Arch. Nat., H. 4002, fol
5. Voir leur procès devant le bureau de la Ville, le 17 novembre 1451 (Arch. Nat.,
Z'H II, fol. i).
toute deshaitée », elle prenait à son dîner une pinte de vin ; et quand « beau père » venait confesser les dames de Montmartre, il dînait avec l'abbesse. Les dépenses de vin reviennent assez fréquemment dans ses comptes ; et dans sa cuisine entraient le safran et le gingembre.
L'abbesse paraît alors demeurer en l'hôtel du Plat d'étain, au fief du Château Festu'. Le 24 décembre 1438, Agnès Desjardins avait été élue abbesse par Guillemette la Servante, chanteresse, et Jeannette la Bourguignote, sous-prieuresse. Le 13 avril 146 1, Guillaume Chartier nommera abbesse de Montmartre sœur Pétronille la Haraiche, en remplacement de sœur Agnès Desjardins, défunte : elle avait été élue par Jeanne la Bourguignote, Marguerite l'Anglaiche, Thomasse Desjardins et Jeanne la Richière, professes \ Marguerite l'Anglaiche lui succédera en 1477 '. C'est le peu que nous savons des religieuses de l'abbaye de Montmartre. Mais il est bien inquiétant de les voir plaider en 1303 contre une réforme que l'évêque de Paris avait dû leur imposer par la violence.
S'il faut en croire l'avocat Bochart, qui parlait pour l'évêque de Paris, le 18 juillet 1503, les religieuses auraient mené une vie très désordonnée: « Pour la grant scandalle et désordre qui estoit en lad. abbaye, y eust ung evesque de Paris qui impétra provision du pape pour transférer lesdites religieuses, et ibidem introducere monachos. » Déjà du temps de feu Simon, l'évêque précédent, elles avaient été invitées à se réformer. Etienne de Poncher reprenait seulement l'œuvre interrompue de son prédécesseur. « Or on lui dit que l'abbesse et aucunes des religieuses peperant, l'une deux, l'autre quatre enfans, et qu'il y avoit une en couche, en la chambre de l'abbesse, et une grosse. » L'évêque résolut de les contraindre à une réforme et de les enfermer dans leur abbaye. Il n'y avait plus que dix à douze religieuses dont trois, avec l'abbesse, « mangeoient tout : car chascune des autres n'avoit que sept livres. » On intro-
I. Arch. Xat., H. 4002. — z. Bibl. Nat., lat. 17740, p. 89. 3. Arch. Nat., Z-o 4.
3l8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
duisit alors quatorze religieuses réformées; d'où procès '. Dans sa réforme de 1504, Etienne de Poncher ne manqua pas de signaler que le plus grand péril pour l'abbaye était de donner entrée aux hôtes, hommes et femmes, religieux et séculiers. Il établit qu'un frère, autre que le frère confesseur, désignerait les per sonnes quiy seraient introduites; une sœur tourière, inférieure, servirait d'intermédiaire auprès des femmes, comme le cellier auprès des hommes, suivant les statuts de l'Ordre de Saint- Benoît \ Alors on aurait pu dire sérieusement de Montmartre ce que Villon a affirmé plaisamment : a l'abbaye ou il n'entre homme ! »
Montmartre n'est pas le seul endroit hors de Paris que François Villon ait nommé. Il dut en effet errer souvent dans les environs de la ville. On ne trouve pas dans ses poésies le nom de Montfaucon ; mais on ne saurait douter qu'il n'ait contemplé à ce gibet les cinq ou six pendus qu'il nous a dépeints de si forte et pathétique façon. Ce n'était pas d'ailleurs la coutume de désigner Montfaucon, dans les documents officiels du moins : c'était le « gibet de Paris » par excellence K Car il y avait quatre autres potences aux quatre principales portes de Paris, et d'autres justices avaient aussi leur potence particulière. Mais ce n'était plus guère qu'un symbole : tel semble le sort de ces potences qu'on rencontrait encore sur les populaires places de Grève, de Maubert, à la Porte-Baudoyer, aux Halles où l'on voyait aussi des piliers pour attacher les délinquants et les blasphémateurs. La coutume d'en user était presque abolie ^. S'il y avait là parfois des exécutions, les corps des coupables étaient toujours exposés à Montfaucon : et on y accrochait encore les cadavres des faux monnayeurs qui avaient été bouillis, dans un sac les traîtres décapités (leur tête demeurant exposée
1. X"» 8350, fol. 467, 18 juillet 1503. Cf. fr. 25070. Réforme de l'abbaye de Montmartre par Etienne de'Poncher, évèque de Paris.
2. Arch. Nat., LL. 1606. — 5. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 205. Bibl. Nat., Dupuy, 250, 8 août 1455. La formule de condamnation à mort la plus ordinaire est: « traîné, pendu et estranglé au gibet de Paris. » — 4. Cependant une ordonnance du 23 décembre 1477 remettra leur usage en vigueur (Bibl. Nat., Dupuy, 250).