Du Breul, op. cit., p. 452 et s
Isabcau de Cambrai, fiUc du premier président, avait fait aux Chartreux une fabuleuse donation et dépesé chez eux une grosse marmite remplie d'or, de joyaux et de pierreries '.
Il faut le dire : au temps de Villon l'opinion n'était pas favorable aux Chartreux ; mais on doit reconnaître aussi que les curés les haïssaient âprement. On les accusait de sortir de leur cloître, d'errer à toute heure à travers la ville, d'aller visiter les malades qui ne lès avaient point demandés, ce qui était bien l'office des curés; et l'on disait aussi que les plus riches personnes de Paris les feraient bientôt toutes leurs héritiers'. Pour Villon, le maigre garçon qui ne mange pas toujours à sa faim, ces Chartreux-là sont surtout des gens qui se nourisscnt bien ' :
Bons vins ont souvent embrochiez 4,
Saulces, brouets et gros poissons.
Tartes, flaons, oefs fritz et pochiez.
Perdus, et en toutes façons ;
Pas ne ressemblent les maçons >
Que servit fault à si grant peine :
Hz ne veulent nuls eschançons ;
De soy verser chascun se peine.
Ces pauvres Chartreux, qui édifiaient le grand monde parleur austérité, sont associés dans sa pensée aux riches Célestins ! Pour ces derniers, du moins, nous savons qu'ils vivaient bien : les comptes de leur chapitre mentionnent fréquemment les grosses anguilles, les grands barbeaux, les belles carpes, les carreaux, les moyens brochets, les brochetons rôtis, les turbots, de succulentes pâtisseries comme ces baudriers et ces tartes à la crème qu'on appelait darioles ^. Et quand plus tard, ayant fait, lui, une si triste expérience de la misère, François Villon pensera au sort des gracieux et riches jeunes gens qu'il a connus