‹ François VillonChapitre 183 sur 262 · Jean de Jandun, dans Paris et ses historiens, p · texte numérisé non relu

Jean de Jandun, dans Paris et ses historiens, p

4. J'ai utilisé les descriptions de Jean de Jandun, de Guillebert de Metz, d'Antonio d'Asti, les précieux renseignements de Du Breul, les copies de Sarrasin, VioUet le Duc, et l'excellente monographie de Marcel Aubert, La Cathédrale de Paris, 1909.

le trouvaient trop lent dans ce travail et estimaient que son grand échafaudage les privait de lumière '. A gauche se trouvait ce bois de lit sur lequel on exposait aux jours de fête les enfants abandonnés, afin d'exciter le bon peuple à leur faire la charité. Du même côté, au premier pilier, un chevalier était représenté à genoux sur une colonnette de pierre : c'était noble homme messire Antoine des Essarts,. chevalier, conseiller du roi Charles VI, qui avait fait élever la statue de saint Christophe l'an 141 3, ayant miraculeusement échappé au massacre des Bourguignons. La dévotion à l'Hercule chrétien était alors fort répandue. On croyait qu'il suffisait d'avoir contemplé son image pour échapper, le jour durant, aux dangers du feu, de l'eau, à la mort subite. Robert d'Estouteville, le prévôt de Paris, partageait cette dévotion ^Villon ne l'ignorait pas puisqu'il Fa nommé le a seigneur qui sert saint Cristofle ».

Plus loin, dans l'ombre, sur le dernier pilier à droite, se dressait une sorte de mannequin portant l'armure royale et chevauchant un cheval bardé de fer, à jupe fleurdelisée : c'était^ disaient les uns, le vœu de Mons-en-Puèle, et suivant les autres le trophée de Cassel ^. La porte qui ouvrait de ce côté du transept était celle de l'évêque.

Le chœur de la cathédrale était clos d'un mur ajouré : un immense crucifix se dressait au-dessus de la porte du jubé où étaient représentées des scènes de la Passion et de la Résurrection du Christ : on voyait à droite une grande image de la Vierge devant laquelle demeurait toujours agenouillé un peuple de dévots. Les orfèvres déposaient leurmay devant cette image. Et il y avait là aussi un tronc d'où un clerc ingénieux savait tirer l'argent à l'aide d'une courroie enduite de glu : cela s'appelait prendre au glus. Sans doute c'était là un de ces beaux clercs « près prenans comme glu » que ce Marcelet Coteret', et bien digne d'entendre la ballade que Villon adressera aux « enfants perdus ». Des cierges, que l'on achetait sous le portail

I. Arch. Nat., LL. 1 12, p. 64 ; LL. 270, p. 192. — 2. Paris et ses historiens, p. 244- ^45. — 3. Arch. Nat., LL. 117, p. 112. 4 octobre 1451.

correspondant au saint Christophe ', ou aux échoppes du parvis, brillaient jour et nuit devant l'image sainte. Non loin, sous une représentation de l'Enfer, on voyait une sorte de marmouset de pierre, une laide grimace, M^ Pierre de Cuignières, appelé irrévérencieusement du Cuignet. Pour éteindre les cierges on les frappait contre ce grotesque, en qui était bafoué un vieux légiste dont le crime fut d'avoir parlé jadis contre les privilèges de l'Eglise \

En jetant un coup d'œil par la porte principale du chœur, on apercevait le tombeau de cuivre d'un évêque, couché de son long, Eudes de Sully ; au milieu, devant laigle, de nombreuses pierres plates marquaient les tombes des princes et desévêques. L'autel, dont la table était faite d'argent, se dressait parmi ce chaos ; aux angles, quatre piliers de cuivre servaient de supports à des anges : ils étaient réunis par des tringles sur lesquelles glissaient des tapisseries. Trois cierges, d'une livre de cire, demeuraient toujours allumés devant l'autel. Derrière, sous un édicule somptueux que gardaient des anges, brillait la châsse dorée de saint Marcel. Des châsses garnissaient encore le chœur; au fond, entre deux piliers, était l'autel des ardents, surmonté d'une vierge d'albâtre et de la châsse de Notre-Dame contenant des vêtements de la Vierge, des gouttes de son lait, des pierres dont fut lapidé saint Etienne, sans doute de la forme des miches que les boulangers pétrissaient à Paris, et le cierge de sainte Geneviève. Sous cet autel était un tabernacle renfermafit les vases sacrés : de chaque côté, devant les piliers, se dressaient deux statues colossales de Philippe Auguste et de Louis Vin. C'est au-dessous de celle de Philippe que l'on voyait le beau tombeau de marbre noir sur lequel était la figure de Pierre d'Orgemont. Quant aux stalles sur lesquelles Villon a pu voir les vieux et orgueilleux chanoines « someiller

1. Arch. Nat., JJ. 176, p. 571. — La municipalité parisienne y faisait entretenir un immense cierge, « la chandelle Nostre Dame ».

2. Sur ce personnage, qui devint premier président au Parlement, voir Félix Aubert, Le Parlement de Paris, I, p. 77 et le Bulletin de la Société de Thistoire de Paris, 1884.

comme loirs », et sur lesquelles siégèrent aussi M'^ Jean Baubignon', Louis Raguier% Jean de Montigny % Jean de Louviers'*, elles étaient de bois sculpté, à dossiers garnis de cuir.

Aux jours de fête, on tendait le chœur de suites de tapisseries, telles que ces scènes de la vie de la Vierge que Thibaud de Vitry donna à la cathédrale ' ; des chandeliers, des herses, des cierges répandaient une lumière dorée, illuminant les psautiers, les gros antiphonaires et les graduels enchaînés sur leurs pupitres de fer et de bois ^

En faisant le tour de la clôture du chœur, où des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament étaient taillées dans la pierre peinte et dorée, on parcourait le double déambulatoire et la ceinture des chapelles : on passait devant celle de saint Rémi où était le tombeau des Jouvenel " avec le tableau représentant leur famille. On pouvait alors sortir de l'église, soit par la petite porte rouge réservée aux chanoines et à ceux qui venaient chanter matines à minuit, soit par la porte percée sur le croisillon nord donnant accès au cloître. La dernière chapelle que l'on rencontrait alors était celle de Thibaud de Vitry, sous le vocable de saint Jean l'Evangéliste et de sainte Agnès *^.

Ce qui a peut-être le plus changé dans l'aspect de l'admirable église, c'est que la vie, une vie intense qui ne cessait ni 'de jour ni de nuit, l'a désertée.

1. Martin Dufrènc fut reçu à la place de J. Baubignon, Me des requêtes de l'Hôtel, le 24 juillet 1450.

Page 1