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Il rendit les comptes de cet office le 27 septembre

SA JEUNESSE l6j

rience et de science, vir expertus et litteratus \ C'est en cette qualité de visiteur qu'il dut se rendre maintes fois à Saint-Benoît, entre autres le 3 juillet 1449, jour d'une visite contre laquelle protestèrent les chanoines de cette église ^

En 1440, Guillaume Cotin fut élu doyen du chapitre de Paris, mais sans pouvoir être officiellement reconnu dans ses fonctions : Gilles le Lasseur prétendait en effet jouir d'une bulle pontificale de collation, qui lui fut contestée bientôt par Jean de Vailly, doyen d'Orléans, en vertu d'un privilège analogue : le 3 janvier 1457 l'évêque de Paris mettait tout le monde d'accord, en nommant un troisième candidat, M^ Aubert de Rouvroy de Saint-Simon ' ! Toutefois, pendant cette longue querelle, Guillaume Cotin se considéra comme doyen de Paris : on le voit s'intituler encore commissaire désigné à tenir l'Echiquier de Normandie, en 1454.

Mais il était vieux alors et bien fatigué de tous les soucis d'une vie trop active pour lui. Le 28 novembre 1455, ^^ attendu son antiquité et la faiblesse de sa personne », le chapitre de Notre-Dame déclarait qu'on le considérerait toujours comme présent, et qu'il ait l'église pour recommandée ^. Il devait traîner plusieurs années encore. Le 28 février 1461 (n. st.) Guillaume Cotin reçut du chapitre de Notre-Dame l'autorisation de manger des œufs et du beurre pendant le Carême : de toute l'année il ne parut pas au chapitre ^ . Cette dispense lui fut renouvelée le i'-^'' mars 1462. Il dut mourir peu de jours après, car Pierre du Vaucel, chanoine de Saint-Benoît, succéda à son canonicat à Saint-Merry, le 1 1 de ce mois : Guillaume Cotin laissait pour héritiers ses neveux, les enfants de feu Andry Cotin, conseiller au Parlement, et de Jeanne de Paris, ellemême d'une famille parlementaire ^.

Nousen savons assez maintenant pour voir dans les huitains de Villon autre chose qu'une agréable peinture de deux pauvres

I. Arch. Nat., LL. 114. — 2. Arch. Nat., LL. 120. — 3. Arch. Nat., LL. 115, 120. 4. Arch. Nat., LL. 118, p. 625. — 5. Arch. Nat., LL. 120. 6. Bibl. Nat., Clair., 764, 14 juillet 1462; 15 mai 1467.

clercs de son temps. Ils n'étaient point « tout nuds » ceux-là qui possédaient à Paris rentes, maisons, relations puissantes, charges de justice et de finance. S'ils « parlaient latin », c'est qu'ils étaient tous deux chanoines de Notre-Dame, où le latin était la langue officielle. Ils n'étaient pas de « paisibles enfants » ces vieux décrétistes procéduriers ; ils n'étaient pas humbles : l'un pouvait s'enorgueillir de ses richesses ; l'autre, de sa situation prépondérante. Mais quand il les dit « bien chantans au lectry », François Villon montre assez l'origine de la querelle qu'il leur cherche. Il a pu les voir à Saint-Benoît, en 1449 par exemple, alors qu'il avait dix-huit ans, venir chanter au lutrin l'antienne du saint, pour la confusion des chanoines de la pauvre communauté qui devaient bien rire, derrière eux, de leurs vieilles voix cassées ; car eux, on se le rappelle, ils prétendaient ne savoir pas bien chanter, quand, à cette cérémonie, ils devaient leur répondre.

Voyons maintenant les legs gouailleurs que l'écolier entend leur faire. A ces gens riches, il laissera le cens sur la maison de Guillot Gueuldry, qu'il faut sans doute reconnaître dans une maison insolvable de la rue Saint-Jacques, et qui devait précisément le cens ou fonds de terre à Notre-Dame ' ; une enseigne très connue de Paris, celle de la Crosse, rue Saint- Antoine: plaisanterie assez bonne sur ces personnages qui doivent bien désirer de devenir évêques^ ; un billard, c'est-à-dire

1. Marcel Schwob a identifié cette maison avec un hôtel sans enseigne, dit de la Longue Allée, situé rue Saint-Jacques, entre le Lion d'Argent et le Coq, maison donnée à bail perpétuel, le 7 janvier 1423, à « Laurent Gauldry, boucher ». Or ce Gauldry était un boucher qui avait pris à bail des religieux de Saint-Benoit plusieurs étaux à boucher, dans la rue Saint-Jacques, et une maison près de Saint-Mathurin. Il ne paya jamais la rente de ces maisons. — On trouve le 12 mai 1461 un Guillaume « Geudry » appelant du prévôt de Paris et de Jean Quisait et sa femme. (Arch. Nat., X'» 8307, fol. 78 v°); un Guillaume « Gueuldry )>, appelant du prévôt de Paris et de Michel Grignon, le 20 février 1464, n. st. (Arch. Nat., X'» 4807, fol. 227). Son procès avec les cheveciers et chanoines de Saint-Etienne des Grés était au rôle, le 5 mars 1470, n. st. (Arch. Nat., X'» 481 1, fol. 307); le 4 juin 1472 on le trouve dans un autre procès contre Jean Quélin, marchand fripier (Arch. Nat., X'a 4813, fol. 331).

2. « Item et pareillement durant le temps dessusdit ont vaqué plusieurs grospriorez, doyennez, prévostez, commanderies et autres dignités électives sans crosse, jusques

le bâton de bois recourbé qui servait à pousser les boules sous des arceaux, à terre ou sur une table (plaisanterie obscène dans la pensée du jeune écolier, et bien déplacée à l'égard de ces vieilles gens) ' ; enfin, à ceux-là qui ont tout, un pot plein d'eau de Seine, qui ne doit pas être leur boisson ordinaire, ne paraîtra pas superflu.

Les plaisanteries que Villon se permet à l'égard de ces vieux chanoines sont peut-être plus cruelles dans le Testament. Encore une fois il rappelle le legs de ce cens, « seur comme qui l'auroit en paulme », établi jadis sur l'hôtel de « Gueuldry Guillaume ». Mais comme, à cinq ans de distance, le temps pèse un peu plus sur leurs épaules, ces vieux chanoines tout courbés, François Villon les dira « droiz comme jons » ; ces vieillards « jeunes et esbatans », il les voit déjà « bien autres dans trente ans » (hélas, pour eux et pour nous !) ; avec les années ils sont devenus encore plus beaux et plus gentils ; certes ils ne dorment pas, tels des loirs, au chœur de la cathédrale ! Mais cette fois Villon, toujours charitable, tient à leur faire un legs nouveau : celui des bourses des Dix-Huit Clercs.

C'était un pauvre petit collège \ jadis fondé au cloître Notre-Dame pour hospitaliser les clercs malades, puis établi devant la porte de l'Hôtel-Dieu de Paris, sur le Parvis, proche Saint-Christophe. Cette maison, qui devait recevoir dix-huit pauvres clercs, demeura en partie abandonnée après les misères de 1418 ' : et les doyen et chapitre de Notre-Dame avaient sur ce collège toute juridiction, sans dépendre en rien de l'Uni-

au nombre de deux cens et plus. » (Remontrances sur la Pragmatique Sanction faites par le Parlement au roi Louis XI, art. 75). Il s'agit de bénéfices non attribués par les évêques.

1. Cf. J'ay un billard — De quoy biller souloye... — Mais mon billard — Si est tout debiffé — C'est de souvent frapper dedans la roye.

(S'ensuivent plusieurs belles chansons nouvelles et sont nombre de iiij^^ et dix, fol. E. i. V; Recueil de Farces de Le Roux de Lincy, p. 6 et la « Farce joyeuse des Savatiers. »)

2. Du Breul, op. cit., p. 654; Lebeuf, add. Cocheris, I, p. 61 ; F. Bournon, Rectifications et additions, p. m.

3. Arch. Nat., X'«48o3, 20 décembre 143 1, 9 mars 1452, n. st.

l66 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

versité '. Villon cédait donc à Guillaume Cotin et à Thibaud de Vitry ce qu'ils avaient déjà ; et même rien. Mais il y a pis. C'était l'Hôtel-Dieu de Paris qui devait alors nourrir ces pauvres clercs, leur fournir les vivres, les écuelles, le linge et le vêtement : et par contre les écoliers, établis en face de la porte de l'hôpital, avaient coutume d'aller jeter l'eau bénite et dire de brèves oraisons, quand les corps des trépassés en sortaient. Ces écoliers étaient donc une façon de croque-morts : ils portaient la croix, l'eau sainte, et récitaient les psaumes de la pénitence sur les pauvres morts de l'Hôtel-Dieu \

Tel était le collège où Villon laissait des bourses à de vieux chanoines qui vont bientôt prendre le chemin des trépassés, comme ceux-là qui sortent du grand hôpital. Mais puisque toute collation ne s'obtient qu'à force de sollicitations, il ne manquera pas d'écrire en leur faveur. Au fait pourquoi Villon s'intéresse-t-il à eux ? M' François n'a pas cependant connu leurs mères : certes, puisque les pauvres femmes, mères de ces septuagénaires, avaient dû mourir sous le feu roi Charles VI, alors que Villon n'était pas né !

Tout cela ne laisse pas de nous montrer combien l'ironie de François sait être cruelle'. Il n'était pas bon. Mais sans doute aussi ces attaques devaient profondément divertir les religieux, si fort ennemis les uns des autres. On devait bien en rire à Saint-Benoît. Et peut-être ces traits, d'autres semblables, cruels et bouffons, lui attiraient la faveur de cette communauté, ou du moins l'indulgence de M^ Guillaume de Villon qui avait jadis tâté des prisons de Notre-Dame.

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