Arch. Nat., LL. 288, p. 196 ; LL. 289, p
4. Le 23 mars 1423. « Placet dominis quod socii claustri, familiares dominorum, ludant de sabbati prosa in claustro, unum de miraculis Béate Virginis Marie, ob reverentiam ejus, dum modo non intermisceant aliqua indecentia » (Arch. Nat., LL. 112, p. 440).
depuis 145 1, dirigés par un grand poète, Arnoul Gréban, las de ce travail, et qui portait déjà dans son esprit l'œuvre immense et humaine que sera sa Passion.
Gréban tient l'orgue où Bailli' le suppléera en 1454 ; et il doit en outre assurer la nourriture des enfants de chœur et leur enseigner la grammaire latine. Il voudrait bien n'être pas obligé d'assister aux Heures interminables, comme on l'y contraignait. De son côté, le chapitre se plaignait des gens qu'il recevait, et qui vivaient dans sa maison aux dépens de la table des enfants. Un soir, il les a conduits se promener dans l'Ile de Notre-Dame au lieu de remonter la châsse de saint Marcel. Et Gréban, lassé, de solliciter un congé pour s'en aller vers Monseigneur du Maine ; bientôt il demandera le reliquat de ce qui lui restait dû (15 octobre 1435)'.
Eternelle antinomie du réel et de la pensée ! Celui qui méditait une cathédrale poétique a souffert dans un milieu qui peut nous paraître si favorable à l'enfantement de sa grande œuvre. Rencontre qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer : Villon a pu entendre et connaître ici le meilleur représentant de l'art chrétien et populaire de son temps.
QjLiand on sortait de la cathédrale par la porte rouge, on se trouvait dans l'enceinte du cloître. C'était une petite ville, avec ses murailles, percées de quatre portes où une barrière empêchait le passage des voitures et charrettes'. Les hôtes du cloître prenaient la garde de nuit, surtout en temps de guerre : il comprenait un tiers de la Cité et renfermait les trois petites églises de Saint-Denis-du-Pas, de Saint-Aignan et de Sainte-Marine. Tout
1. Me Jean Bailli, cassé le lO novembre I4)8, fut remplacé le 17 janvier par Jean Campane, Me ès-arts, prêtre, qui eut pour successeur, ie 29 octobre 1459, ^° certain dominicain ; le 29 octobre 1463, Jean, l'organiste du Palais, tenait les orgues (Arch. Nat., LL. 294. p. 89).
2. Arch. Nat., LL. 117, p. 142, 310, 488, 501 ; LL. 118, p. 467, 493; LL. 119, p. 649, 1030.
3. Arch. Nat., K. 55, no 3. - Le 25 septembre 14581e gardien des portes se nommait Geoffroy. La porte vers Saint-Landry, celles des Marmousets et du Terrain devaient être fermées à 7 heures; la porte principale, à 9 heures (Arch. Nat., LL. 119, p. 622). Sur le cloître, voir Arch. Nat., LL. 250.
un monde vivait dans cette calme et nette enceinte. Caries chanoines, qui ont des chevaux, ne doivent pas laisser devant leur maison des fumiers et des gravats ; ils sont tenus de les faire porter aux champs, chaque jour, par leurs serviteurs. Et défense est faite à ces derniers de jouer à la paume. Les femmes ne devaient pas y demeurer, à l'exception des matrones soignant les malades : car le chapitre examinait curieusement l'âge des chambrières qui y venaient faire la cuisine ou le ménage. Dans cet enclos paisible, les maisons étaient fort recherchées et adjugées au dernier enchérisseur pendant un mois. Elles ne pouvaient être attribuées qu'à un chanoine prébende du chapitre. L'archevêque de Bourges, Jean Cœur, le richard, celui-là qui au dire de Villon pouvait se procurer facilement du cendal hors de prix, avait offert 100 écus d'or pour jouir de la maison d'Ambroise de Cambrai : le chapitre la lui refusa. Thibaud de Vitry reprit celle de Jacques Jouvenel qui voisinait avec Clément de Fauquembergue, puis avec Louis Raguier '.
Dans le cloître on rencontrait d'abord un puits, ensuite le vaste bâtiment du chapitre. C'est là que le collège des chanoines se réunissait pour délibérer et qu'il « parlait latin ». Pour en faire partie, il fallait s'avouer dévot à la Vierge, être desservant d'une cure, surtout ami des chanoines et posséder une certaine fortune. On prenait par exemple, pour se bien faire venir, une chapelle sans valeur dont on augmentait les revenus, on réparait une maison canoniale, etc. "■ Parmi les chanoines se rencontraient de nombreux membres du Parlement. Guillaume
1. Arch. Nat., LL. 115, p. 5 ; Bibl. Nat., ms. lat. 17740, p. 1 14-196. Cf. ce ■qu'écrivait, le 18 juillet [1464 ?], l'archevêque de Reims à son frère le chancelier des Ursins : « S'il vous plaisoist que vous et lui [Jehan, son fils] eussiés une maison ou cloistre, il y en a une bien bonne que on auroit pour trois cens escus ; et la pourroit on bailler à quelque notable docteur ou clerc de la cour de parlement, et porroit tenir avccques luy vostre fils, et sauroit on qu'il vorroit avoir pour ses despens par an. » (Bibl. Nat., ms. Dupuy 673, p. 56).
2. Cf. une curieuse requête dans ce sens (Arch. Nat., LL. 114). On était désigné par l'évêque, le roi ou le pape.
de Villon, qu'ils tinrent en prison, aurait pu faire partie de ce collège, puisqu'il résigna la chapellenie de l'autel de saint Denis et de saint Georges, le 14 juin 1456 seulement '.
Quant aux maisons des chanoines, elles rayonnaient autour du bâtiment du chapitre et du chevet de l'église : les plus avantageuses jouissaient d'une belle vue sur la Seine.
Le cloître proprement dit était limité d'une part par les bâtiments du chapitre et de l'autre par l'antique église de Saint-Denis-du-Pas qui se trouvait presque dans l'axe de la cathédrale : il y avait là encore un petit cloître qui servait pour les leçons, et aussi d'atelier quand on travaillait à réparer les cloches : dans ce cas on en murait la porte avec du plâtre. Des maisons canoniales formaient encore le fond de l'enceinte du cloître derrière lequel était le Terrain, appelé aussi la Motte aux papelards, au sujet duquel de si nombreuses défenses de déposer des ordures et du fumier furent publiées \ De ce point, on avait devant soi l'Ile Notre-Dame, la promenade des enfants de chœur ; et l'on pouvait y voir les archers de la ville tirer contre les buttes \ On y étendait aussi, au profit de l'évêque, les toiles et les lessives que les femmes avaient lavées *. A gauche, on apercevait la Grève et le port au foin où l'on amarrait, pour les décharger, les bateaux ; puis ces gros ormes que déracinait parfois la tempête \
Sur le côté méridional de la cathédrale une autre puissance s'affirmait : celle de l'évêque qui y avait son palais et ses jardins en bordure de la Seine. On y entrait par une galerie ouvrant sur le trésor de l'église, au premier étage. L'Evêché comprenait un petit corps de logement à deux étages, que Pierre d'Orgemont augmenta d'un corps d'hôtel, une antique chapelle,
I. Arch. Nat., LL. ii8, p. 747. — 2. Arch. Nat., LL. 305, p. 51.
3. Arch. Nat., LL. 114, p. 344. On y voyait aussi la tour carrée dite de Loreau, qui était gardée pendant les guerres, et une masure en ruine (Arch. Nat., KK. 406, fol. 15s et passiiii). — Les 120 archers louaient également une tour carrée vis-à-vis du Chantier du roi (Arch. Nat., KK. 408, compte de Jean LuiHîer de 1455-1436). Cf. Guillcbert de Metz, dans Paris- et ses historiens, p. 174.
4. Lcbeuf, éd. Cocheris, II, p. 557. — ^.Journal cTun bourgeois de Paris, p. 339.
un haut et gros donjon carré et crénelé. C'est là que vivait l'évoque dans les meubles antiques de son prédécesseur.
L'Officialité, sa cour de justice, aboutissait à cette demeure. C'était un vaste et déjà vieux bâtiment parallèle à l'église. On y entrait par une porte voûtée qui donnait sur une cour étroite et ouvrait sur le parvis.
Cet endroit, les mauvais clercs comme Villon le connaissaient bien. Là en effet l'official, le promoteur, le scelleur de l'Évêché et le maître des testaments siégeaient. On ne sait où se trouvait la geôle de l'Évêché : mais à coup sûr elle était rigoureuse '. Et si les clercs avaient pour elle quelque tendresse, préféraient son pain de douleur et son eau d'angoisse, c'était à la seule pensée d'éviter la corde au cou que le lieutenant criminel du prévôt dispensait généreusement ; c'était aussi dans l'espérance que de pieuses et grandes dames, des seigneurs visiteraient l'église et pourraient demander l'élargissement des prisonniers".
Car l'évoque de Paris se montrait en général très strict sur l'observation du privilège de clergie, qui avait été étendu par la suite aux écoliers. L'official était en discussion perpétuelle avec le Parlement et le Châtelet au sujet des faux clercs, des incorrigibles, joueurs de dés, de paume, pipeurs aux cartes. Et parfois les officiers du Châtelet devaient venir jusqu'à la geôle de l'Evêché chercher des prisonniers. Les officialités agissaient âprement, toujours en lutte avec le pouvoir civil, toujours en contestations avec les particuliers sur l'étendue de leurs droits'. Du moment qu'on se réclamait de sa juridiction,
1. Voir la requête de P. Mauger, prisonnier en 1437 (ms. lat., 17740» P- S^)-
2. Pierre Champion, Les sociétés dangereuses du XV^ siècle, appendice à L. Sainéan, Les sources de l'argot ancien, I, p. 385.
3. Voici comment un huissier de la cour de Parlement était reçu par l'official de Paris, le 16 juin 1472, tandis qu'il présentait à celui-ci ses lettres royales lui ordonnant de procéder contre lui. Jean Fournier se levait de son siège, déclarant les lettres du roi inciviles et déraisonnables ; que l'huissier commettait crime d'hérésie ; qu'il avait bien la matière de le mettre en article de foi par devers l'inquisiteur ; qu'il était excommunié ; qu'il prenait plaisir à faire une exécution contre l'évêque ; qu'il le ferait envoyer en prison s'il faisait son devoir. L'un des promoteurs, arrivé à ces mots : et de
qu'on se disait clerc, qu'on portait une tonsure, faite parfois dans la prison, qu'on exhibait une robe, alors même qu'elle recouvrait un habit rayé, on pouvait être rendu à l'ofïicial. On gagnait du temps ; et parfois on pouvait surprendre des sympathies. Des crocheteurs, des rufians, des voleurs, de terribles bandits furent réclamés comme clercs. Régnier de Alontigny, le triste ami de Villon, invoqua, lui aussi, son privilège de clerc et ne fut pendu que comme incorrigible ; Colin de Cayeux, une autre regrettable connaissance du poète, sera également réclamé comme clerc avant d'être pendu. Quant à Villon, ce clerc de mauvaise vie, comment s'étonner s'il connaît tout le monde à l'Officialité de Paris ?
Toutefois l'aftaire qui le mena devant l'official n'était pas grave.
On comparaissait devant l'official soit en raison de son état de clerc, soit en raison d'un délit estimé matière spirituelle ; or tout ce qui concernait de près ou de loin le mariage y menait les laïcs. En ce temps-là les clercs y venaient surtout à la suite de rixes, de commerce avec des filles amoureuses, pour des moeurs mauvaises, duant aux laïcs, l'autorité spirituelle les poursuivait pour avoir travaillé pendant les fêtes chômées, pour exercice illégal de la petite médecine et pratique de l'art magique, pour adultère ou concubinage, pour avoir chanté des chansons ironiques : les femmes surtout y étaient appelées et faisaient citer, pour diffamation et injures au sujet de leur mariage. Les registres de ces juridictions sont remplies de causes de ce genre, ce Je ne suis ne putain emplus qu'elle, et que une preude femme n'avoit point d'onneur d'apeler une autre femme putain » ! ainsi le déclarait par exemple Jeannette la Guillière à la femme d'Héliot le Vigneron \
ce dont lie luy peut appartenir la cognoissance, ajoutait : « Et il ne fait ung estront de chien ! » Alors il se leva, derrière l'huissier, très échauffé, et requit à l'official qu'il l'excommuniât et l'envoyât en prison, qu'il errait contre la foi, qu'il irait devant l'inquisiteur. Et tous criaient si haut que l'huissier royal ne put achever sa lecture (Arch. Nat., L. 416 A, no 99).