A. Longnon, Etiule biographique, p
quels étaient les autres parents de Villon, oublieux de leur « naturel devoir », et qui l'abandonnèrent par la suite '.
A quel âge le petit François fut-il conduit au cloître ? Le fait peut paraître surprenant, mais cet événement se produisit sans doute de très bonne heure, peut-être vers 1435, peut-être avant. Pourquoi, autrement, Villon aurait-il parlé avec cette tendresse des soins dont l'entoura le chapelain de Saint-Benoît :
Oui m'a esté plus doulx que mère A enfant levé de maillon ^ ?
Certainement il était encore dans ce qu'on appelait l'dge d'enfance, limité alors à sept ans '. On le comptait du jour où l'enfant avait quitté le sein de sa mère et commençait à entendre malice. En ce temps-là, nous dit un observateur morose, les enfants apprennent maintes choses sous la peur des verges ; ils ne prisent que jeux et ébattements ; ne craignent rien tant que les coups. Ils estiment plus une pomme qu'un florin d'or, et ne craignent pas de découvrir leurs parties honteuses. Ils désirent tout ce qu'ils voient, pleurent et rient sans raison; et, dès qu'ils sont levés, ils ne pensent qu'à leur ventre.
Il y a lieu de croire que M^ Guillaume de Villon, qui lui fut si doux, ne professait point ces doctrines amères. Quant à maître François, il demeurera toute sa vie un enfant : il sera, lui aussi, possédé du désir impétueux de toutes choses. Mais ce n'est pas sans raison qu'il pourra dire plus tard, comme font les enfants :
Je riz en pleurs !
C'était d'ailleurs une habitude ancienne que celle de donner l'instruction aux jeunes enfants dans le cloître des églises. Des
2. T., V. 851-852. — T. Atkinson Jcnkins, dans les Modem Jaiiguage notes, juin 1908, p. 166, traduit baptisé au maillot. (Cf. Levare de sacro fonte) : c'est bien excessif. Suivant M. Schwob (pp. cit., p. 46) ce ne put être avant 1455, date à laquelle G. de Villon annonçait quitter Paris pour un long voyage. Nous ignorons tout de ce voyage et le raisonnement de Schwob n'est pas absolument probant.
3. Le Propriétaire des choses. Bibl. Nat., ms. fr. 134, fol. 95 \°.
écoles de grammaire étaient souvent annexées aux cathédrales et les enfants pouvaient loger chez des chanoines. Ainsi voit-on Louis de Palmes, écolier à Orléans, invité à dîner chez Etienne Grézille^ chanoine de l'église Sainte-Croix, ainsi que des écoliers qui y demeuraient, se battre avec M'^ Jean Cordier, tuteur d'enfants, résidant également au cloître'. D'autres fois, pour recevoir l'instruction première, les enfants allaient demeurer chez un prêtre, avec qui leurs parents avaient passé un contrat. * Par exemple un maçon de Paris confiera son enfant à un prêtre pour habiter six ans avec lui et le servir pendant ce temps. Le prêtre devait l'instruire en « mœurs et science », lui apprendre à écrire, le nourrir et l'habiller décemment : mais le père fournissait quatre chemises neuves \
Ce n'était pas alors facile de rencontrer ce premier enseignement. « De toutes parts abondaient les péchés et l'ignorance ; car on ne trouvait que bien peu de gens qui eussent du savoir ou qui voulussent, dans les villes, dans les campagnes, montrer aux enfants les éléments de la grammaire » \ On comprend donc que la pauvre mère de Villon s'empressa de profiter des bonnes dispositions de M'^ Guillaume, le chapelain.
Nous ne pouvons savoir ce que fut l'enfance du petit François au cloître Saint-Benoît ; mais nous pouvons imaginer quels événements durent frapper l'esprit d'un enfant parisien de ce temps-là.
Paris était alors sous la domination des Anglais. Sur sa quatrième année, cet enfant aurait pu entendre conter que les Armagnacs, aussi cruels que des diables, coupaient la gorge aux chrétiens qui s'aventuraient hors de la ville. L'année suivante, la neige tomba pendant quarante jours ; au milieu des rues on en éleva de grands tas, comme on dresse des meules dans les champs. 11 fit alors bien froid ; des arbres moururent et les oiseaux se réfugièrent dans leurs troncs ouverts. L'an 1436 les