Ibid., p
l'église présentait une succession de spectacles' bien capables de retenir son attention.
Ainsi le cours de l'année liturgique ramenait tout un cycle de fêtes, beaucoup plus touchantes en ce temps-là que de nos jours".
Voici la messe de minuit pour laquelle on semait l'église de paille ; puis l'Epiphanie avec les réjouissances du gâteau des rois; la Chandeleur où l'on portait les cierges entourés de fleurs ; le dimanche des Rameaux où l'on distribuait le buis bénit. Durant le carême, les images des chapelles étaient tendues d'étoffes de deuil ; le Jeudi-Saint, on construisait un tombeau pour mettre le Saint-Sacrement et l'on servait aux pauvres le vin et les échaudés.
Pendant les fêtes de Tété on jonchait les églises dherbes vertes, ainsi que le devant du portail, surtout à l'Ascension et à la Pentecôte. Ce jour-là, on lâchait sous les arceaux des oiseaux et des colombes, au chant du Feiii Creator ; on jetait des étoupes enflammées du haut des voûtes, ainsi que des fleurs.
Puis s'ouvrait l'ère des processions avec les Rogations et la Fête-Dieu, appelée communément le « Jour du Sacre ». On promenait le sacrement sous le dais qu'on nommait ciel ; à la pointe du clocher on dressait un reposoir ceint de violettes. Les enfants portaient des torches à la procession ; les gens d'église et les notables bourgeois se couronnaient de chapeaux de roses vermeilles : on pouvait aussi arborer des bourrelets de marjolaine, des violettes blanches et des galons dorés.
Ces cérémonies, ces habits du clergé, ces rites avaient déjà je ne sais quoi de très mystérieux ^ Aussi quand plus tard, en vieux langage, Villon évoquera les seigneurs du temps jadis, les saints apôtres lui apparaîtront comme les membres du clergé de Saint-Benoît ' :
D'aubes vestus, d'amy4 coeffez
1. J'ai utilisé dom Martène, De antiquis ecdesix ritibus; l'abbé Vilain, Histoire de Saint-Jacques-ld-Boucherie, p. 140 et suiv. ; L. le Grand, Les Quinze-Vingts, p. 251-254.
2. Voir à ce sujet la Somme de Guillaume Durand. — 3. T. v. 386. — 4. Amict
Mais surtout les fêtes de la Noël devaient captiver l'attention d'un petit enfant. La veille de cette solennité, à l'endroit du chœur où l'on chantait la généalogie de la Vierge et du nouveau-né, on représentait la gésine de Notre-Dame. On y voyait des petites custodes de toile blanche et azurée ; l'enfant portait un bonnet fourré d'hermine à houppe perlée ; il était vêtu d'une robe de damas noir, brochée d'or et semée de fleurettes blanches.
Enfin les enfants de ce temps-là, douze jours avant la fête, chantaient un cantique comprenant douze couplets. Ce devait être un beau vacarme. François Villon le savait bien, pour en avoir chanté de tels, lui qui composa une bonne ballade, faite de proverbes, sur le refrain : Tant crie l'on Noël qu'il vient ' f Et c'est vrai qu'on y criait bien des fois le Noël bienvenu ^, comme on peut s'en convaincre par un cantique qu'il aurait pu chanter ' :
Noël nouvellet, Noël chantons ici.
Nouvelles gens, crions à Dieu mercy ; Chantons Noël pour ung roi nouvellet Noël, Noël, Noël !
Quant m'esveillay, et j'euz assez dormy. Ouvris mes yeulz, viz un abre flory Dont il sailli ung bouton vermeillet Noël, Noël, Noël!
Quant je le viz, mon cuer fut resjoy.
Tant grant beauté resplendissoit de luy, Com le soleil qui lieve au matinet :
Noël, Noël, Noël !
En Bethléem Marie et Joseph vy, L'asne et le buef ; l'enfant estoit par my; La cresche estoit en lieu de berselet.
Noël, Noël, Noël !