués furent nommés par les deux parties dès le 30 août : l'Université comptait parmi les siens Pierre Du Vaucel, chanoine de Saint-Benoît ; Guillaume Cotin représenta le Parlement ; Pierre Maugier, qui étudia et professa le droit en même temps que Guillaume de Villon, fut délégué pour le Décret. — L'affairé se termina le 8 octobre 1457. (Du Boulay, op. cit.).

6. Frères et sœurs de la Pauvreté, condamnés comme hérétiques à Paris, le 4 juillet 1372, et bridés avec leurs livres, leurs habits, au Marché aux Pourceaux et en Grève (Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, p. 334-335). Ils professaient, parait-il, des pratiques cyniques. Des hérétiques de ce nom furent arrêtés à Douai, le 25 mars 1420 : l'évêque d'Arras instruisit leur procès. Leur prédicateur, de Valenciennes, et six hérétiques furent brûlés avec leurs livres. — De bonne heure on équivoqua sur ce nom (Jubinal, Mystères, I, p. 278) :

C'est malotru, cornart, testu, — L'abesse des Tirelopines.

7. C'étaient des soupes grasses et renommées. En voici la recette : « Soppe jacopine de pain tosté, de frommage du meilleur que on pourra trouver et mettre sur lez tosteez et destramper de boullon de beuf et mettre dessus de bons pluviers rotiz ou de bons chappons. » (Bibl. Nat., ms. lat. 6707, fol. 184, cf. Marcel Schowb, dans la

154 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS

Et puis après, soubz les courtines, Parler de contemplacion '.

Si ne suis je pas qui leur donne ; Mais de tous enffans sont les mères :

Et puys Dieu, ainsi les guerdonne.

Pour qui seufFrent paines ameres.

Il faut qu'ilz vivent, les beaulx pères ^, Et mesmement ceulx de Paris, S'ilz font plaisir a nos commères, Hz ayment ainsi leurs maris.

Qjuoy que maistre Jehan de PouUieu En voulsist dire, d r cliqua.

Contraint et en publique lieu, Voulsist ou non, s'en révoqua 3 ; Maistre Jehan de Mehun s'en moqua 4; De leur façon si fist Mathieu 5 ; Mais on doit honnorer ce qu'a Honnoré l'Eglise de Dieu.

Romania, XXX, p. 591 note). A. Jubinal cite une recette analogue qu'il a tirée d'un Vieux Cuisinier François (Œuvres complètes de Riitebenf, I, p. 186, n.). — On disait analogiquement (Eloi d'Amerval, Grant Deablerie, 1. II, ch. xiii) :

Boire aussi a l'advenent — Sa belle quarte jacopine

Cf. l'expression « emmailloté en Jacopia » dont a usé Villon (L., v. 151).

1 . Il n'est pas impossible que, dans la façon de dire ce vers, on fît une équivoque comme celle dont usa Henri Baude (Pflr«a55« satyrique, p. 163, 5).

2. Nom populaire donné aux moines. — Voir sur l'ironie de ce titre le ch. VIII, § i .

3. Il est fait allusion à la rétractation de Jean de PouUieu dans la bulle d'Alexandre V, du 12 octobre 1409, en faveur des Frères mendiants (Denifle et Châtelain, Chartularitim Universitatis Parisiensis, IV, p. 166).

4. Voir ce que dit surtout Faux-Semblant de l'hypocrisie des religieux (Roman de la Rose, 2= partie). Jean de Meung, faisant allusion à ce « vaillant homme » qui « tant brassa pour vérité » [Guillaume de Saint- Amour], vise certainement les Mendiants. Comme Villon il est inspiré dans sa haine par l'esprit :

De l'Université qui garde, Le chief de la chrestienté.

5. Il s'agit du célèbre clerc boulonnais Matheolus (Me Mahieu, en son picard), qui vécut à la fin du xiiie siècle. Il est l'auteur d'un Liber lameiitatiomim dans lequel, condamné comme bigame, il se montra extraordinairement misogyne et anticlérical : il attaqua entre autres les Mendiants avec la dernière violence (v. 1265-1361 du poème latin). Mais ce n'est pas là le texte que Villon dut connaître (l'ouvrage fut envoyé à quelques amis, détruit probablement, et un seul exemplaire subsiste aujourd'hui à la bibliothèque de l'Université d'Utrecht). Il a usé de la paraphrase de Jean Le Fèvre, qui obtint un grand succès depuis la fin du xiv^ siècle. Le Fè\Te n'a pas osé toutefois

Si me soubmectz, leur serviteur En tout ce que puis faire et dire, A les honnorer de bon cuer Et obeïr, sans contredire ; L'homme bien fol est d'en mesdire, Car, soit a part ou en preschier, Ou ailleurs, il ne fault pas dire Se gens sont pour eux rovenchier '.

Item, je donne a frère Baude 2, Demourant en l'ostel des Carmes, Portant chiere hardie et baude, Une sallade et deux gu3'sannes.

Que Detusca et ses -gens d'armes Ne lui riblent sa caige vert.

Viel est : s'il ne se rent aux armes. C'est bien le deable de \'auvert.

Enfin Villon déclarait que les Mendiants avaient « eu son oye », soit que ce fût là une façon proverbiale de parler, soit qu'il ait lu ou vu jouer Patelin dès 1460, ce qui n'est guère vraisemblable \

traduire les vers violents du bilieux Matheolus : il en a résumé l'esprit. Villon a pris à Le Fèvre le nom de ttirlupins (y. 1765^ :

Aujourd'hui soubz tnrlupinage — Trouveroit on en tapinage. — Envie, dol, ipocrisie... — Especialement as Béguines.

L'esprit du h. 108 et 109 reproduit complètement celui de Le Fèvre, v. 1794-1806 : Combien que Mahieu en son livre, — En ait assés versifié, — Et leurs meurs diversifié, — Si fist maistre Jehan de Meun ; — Tous les reproches un à un — Ou chapitre de Faulx Semblant. — Je m'en tais, si m'en vois amblent — Le chemin que j'ai commencié. — Je pourray bien estre tencié — Ou mauldit par inadvertence. — Je n'en puis mais se l'on me tence ; — C'est pour bien quanque j'en diray... — Cy après m'en escondiray.

(Cf. L^s Liiinentatjons de Matheolus et le livre de leesce de Jehan Le Fèvre de Resson pp. A. G. Van Hamel, 1892- 1905, dans la Bihl. de l'Ecole des Hautes Etudes).

1. Tout ceci fort ironique, et conforme aux propositions déjà formulées par Guillaume de Saint- Amour contre les ordres mendiants ; §17. Que les vrais apôtres ne suscitent point de querelles ni de mauvaises affaires à ceux qui ne veulent pas les i^evoir : § 18. Que les faux apôtres sollicitent les princes et provoquent leur colère contre ceux qui leur résistent : § 2 1 . Que les vrais apôtres sont patients dans les tribulations et ne rendent point le mal pour le mal, comme font ces nouveaux venus. (Cf. l'Histoire des Ordres Mendiants, 1767, p. 186 et s.)

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