‹ François VillonChapitre 204 sur 262 · I. Arch. Nat., Z»' 20, fol. 291 v · texte numérisé non relu

I. Arch. Nat., Z»' 20, fol. 291 v

on retrouvait Pierre de Saint-Amand, clerc; Andry Couraud, conseiller, et Jean de Bailly, greffier, tous personnages bien connus de Villon '.

En sortant de la chambre des Comptes, on avait devant soi la Sainte-Chapelle, la chapelle du roi, dorée et peinte comme un missel. On entre y admirer la pure transparence des vitraux; on cherche ce qui rattache à la terre cette maison de prière ; et déjà l'on se croit ravi au ciel, dans la plus belle des chambres du Paradis. Sur l'autel brillent d'étonnants joyaux. Ici les rois se sont faits prêtres pour montrer au peuple le bois de la vraie croix % le fer qui arma la lance de Longin, la robe sans couture de Jésus, l'éponge trempée dans le vinaigre, un des trois clous qui percèrent les membres de l'Agneau crucifié, la couronne d'épines qui fleurissait dans son reliquaire au jour anniversaire de la mort du Christ, le linge du suaire, le roseau dont on lui fit un sceptre, sa chaîne cruelle, le chef de saint Louis rapporté de l'abbaye de Saint-Denis K

On disait que ces objets sacrés avaient été amenés en France par Charlemagne, pèlerin de Jérusalem ; mais en réalité on les devait à la candeur de saint Louis qui les avait acquis de Beaudouin, l'empereur ruiné de Constantinople. Et le bon peuple regardait avec émerveillement ces curiosités naturelles que l'on suspendait dans les églises : les œufs d'autruche, les côtes de baleine, les crocodiles empaillés, les cornes de la licorne. On y montrait le pied d'un grifi"on, trophée d'une étonnante victoire de Godefroy de Bouillon, ce nouvel Enée vainqueur des harpies '^. Mais cela n'impressionnait pas les

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