‹ François VillonChapitre 172 sur 262 · Du Breul, op. cit., p · texte numérisé non relu

Du Breul, op. cit., p

2. Poésies div., XVI, 36. Cf. le texte de Michel Menot : « Non capiamm eos qui fuerunt a tempore régis Clotarii : loquamur de eis quos vidistis tempore vestro... » (Sermones, Parisius, 1530, fol. 95 v»). Il y a lieu de remarquer toutefois, à la suite de l'abbé Prompsault, que les rois Clotaire III (f 666) et Clotaire IV furent enterrés à Saint- Denis où ils n'eurent d'ailleurs pas de tombeaux. (J. Doublet, Histoire de l'abbaye de

2 lé FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS

On pouvait rentrer dans la ville en passant sous la porte de Buci, ou bien par la poterne de l'hôtel de Nesle. Cette demeure était adossée à la muraille, occupant l'angle formé par les rives de la Seine et le fossé, large à cet endroit. Elle venait d'être embellie par le duc de Berry qui y avait fait construire des galeries, une chapelle, une librairie, et y avait logé à l'abri des murailles ses gens et ses chevaux durant les guerres.

Pendant la domination anglaise, ce bel hôtel fut souvent la résidence de la reine Isabeau. Rentré en possession de ce manoir, le roi Charles VII en avait fait don en 1446 à « Artus, le duc de Bretaigne », que nous avons déjà rencontré rue Hautefeuille, afin de récompenseras services que le connétable lui avait rendus pendant la guerre'.

Quant à la tour dite de Nesle, elle touchait à cet hôtel, faisait partie depuis longtemps de cette demeure, et regardait le donjon du Louvre : on l'appelait alors communément la tournelle de Philippe Hamelin.

Mais cette tour était le plus souvent inhabitée. Comme toutes les vieilles tours, elle avait sa légende ^ : une effrayante histoire d'une certaine reine Blanche ou de Navarre, on ne savait pas au juste.

Ce conte circulait parmi les écoliers au temps de Villon, surtout parmi ceux qui avaient étudié au collège de Navarre. Et, quand ils avaient bien bu à la taverne, c'était un usage parmi eux de porter une santé ironique à la reine Blanche ou de Navarre :

Saint-Denys, Paris, 1625, p. 1265). François Villon a pu connaître ce fait et vouloir désigner Montfaucon, sur le chemin de Saint-Denis. Le vers qui suit : Aux champs, debout comme ung espie

le donnerait à entendre. Pour ma part j'incline à l'interprétation proverbiale.

1. Berty et Tisserand, Région occidentale de V Université, p. 58-43.

2. Brantôme a désigné pour la première fois positivement la tour ; les autres témoignages disent le Palais sur la Seine. — Abandonnée au guet de nuit entre 1447 et 1449 (Arch. Nat., KK. 406, fol. 47 vo), puis à un concierge à qui l'on accordait l'herbe des fossés afin qu'il nourrît sa vache (Ibid., fol. 52), la tour de Nesle fut habitée et gardée entre 1450 et 1471 par Pierre du Moncel, huissier des Requêtes, pour 20 s. p., mais « à charge d'y faire des fenestres ». Cf. les legs du T., à Jean le Cornu et à Philippe Brunel.

Bibamus Régine Blanche vel Navarre quefecit talia et talia \ L'imagination des buveurs se donnait ici libre cours : ils accumulaient alors forfaits sur forfaits. La fin de Buridan était l'un d'eux :

Semblablement, ou est la royne ^ Qui commanda que Buridan Fust jeté en ung sac en Seine ?

Quelle était l'origine de cette légende ? Sans doute elle provenait d'une confusion faite entre la respectable fondatrice du collège de Navarre, épouse de Philippe le Bel, et les brus du roi dont l'inconduite fut notoire ' : car ce grand scandale fut enregistré entre autres dans l'histoire officielle de la monarchie, les Grajides Chroniques de Saint-Denys "^ . Il eut donc à Paris un immense retentissement ; la chronique rimée des Royaux lignages l'assure avec raison de cette affaire :

Au royaume dont l'en parlera Tant come le monde dureras.

Car, au printemps de l'année 13 14, on avait vu arrêter les trois belles-filles de Philippe le Bel sous l'inculpation d'adultère : un chariot, couvert de noir, avait transporté au Château- Gaillard Marguerite, femme du dauphin (Louis X), Jeanne, femme du comte de Poitiers (Philippe le Long), Blanche, épouse de Charles de la Marche (Charles IV le Bel). Et comme Marguerite et Blanche furent convaincues d'avoir mal gardé leur mariage et commis le péché d'adultère en compagnie de chevaliers jolis et gais, elles furent dépouillées de leurs

1. Témoignage de Jean le Munerat, chantre de la Sainte-Chapelle, et ancien élève du collège de Navarre, dans sa Restitutio famé illustrissime principis prestantissime domine Johanne Francorum quondam Navarre regine, publiée à Caen le 23 avril 1499. (Bibl. Maz., inc. 687, texte signalé par L. Thuasne, Villon et Rabelais, p. 433, n.).

3. Voir ce que Gaguiil a déjà dit à ce sujet dans son Covipendium (L. Thuasuc, Villon et Rabelais, p. 436).

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